Jacques d'Arès et « l’aventure Atlantis »
Il y a quatre ans de cela, un 6 avril, expirait un vieux monsieur âgé de 92 ans. Son nom : Jacques d’Arès. Non loin de lui, son manuscrit autobiographique presque achevé, que Dervy publiera la même année. Son sous-titre, épitaphe et testament spirituel : « La vie ésotérique en France à travers la revue Atlantis, 1926-2010 »…. Jacques d’Arès a parcouru le XXème siècle avec une rare soif et ouverture d’esprit. Rien de ce qui est humain ne lui était étranger : archéologie, histoire, métaphysique, symbolisme.
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A l’instar de ses contemporains Jacques Breyer ou Jean-Louis Bernard, Jacques d’Arès – de son vrai nom Jacques Anjourand – aura marqué son époque. Une époque dont on se rappelle l’incroyable effervescence spirituelle, ésotérique et libertaire – ses excès aussi - mais qui, telle une « peak experience » mal intégrée, a accouché, au XXIème siècle, d’un monstre à deux têtes. Monstre opposant deux axes irréconciliables, mais autant stériles l’un que l’autre : le scientisme d’un côté et le New Age de l’autre…

« Jacques d’Arès était non seulement un chercheur passionné, mais aussi un rassembleur hors-pair ».
Gino Sandri a bien connu Jacques d’Arès et participé à de nombreux colloques et réunions, « les banquets platoniciens », organisés par la revue, puis groupe d’étude, ATLANTIS. Il nous relate ici le parcours de cet homme, né en 1927, un an après la création de la revue Atlantis par Paul Le Cour, ainsi que du club de vacances « La Pignada » à Arès (Gironde), où Madame Anjourand-Mère travaillera jusqu’en 1975.
Il revient sur le lien non seulement spirituel mais quasi filial qui l’a uni à Paul le Cour (1871-1954), astrologue, célèbre ésotéricien de l’entre-deux guerres, prophète de l'Ere du Verseau (cf. films sur notre site), et tête de turc favorite de René Guénon (les deux hommes avaient le même âge et étaient natifs de Blois).

« Archéologie scientifique et traditionnelle » : un tremplin vers l’Alchimie ?
Le Cour, dont la disparition en 1954 occasionnera la succession de la revue des études atlantéennes, à son dauphin quasi naturel, Jacques d’Arès en 1959. Revue et réunions qui dureront jusqu’en 2010 et que le rédacteur de ces quelques lignes a bien connues (Baglis ayant été créée en 2006, NDLR).
1959-2010 : quelle formidable longévité ! Gino Sandri nous relate ainsi les nombreuses rencontres (Eugène Canseliet, André Breton, René Alleau, Raymond Abellio) mais aussi le contexte spirituel et philosophique entourant ces rencontres. Contexte où l’ombre du musée du Hiéron à Paray-le-monial (71), sa discrète société du Hiéron du Val d’Or, le mécène Alexis de Sarachaga, les alchimistes Pierre Dujols et Fulcanelli se trouvent entremêlès.
Un exposé passionnant qui nous rappelle, si besoin était, qu’exotérisme et ésotérisme chrétiens s’entrelacent tels les deux serpents du caducée et que de leur danse jaillit le ferment: la lettre tue mais l’Esprit vivifie.
Extrait de la vidéo
Bonjour Franck, et bonjour à tous les internautes qui suivent votre chaîne. Nous allons parler aujourd'hui d'un personnage que les plus jeunes ne connaissent vraisemblablement pas. Je vais parler de Jacques Darès, pour l'état civil, Jacques Anjouron. Il est mort en 2018, il y a peu de temps, et avant de mourir, il avait entrepris de rédiger ses mémoires.
Elles ont été publiées aux éditions d'Herville il y a deux ans environ. J'ai bien connu Jacques Darès. Jacques Darès, son nom est lié à Atlantis. Alors ce qui est important de savoir, c'est qu'il a occupé un rôle prépondérant dans l'association Atlantis et la Revue.
On peut dire qu'il a donné un second souffle à cette association qui avait été fondée en 1926 par Paul Lecour. Alors, second souffle, on va le situer approximativement dans les années 70-80. En fait, il prend la direction d'Atlantis en 1960-1959, très exactement, et nous verrons dans quelles conditions. En fait, quelques mots sur Paul Lecour.
Donc Paul Lecour, que je n'ai pas connu, on peut le présenter comme un esthète. C'était un homme qui était passionné par l'art, qui était passionné par la Grèce antique, qui était musicien, qui était violoniste. Il dessinait également. Il a fait un certain nombre d'estampes, de crayons.
