« Hommes ne craignaient pas le châtiment de la mort : la mort des hommes est comme le plongeon d’un canard ».

Les Ahl-e Haqq  croyaient en la transmigration des âmes : le plongeon fait disparaitre le canard pour quelques instants mais il réapparait toujours. A la mort du corps physique, selon eux, l’âme migre vers un inter-monde qui permet que le perfectionnement des âmes ne soit interrompu du fait de la limitation du nombre de corps humains sur la terre.

Les mille vies successives de l’âme en l’homme lui assure une possibilité de se perfectionner à chacune de ses étapes, jusqu’à la dernière, où elle se fixe et obtient la vision de Dieu.

En plus du temps « connu », qui a une chronologie linéaire, habituelle pour nous, il existe pour les Ahl-e Haqq un temps cyclique, métahistorique qui interfère avec les évènements terrestres.

A l’instar de Henry Corbin qui dans ses travaux sur la théosophie ismaélienne présuppose la représentation d’un temps éternel éclaté en cycles de temps successifs dont la révolution reconduit à l’Origine ;  la cosmologie des Ahl-e Haqq implique la notion d’évènements dans le ciel, évènements-archétypes, qui devancent la création des choses et qui sont la genèse même de l’Etre.

C’est de ce déploiement de ces évènements-archétypes dans la durée mesurable que consiste la temporalité : tout ce qui se passe dans le temps et dans l’espace existe aussi hors du temps et hors de l’espace, et tout ce qui se passe à un niveau historique est toujours le reflet d’un évènement métahistorique.

La cosmologie des Ahl-e Haqq est duale : le monde manifesté est le résultat d’un combat primordial entre les armées des ténèbres, du Mal (dont le lieutenant est l’ignorance) aux forces de la Lumière, du Bien (dont le lieutenant est l’intelligence). Dans le monde matériel,  les forces ténèbres sont toujours plus fortes que la Lumière, mais sur un plan céleste, ce rapport s’inverse. Pour les Ahl-e Haqq, la modération s’oppose à l’exagération, le pardon à la vengeance et le courage à la couardise.

Et de dénoncer : « il se forme dans la communauté une majorité de fidèles qui restent soumis à la lettre de la religion et refusent de croire en l’existence d’un esprit caché sous la lettre: cette majorité dirigée par ses guides de l’ignorance amputent ainsi sa religion de ce qu’elle a de plus profond, se condamnant à la décadence et la rendant vide de sens ». On retrouve ainsi la vision duale des Ahl-a Haqq qui opposent l’initiation à la contre-initiation.

Les Ahl-e Haqq distinguent en outre trois niveaux différents d’eschatologie :

  • collective, universelle et extérieure, elle est sensée agir dans l’humanité, la bouleverser et établir la justice
  • individuelle : elle déclenche le bouleversement ontologique du fidèle et lui fait prendre conscience de la théophanie de son temps
  • intérieure : inaccessible sans la purification du Soi et sans l’approbation divine qui marquent la dissolution du fidèle en son Dieu.

Un exposé de 35 minutes filmé lors du 5ème colloque des Journées des Amis d’Henry et Stella Corbin.