Expérience visionnaire et transformation intérieure : introduction 1/15
Scientifiques, philosophes, hommes d’église et artistes s’accordent tous unanimement sur un point : l’homme recèle en lui des capacités insoupçonnées. Ses différents organes, ses cinq sens sont autant de pépites d’intelligence qu’une vie trop routinière, sans questionnement ni vie intérieure, risque d’ignorer. Conformisme, raison excessive et matérialisme sont bien ennemis de toute méta-physique, de toute méta-morphose et transformation, non ?
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Françoise Bonardel a proposé, à Vézelay (Bourgogne), un séminaire intitulé « expérience visionnaire et la transformation intérieure ». Deux axiomes qui ne s'empilent pas par pure construction, mais qui s'imbriquent : ici, la vision est perçue comme performative, transformatrice. Nos caméras étaient là, et quinze films vont être issus de ce séminaire. Voici le premier d’entre eux.


Les visions : des images symboliques, porteuses d’un « étrange savoir »…
Tout le monde, ou presque, est doté du sens de la Vue. Cela est ordinaire. Mais certaines personnes, douées d’un sens « extraordinaire », voient ce que les autres ne voient pas : le devenir d’une personne, d'un groupe, de l’humanité. Parfois même, des entités, des anges : un monde où onirisme et surréalisme se côtoient.
Comment interpréter cet « étrange savoir », parvenir à dissocier la pathologie de la prophétie ? D'ailleurs « voir » s'apprend t-il quelque part ? Autant d'interrogations, liminaires, que pose ici Françoise Bonardel.


« Sache les voies » est la traduction du titre Scivias du premier livre des visions d’Hildegarde de Bingen. Pour Françoise Bonardel, Visions et Connaissance ne sont jamais éloignées.
Françoise Bonardel pose donc ici les bases introductives de son séminaire, qui va progressivement analyser la subtile articulation qui unit vision, connaissance / gnose et qui conduit à la transformation intérieure.
A l'ombre de la psychologie des profondeurs et des travaux du célèbre psychiatre suisse Carl Gustav Jung, elle interrogera les typologies de ces visions et leur(s) origine(s).
Proviennent-elles d'une réalité qui est autre, externe et difficilement atteignable, ou au contraire, ces plans de réalité sont-ils d'ores et déjà bien présents et existants, devant nos yeux ?
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Merci à la Libraire L'or des Etoiles, de Vézelay, Francette et Lorant Hecquet, pour leur accueil et organisation.
Liste des films, séminaire "Expérience visionnaire et transformation intérieure" donné à Vézelay par Françoise Bonardel.
Volet 1 : Introduction au séminaire « Expérience visionnaire et transformation intérieure » 1/15
Volet 2 : Jung, Dürer et Paul : trois expériences visionnaires, ou quand la conscience se sépare du corps 2/15
Volet 3 : Le visionnaire : un témoin, un médiateur 3/15
Volet 4 : Voir c’est savoir : quand la vue devient vision 4/15
Volet 5 : Solve et Coagula : la vision comme creuset entre calcination et sublimation 5/15
Volet 6 : Asclépios, quand la vision de Dieu était médecine 6/15
Volet 7 : Les visions d’Abraham, Moïse et Daniel 7/15
Volet 8 : Les visions d’Isaïe et d’Ézéchiel 8/15
Volet 9 : La mystique chrétienne, une compréhension des secrets de la révélation 9/15
Volet 10 : Sainte Thérèse d’Avila, quand la contemplation se conjugue à l’action 10/15
Volet 11 : Hildegarde de Bingen, ou quand la Connaissance devient intérieure 11/15
Volet 12 : Art visionnaire et iconographie alchimique 12/15
Volet 13 : Point sublime et surréalité, une frontière pour nos sens ordinaires ? 13/15
Volet 14 : Arts visionnaire et psychédélique : vers une connaissance « intégrale » ? 14/15
Volet 15 : Visions, intuition et individuation jungienne 15/15
Extrait de la vidéo
J'ai choisi comme introduction deux témoignages parmi d'autres qui sont en rapport avec le sujet. L'un s'intéresse d'Avila, car, je le voyais clairement, toutes ses visions venaient chaque fois opérer en moi, dans mon cerveau. Et une pensée de Carl Gustav Jung, qui sera, vous pouvez l'imaginer, très présent au cours de cette réflexion, nul ne peut avoir une vision sans être transformé par elle. J'ai choisi ces deux témoignages parmi d'autres qui sont en rapport avec le sujet.
L'un s'intéresse d'Avila, car, je le voyais clairement, nul ne peut avoir une vision sans être transformé par elle. Ce sont deux exemples parmi beaucoup d'autres, de témoignages parmi beaucoup d'autres, et vous allez voir que cette question de la transformation est omniprésente, en tout cas dans les exemples que j'ai retenus. Alors, en effet, je me suis trouvée confrontée à une première difficulté, parce que vous pensez bien que la question de l'expérience visionnaire a connu, à travers l'histoire et à travers les cultures, des déploiements extrêmement différents et des formes extrêmement différentes.
