Oliver Cromwell et la franc-maçonnerie, histoire d’un complot international

« Les francs-maçons sont les continuateurs du despote, protestant calviniste, Oliver Cromwell ! ». Voilà ce qu’on pouvait lire, en France, en 1738. Problème : si Cromwell est décédé 80 ans auparavant et que certaines sociétés secrètes ont bien existé sous son règne, point de francs-maçons dans ses rangs. Pourquoi, donc, cette affirmation ? C’est l’enquête qu’a menée Paul Paoloni…. Nous sommes alors sous le règne du jeune roi Louis XV. Les conflits entre dynasties britanniques se sont apaisées et, de part et d’autre de la Manche, assiste-t-on à l’émergence de la franc-maçonnerie

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De nombreux nobles, savants, comtes, ducs et princes régnants (incluant des Bourbons) se font initier, sans odeur de « soufre » particulière, ni de scandale. Néanmoins cet engouement inattendu pour cette société d’influences officiellement « anglaise » et « hanovrienne » effraya les tenants d’un pouvoir centralisé, catholique et français. Rappelons que ce dernier cherchait justement à préserver un semblant d’unité, et se remettait tout juste de la querelle du jansénisme….

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« La franc-maçonnerie est là pour détruire l’Etat et l’Eglise » : des allégations partiales, délirantes, que l’on doit à certains ecclésiastiques français… Et qui sont encore entendues, trois siècles plus tard….

Paul Paoloni nous retrace ici en introduction les grandes lignes du règne éclair et sanguinaire (notamment pour les catholiques et les irlandais) d’Oliver Cromwell. L'essentiel de son intervention porte néanmoins sur l'après Cromwell.

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La « Royal Society » et son « Invisible College » en ligne de mire ?

Une époque qui vit « la restauration anglaise » (1660) stuartiste, ainsi que la création de la Royal Society de Londres. Une société savante, totalement avant-gardiste pour son temps, et qui réunissait tous les domaines du savoir scientifique. Nul doute sur ce point : un soufle de Lumières ou Aufklärung courrait dans ses rangs...

Quelles étaient les origines et motivations de ce premier anti-maçonnisme ?
Quelle place y occupent les enjeux géostratégiques opposant catholiques et protestants ?

Eléments de réponses de Paul Paoloni dans cet exposé, passionnant, organisé par Politica Hermetica.

Les questions qui suivirent la conférence se trouvent sur YouTube, en libre accès. 

Extrait de la vidéo

Cromwell, alors oui, le titre de mon papier et de cette conférence est le même, c'est Cromwell et la franc-maçonnerie, deux points où tirer, histoire d'un complot international. Vous allez voir que d'une façon symbolique, c'est un peu un complot international, mais le pauvre Cromwell n'y est pas pour grand chose. Cromwell vivait, il est né en 1599, c'est un homme du 16ème siècle. Il est mort en 1658 de maladie et je ne vais pas vous raconter la vie de Cromwell parce que ce n'est pas le but, mais il y a un minimum de choses qu'il faut rappeler si on veut comprendre quel rapport ça peut bien avoir avec la franc-maçonnerie.

D'abord l'époque, Cromwell c'est un membre de la gentry, c'est-à-dire pas du tout un gentilhomme au sens français, c'est un gentleman, l'anglais gentleman ne signifie absolument pas gentilhomme, mais membre de la bonne société. Il est protestant et il deviendra calviniste acharné au cours de sa vie. Il n'est pas très riche, mais il est de bonne société et jusqu'à la fin des années 1640, il est relativement discret.

Là, à partir des années 1640, très brièvement, l'Angleterre et les îles britanniques sont dirigées par un roi qui est le deuxième roi de la famille Stuart, donc un catholique. Après Jacques Ier, c'est Charles Ier et il y a un grand mécontentement en Angleterre et essentiellement en Angleterre. L'Ecosse est un tout petit pays par rapport à l'Angleterre, même encore aujourd'hui, et quant à l'Irlande, elle a, j'allais dire, une existence purement locale.

Ce sont des celtes qui vivent sur leur île, il ne se passe pas grand-chose en Irlande en 1640. Le mécontentement pousse Cromwell à se mettre en première ligne et alors là, on voit un homme apparaître, un homme se réaliser, c'est-à-dire, c'est un politique de tout premier ordre, c'est un militaire, un personnage capable d'inventer de nouvelles formes de guerre, on peut dire. Et de tout ça naît, en fait, brièvement, de la fin des années 40 à la fin des années 50, puisqu'il meurt dix ans après, on pourrait dire un tyran, un tyran éclairé, mais un tyran, indiscutablement.