Et comme beaucoup, il a été très marqué par la Première Guerre mondiale 1918-1919. C'est la victoire pour la France, mais c'est aussi, ça laisse un goût amer chez certains. Et dans ces années-là, il s'intéresse à ce que d'aucuns appellent la tradition. Et il va avoir une sorte d'intuition.
C'est l'unité, certains diraient, l'unité transcendante des religions et des traditions. Et il va postuler l'existence du continent perdu dont parle Platon, l'Atlantide. Alors Platon, comme je l'ai dit, Paul Lecour était un helléniste, passionné par la Grèce antique. Et il a pris Platon au pied de la lettre, et il a situé l'Atlantide dans l'Atlantique.
Et il a dit que ça pouvait être l'explication de l'unité des civilisations qui existent, que ce soit du côté ouest de l'Atlantique ou du côté est, c'est-à-dire l'Amérique latine. Et de l'autre côté, l'Égypte et d'autres contrées. C'est un postulat, bien entendu. Et par contre, il a été rejoint par d'autres personnes qui s'intéressaient de très près à l'énigme archéologique de l'Atlantide, mais lui-même considérait que ce n'était pas prioritaire.
Ce qu'il voulait, c'est, à travers la recherche de l'unité primordiale, opérer un retour à la tradition. Alors il faut dire, et ça c'est beaucoup moins connu, que Paul Lecour avait un mentor. Ce mentor s'appelait Pierre Dujol. Il a laissé quelques traces.
Il est surtout connu comme libraire. Il avait repris une librairie à Paris qu'il a appelée la librairie du Merveilleux. Il est très connu pour les notices très documentés qu'il publiait. C'est une référence.
Il est aussi très connu par rapport à l'affaire ou à ce que j'appelle l'opération Fulcanelli. D'ailleurs, Paul Lecour lui-même pensait que Fulcanelli, qui est un pseudonyme, derrière cette énigme, il fallait y voir Pierre Dujol. Alors je lui laisse la responsabilité de ce choix. Et Paul Lecour, en 1925, à Paris, a l'habitude de se retrouver avec un certain nombre de personnes autour de ses thèmes favoris et notamment du retour à la tradition.
C'est le Paris des années 1920 et 1930 et il a un certain nombre de mécènes. D'où l'idée, en 1925, de créer une association puis une revue. L'association s'appellera la Société d'études atlantiennes et la revue s'appellera Atlantis. Bulletin des amis d'Atlantis.
En fait, la Société d'études atlantiennes va vivre un an. Il va y avoir des désaccords au sommet. En 1926, ils fondent les Amis d'Atlantis, une nouvelle association qui va perdurer. Paul Lecour était originaire de Blois.
C'était aussi un ami de la nature. C'est un peu dans le goût de l'époque. Il raconte qu'il faisait du canoë sur la Loire. Et il va prendre pour habitude de se rendre sur le bassin d'Arcachon.
Il s'intéresse de près à la proto-histoire de cette région. Il sera séduit par cette région à tel point qu'il achète une propriété à Arès. Qu'il va appeler la Piñada Atlantis. Et cette propriété, il y séjourne l'été.
Et il va prendre pour habitude d'y inviter certains des Amis d'Atlantis qui veulent y passer leurs vacances d'été. Dans une sorte de camping, soit en tente, soit en bungalow. Et pour y mener une vie un peu proche de la nature. Alors, comment Jacques Anjouran va-t-il croiser la route d'Atlantis ?
En fait, à la base, il y a un double drame familial. Premier drame familial, c'est chez Paul Lecour. Paul Lecour a une épouse. Et cette épouse devient vite souffrante.
Elle souffre de troubles psychiques. Et on lui fait comprendre, fait comprendre à Paul Lecour qu'il va avoir de plus en plus de problèmes à garder son épouse, ce qu'il voulait faire. Il voulait s'en occuper tout en se consacrant de front à ses différentes activités. Et il a une fille, et même une petite fille qui l'élève.
Il est obligé de placer son épouse. Et je sais que c'est une décision qui l'attristera beaucoup. La petite fille sera adoptée par une famille qui appartient aux amis d'Atlantis et qui résidait en banlieue parisienne. Simultanément, c'est quelques années plus tard, le père de Jacques Anjouran, qui habite la région de Beauvoir, qui connaît bien Paul Lecour, le père de Jacques Anjouran s'est lancé dans des spéculations.
Et une des spéculations tourne mal. Il ne faut pas oublier que la période des années 1920 et 1930 est marquée par une série de crises, dont la grande crise de 1929. Il y a un yo-yo considérable. Et à la suite d'une spéculation malencontreuse sur une cargaison de boîtes suèdes, le père de Jacques Anjouran est ruiné.
C'est une catastrophe. Il en meurt. L'ensemble du patrimoine familial est vendu à l'encamp. Lorsque Jacques Anjouran en parlait,