Je me suis aperçue, au bout du compte, que je n'avais pas, par exemple, ou très peu, fait de place à des témoignages, je dirais, d'ordre ethnologique et anthropologique. Qu'est-ce que c'est la vision dans les sociétés dites primitives ? J'en suis restée au monde occidental et avec quelques incursions en Asie, du côté de l'Asie. Il fallait faire des choix, tout choix est discutable, mais il fallait bien trier et vous proposer quelque chose d'à peu près cohérent.
Ce qui a déterminé mon choix, c'est de sélectionner les visions qui étaient en rapport le plus direct possible avec la transformation. Quelles sont les visions qui, véritablement, portent en elles cette transformation ? Quels sont les témoignages de visionnaires qui insistent sur le fait que la transformation s'est opérée en eux ou en elles à partir de la vision ? Donc, voilà, ça c'est, je dirais, ce qui a motivé mon choix.
D'autre part, je me suis efforcée, vous allez vous en rendre compte, de laisser place aux deux significations possibles du mot expérience. Je vous rappelle qu'en français, nous n'avons qu'un seul mot, alors qu'en allemand, il y en a deux et qui sont assez nettement définis, n'est-ce pas, entre erfahrung, qui renvoie, dit erfahrung, renvoie à l'expérience conduite, l'expérience organisée. Je dirais plutôt une expérience qui se rapproche de l'expérimentation.
Donc une expérience maîtrisée. Et l'autre signification de expérience, das Erlebnis, qui renvoie, ce mot renvoie quant à lui, à l'expérience vécue, Leben, la vie, l'expérience vécue. Donc ça veut dire une expérience, la plupart du temps spontanée, qui n'est pas organisée, qui n'est pas construite dans un processus expérimental et qui a un fort, en général, un fort retentissement sur la vie. Donc ça, je crois que c'est important de noter dès le départ que la notion d'expérience renvoie soit à ça, soit à cette expérience vécue.
Et de garder en mémoire dès le départ qu'il n'y a aucune raison d'exclure l'un plutôt que l'autre. Donc l'expérience visionnaire pourra, nous allons le voir, renvoyer a priori en priorité à l'expérience vécue, parce que c'est plutôt comme ça que ça se présente dans les témoignages que nous en avons, mais rien ne nous conduit, en tout cas au départ, à privilégier simplement ce type d'expérience. Il faut pouvoir envisager aussi que l'expérience puisse être conduite, construite.
Donc ça, je crois que c'est important. Alors, disons que le premier type d'expérience est plus rationnel, et que l'autre type d'expérience, je dirais, est davantage gnostique. Gnostique au sens où c'est une expérience qui révèle quelque chose et qui porte en elle ce potentiel de transformation qui est associé à l'idée de révélation. Donc c'est pour ça que chaque type d'expérience renvoie à une forme de connaissance particulière.
Ça renvoie à chaque fois à la connaissance, mais ce n'est pas exactement la même connaissance. Entre connaître parce qu'on a organisé une expérience et le fait de connaître parce qu'on a vécu une expérience, parce qu'elle vous est, si on peut dire, tombée dessus à l'improviste, ça n'est pas le même vécu et ça n'est pas non plus le même type de connaissance. Vous voyez ce que je veux dire en opposant de façon un peu sommaire expérience rationnelle, protocole rationnel, et puis expérience de type gnostique, c'est-à-dire de type qui porte en elle quelque chose de l'ordre d'une révélation.
Alors, a priori, c'est davantage à ce second type d'expérience que nous allons nous intéresser parce qu'il se trouve que la majorité des visionnaires décrivent ainsi ce qu'ils ont vécu. Ils ne s'inscrivent pas dans un protocole expérimental. Et Hildegard de Bingen, par exemple, disait de la vision qu'elle est envahissante. Jamais un scientifique ne dirait d'une expérience qu'elle est envahissante.
Donc c'est bien la preuve qu'on a affaire à deux types différents d'expériences. Alors, voilà le programme, si on peut dire. On verra si on a le temps de tout traiter. Donc je ferai une assez longue introduction ce soir, n'est-ce pas, en espérant pouvoir déjà entamer la première partie de la vue à la vision transformatrice, voir ses savoirs, voir les dieux, voir Dieu, etc.
Voilà le plan que je vous propose en cinq parties plus une longue introduction. Il va falloir nous demander, à partir du moment où nous acceptons la possibilité que l'expérience revête ce double sens, cette double orientation, il va nous falloir nous demander si on peut s'exercer à voir. Est-ce qu'il peut y avoir un apprentissage ? Est-ce que la vision peut relever d'un apprentissage ?
Et de quel ordre ? Alors ce qui me fait me poser la question, c'est par exemple le fait que Carl Gustav Jung parle de la psychologie analytique comme d'un art de voir, un art de voir.