5 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1
Le Graal, queste christique et templière

Cette somme de Jean Poyard constitue une référence incontournable dans le domaine des études sur le Graal. A la croisée du templarisme, de l’enseignement de Rudolf Steiner dont on sait la pertinence sur le sujet, et des travaux de Boris Mouravieff, il explore les fondements et les nuances multiples du cycle du Graal pour en approcher les mystères et leur signification pour l’évolution de l’être humain vers un Troisième Temple.

Jean Poyard nous rappelle l’importance des contes du Graal :

« Hormis le Nouveau Testament, aucun « corpus littéraire » n’a joué un rôle aussi déterminant que celui du Graal durant tout le Moyen Âge, dans la formation culturelle et spirituelle de ce qui deviendra un jour l’Europe. La légende du Graal avait acquis un rayonnement considérable, qui enflamma la noblesse et tous ceux qui comptaient dans la culture de ce temps. Son rayonnement fut tel que le « corpus du Graal » avait pratiquement acquis le statut d’Evangile apocryphe, parallèlement aux Evangiles canoniques qui faisaient l’objet de l’enseignement officiel de l’Eglise. Il convient de noter que jamais l’Eglise ne s’opposa à la tradition du Graal, sans doute en raison de l’influence de saint Bernard, qui fut également l’âme du Temple. Mais également pour des raisons plus profondes que nous analyserons. »

Jean Poyard détermine les liens riches et complexes entre traditions du Graal et chevalerie templière à partir d’un corpus délimité dans lequel il introduit « l’évangile apocryphe de Nicodème, encore appelé Actes de Pilate, comme l’une des sources du Graal », corpus qui véhicule l’essence de la tradition ésotérique chrétienne. Il invite, plutôt que de se contenter d’une approche érudite, à se mettre en marche au côté de Perceval, le deux-fois-né spirituellement. Haute symbolique, amour courtois, alphabet et grammaire sacrées, jeux de langues, arithmosophie … les matières traditionnelles auxquelles fait appel l’auteur avec maîtrise sont nombreuses pour découvrir les sources, les trames, les procès à l’œuvre.

« La première partie de notre ouvrage, nous confie Jean Poyard, constitue un paysage. Celui du Graal. Elle s’ouvre par une méditation sur la dimension cosmique du Graal envisagé à partir de l’arcane I du Tarot, Le Bateleur. Il s’agit d’une méditation sur le jeu cosmique divin dans lequel l’homme est plongé et où il est appelé à découvrir son propre « Je » afin de s’individualiser spirituellement. Le Bateleur qui s’offre et se refuse comme le Graal, est ici envisagé comme l’arcane par excellence du Questionnement (…).

Les trois chapitres suivants, qui composent la seconde partie, sont intégralement dédiés à une analyse approfondie du Conte du Graal selon Chrétien de Troyes. Au chapitre IV, « le passage du Seuil », nous accompagnerons Perceval dans son évolution sur l’Echelle des Sages. Nous le suivrons dans son ascension progressive jusqu’au cœur du château du Graal. C’est au chapitre V, « le festin chevaleresque », que Perceval fera la rencontre de Celui qui bouleversera sa vie, le Roi Pêcheur. C’est là qu’il contemplera le Graal. Au chapitre VI, « L’homme de lumière », nous assisterons à la nécessité historique et cosmique de la Question qui ne fut point posée à l’époque de Chrétien de Troyes et de l’inachèvement délibéré du Comte du Graal lui-même.

La troisième partie, « Construire le Temple », constitue un élargissement de la problématique du Graal. Au chapitre VII, « Meurs et deviens », nous approfondirons les liens entre l’initiation de Perceval et l’initiation templière. Et nous envisagerons la mission du Temple dans sa dimension historique et métahistorique. Au chapitre VIII, « Le Graal selon saint Jean », nous approfondirons la place de la spiritualité johannique dans l’initiation de l’homme et la spiritualité templière. Le chapitre IX, « L’Espérance du Paraclet », ne sera plus consacré à l’évolution spirituelle de l’homme pris individuellement, mais à celle de l’humanité et de la terre dans la perspective d’un Troisième Testament. »

Il ne s’agit pas seulement d’un travail érudit, même si érudition il y a, et distant sur le sens du cycle du Graal. Il est question de la permanence du message du Graal, saisissable en l’Imaginal, et de son actualisation ici et maintenant.

« A bien des égards, suggère l’auteur, notre époque s’apparente à une fin de partie sur l’échiquier mondial. Et le roi y est bien exposé ! Mais sans doute sait-on, dans l’Horlogerie céleste, quand et comment le Mat aura lieu. »

Magnifique contribution, Le Graal de Jean Poyard est un ouvrage indispensable à l’exploration des traditions des familles du Graal comme au templarisme en général.