1 1 1 1 1 1 1 1 1 1
Myamoto et la Geisha de Thierry Emmanuel Garnier

Miyamoto Musashi fut et demeure le plus grand samouraï de l’histoire du Japon, fondateur de l’école des deux sabres qui perdure à travers le Katori Shintô Ryû de Maître Otake, école qui a le statut de trésor national au Japon. Mais l’auteur du célèbre Traité des cinq roues fut aussi un philosophe de l’éveil remarquable que le mythe associe au maître zen Takuan, tout aussi célèbre.

On sait le lien entre la voie du sabre et la calligraphie. Thierry Emmanuel Garnier nous offre un livre magnifique unissant les deux arts que Miyamoto a pu incarner. L’histoire relatée dans ces pages intervient à la fin de la vie de Miyamoto.

Il s’agit de la rencontre entre le vieux samouraï devenu un sage et d’une femme, Kina, prêtresse guérisseuse à l’apparence de geisha. Thierry Emmanuel Garnier restitue à travers le texte et l’illustration toute la subtilité des rapports dans le Japon ancien quand les dieux et les kamis participent pleinement au tissage des mondes des humains.

« Contre toute attente, l’émissaire qui fut annoncé, puis présenté par la servante de Miyamoto, était une femme encore jeune, au visage de tenshi, joliment paré d’un kimono aux motifs fleuris évoquant des camélias, la fleur symbole des maîtres samouraïs. Manifestement l’émissaire n’ignorait rien de la tradition ancestrale et connaissait parfaitement l’Iroha-uta ou le « Chant des Fleurs », ce poème japonais composé avec la totalité des quarante-sept hiraganas, qui fut attribué au moine Kobo Daishi.

Outre d’enseigner la calligraphie, ce poème commençait par trois syllabes essentielles I-ro-ha qui parlaient de la couleur du cœur, le rouge sensuel et éclatant du désir passionné, mais enseignait surtout la vacuité et le néant du Monde. Fallait-il y voir là un signe du destin, pensa songeur Miyamoto tout en récitant ostensiblement une partie du poème à voix haute devant la femme apprêtée :

« Iro ha Nihote to – Chiri nuru wo – Waka yo tare so – Tsune naramu – Uwi no okuyama – Kefu koete – Asaki ume mishi – Wehi mo sesu. (Le plaisir est enivrant / Mais s’évanouit / Ici-bas, personne / Ne demeure. / Aujourd’hui franchissant / Les cimes de l’illusion / Il n’est plus ni de rêve creux / Ni d’ivresse).

Cet hymne à l’amour et à l’immortalité sous l’ombre lumineuse du Fuji-yama est un très bel hommage à Miyamoto Musashi et, à travers lui, à l’essence du Japon traditionnel.