La beauté du Geste de Stephen Jourdain

C’est sous la forme d’un entretien que la pensée transparente et traversière de Stephen Jourdain aborde la queste, l’éveil, comme geste. Ce faisant, en son style si caractéristique, renversant pour la conscience, il évite et même dénonce le piège des nominalisations qui figent pour chercher le verbe créateur. Le verbe est dynamique :

« C’est un faire pur, que je sais faire. L’éveil est un geste. Le geste est un geste qui est intemporel, qui est tellement profond et central qu’il transforme en banlieue toutes les expériences les plus suaves et les plus profondes qu’on a pu faire dans sa vie. Mais ça ne fait rien, c’est un geste. Il s’agit donc de faire quelque chose.

Ce geste consiste en quoi ? C’est un regard de conscience infinie plongeant en lui-même mais c’et un geste. Mais s’il n’y avait pas ce caractère de geste, d’acte, il n’y a aurait rien.

Donc, c’est un verbe. Grammaticalement, c’est un verbe, ce n’es tps un nom. C’est important de comprendre cela. »

Stephen Jourdain nous parle de la conjugaison du monde au sein de la conscience libre de toute identification, adhésion, attachement, posture. Le geste est un acte de la conscience absolument transparente. Nous retrouvons le « regard » classique des approches non-dualistes de la conscience mais avec la coloration si singulière de Stephen Jourdain et la puissance dérangeante de sa simplicité.

La reconnaissance du fait, de cette évidence, que tout ce qui se présente est un objet dans le sein de la conscience, est abordée par Stephen Jourdain dans le jeu de miroirs Je, Tu, Il.

« Alors en fait, il y a deux mondes. Il y a le monde de la 1ère personne, et le monde de la 2ème personne. Le monde de la 3ème personne est un monde qui n’existe pas ; Et c’est celui qui doit périr. »

Traquer les auto-hallucinations est indispensable pour éviter les conséquences de ce que Stephen Jourdain nomme « le déraillement originel » qui a fait émerger le il.

« C’est une mise en cause de la tierce personne, en tant que « je prétends pouvoir nouer avec elle, sans en faire une 2ème personne ». C’est ça, c’est là, l’hallucination…

Et on se rend bien compte que cette erreur est une erreur intellectuelle, profonde, c’est une erreur de notre intelligence. Notre intelligence a déraillé, comme on peut dérailler dans un raisonnement, là, notre intelligence a déraillé et n’a pas vu l’incohérence. »

Il faut parfois beaucoup de détours à Stephen Jourdain pour s’établir dans l’évidence et établir l’évidence. Il ne s’agit pas de pédagogie, celle-ci tuerait la spontanéité recherchée. C’est le cas lorsqu’il aborde la question de l’identification du sujet à l’attribut et du jugement. Plutôt qu’un exposé rationnel, le propos est inscrit dans une logique décousue qui propose une compréhension à l’intellect sans fermer les portes de l’intuition.

« Alors ce petit livre est emmerdant, lâche-t-il, il y a beaucoup de gens qui vont se faire chier à mourir en le lisant… Il y a des choses qui passent facilement, mais la partie du jugement est sévère, elle paraît très sévère et très austère, elle est capitale.

Le reste est assez simple, c’est un petit peu le même genre de phrasé que Les cahiers d’éveil, mais là on ne peut pas faire un phrasé court, il faut développer la chose, jusqu’au bout.

Alors en fait, l’expression la plus pure de ce que j’appelle « l’éveil », de l’expérience zen, c’est « Je suis irréductible à toute chose y compris à cette parole et y compris à ce que je suis. »

Et cette intuition-là, c’est « l’éveil » ! C’est ça ! C’est la liberté suprême ! C’est ça la liberté suprême ! »

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