Mais en même temps, c'est un tyran éclairé, c'est-à-dire qu'on va lui offrir à plusieurs reprises, il va faire juger le roi, vous vous rendez compte, 150 ans avant Louis XVI, il va faire passer le roi Charles I en jugement, il va le faire condamner à mort et récapiter en 1649. Il va envahir l'Irlande avec des armées importantes, qu'il va confier à un de ses proches qui s'appelle, on en entendra parler tout à l'heure, Ludlow, Edmund Ludlow, ils vont ravager l'Irlande, c'est un véritable massacre, un massacre, c'est en centaines de milliers de morts, ça se compte.

Il va y avoir une arrivée de colons, essentiellement anglais, mais aussi beaucoup de colons écossais qui vont s'installer en Irlande, l'Irlande va changer de visage complètement à l'occasion de ces grandes batailles de 1649. Et on lui propose ensuite, dans les années qui suivent, on va lui proposer la couronne d'Angleterre, les anglais, la grande majorité, il reste un parlement croupion jusqu'en 1653, 1654, je ne sais plus exactement, qui ne décide pas grand chose, mais on va lui proposer la couronne, on va lui proposer de devenir roi d'Angleterre, d'Ecosse, comme étaient les deux rois Stuart, c'est à dire d'abord roi d'Ecosse, eux étaient rois d'Ecosse, ils sont devenus rois d'Angleterre et d'Irlande, et lui est roi des trois pays également.

Il va refuser, d'une façon très réaliste, il va refuser de devenir roi, mais il dirige complètement les choses, il dirige tout et il s'entoure d'un certain nombre de gens très proches, extrêmement fidèles et très capables, comme ce lieutenant général des armées, Lodlow, encore une fois je répète le nom parce que vous allez voir plus loin ça a un sens, et il va mourir de maladie en 1658, après avoir sur le continent, surtout, non sur le continent, en Hollande, il va intervenir beaucoup en Hollande, en écartant la dynastie des Oranges, dynastie qui était celle qui fournissait les Stadthouders, c'est à dire les dirigeants, ceux qui avaient le pouvoir, disons, militaire.

La Hollande actuelle, non, toute la partie au nord de la France, c'est à dire les Pays-Bas, voilà. Il va donc intervenir à ce niveau-là pour écarter les Oranges et installer d'autres personnes, ce qui fait que les Oranges disparaîtront de Hollande, je continue à l'appeler comme ça pour la simplicité, vont disparaître de Hollande jusqu'à pratiquement la moitié du XVIIIe siècle, pratiquement. Bon, mais n'oubliez pas que les Oranges reviendront, et non seulement ils reviendront à la tête de la Hollande, mais ils reviendront à la tête de l'Angleterre, il y a un roi de la dynastie Orange qui épouse Anne Stuart et qui devient roi d'Angleterre, donc c'est quand même un retour.

Entre temps, notre ami Cromwell est mort de maladie, mais dans les 20 ans qui suivent les Anglais, donc la deuxième moitié du XVIIe siècle, les Anglais vont déterrer son corps, le faire passer en jugement, le décapiter symboliquement, et sa tête sera empalée pendant un certain nombre d'années près du Parlement anglais. Non, il était vraiment haï à cette époque-là. Je rappelle qu'après, à partir de 1660, c'est à nouveau les Stuarts qui viennent prendre la couronne d'Angleterre et des trois pays, des îles britanniques, jusqu'à une grande partie du XVIIIe siècle, jusqu'à l'arrivée, on peut dire en gros, d'Hanovre, et l'arrivée d'Hanovre c'est 1715, 1714, donc vous voyez, ça laisse quand même une large période où les Stuarts sont encore en tête.

Le roi qui vient après s'appelle Charles II, il est important pour notre sujet, parce qu'il aura une favorite française, Louise de Keroual, une bretonne de petite noblesse, mais qui va avoir un destin important, puisqu'elle donnera plusieurs enfants à Charles, dont l'un deviendra franc-maçon à la fin du XVIIe siècle, les premiers francs-maçons qu'on pourrait qualifier presque de spéculatifs, et qui sera le père, donc elle sera la grand-mère d'un autre, qui lui est Lennox, le duc de Richemond, deuxième duc de Richemond, qui alors là, dans le milieu maçonnique, pour les débuts de la franc-maçonnerie en Angleterre et en France, est un personnage capital.

Richemond est de sang royal, mais à moitié français, au quart si on veut, voilà, breton même, pourrais-je dire, pour certains de nos spectateurs. Maintenant, qu'est-ce qui se passe au plan maçonnique au XVIIe siècle, du temps de Cromwell ? Pas grand-chose, en France, sur le continent, rien du tout, la franc-maçonnerie était inventée en Angleterre par les anglais, les anglais et les écossais.

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