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Spectres, monstres & lovecrafteries. Stephen King

L’œuvre prolifique de Stephen King nourrit l’imaginaire occidental à travers ses productions livresques et cinématographiques à succès. Patrice Allart dissèque littéralement et analyse cette œuvre référente dans le domaine de la littérature horrifique, influences, thèmes, constructions, développements, glissements…

Le succès vient très tôt chez Stephen King, quand son premier roman, Carrie, 1974, est adapté au cinéma par Brian de Palma. Le succès ne se démentira pas, l’auteur enchaînant les gros tirages et attirant pour adapter ses romans au cinéma des metteurs en scène de renom dont Stanley Kubrick et David Cronenberg. Mais ce succès tient au style et au genre de ses écrits davantage qu’aux adaptations cinématographiques.

Au bout de près de soixante-dix romans en langue anglaise, la mise en perspective que nous propose Patrice Allart, révèle un vrai talent d’écriture. L’axe choisi pour aborder l’œuvre est celui des influences, notamment lovecraftiennes, et de leurs métamorphoses en un univers profondément original.

Le voyage chronologique dans l’œuvre écrite dans lequel nous plonge Patrice Allart met en évidence l’effet miroir sociétal de l’ensemble qui s’ajuste aux peurs contemporaines, non seulement les peurs circonstancielles mais celles, anciennes et inconscientes, qui nous habitent toujours, sous des vêtements renouvelés. Il y a donc de Lovecraft (et d’autres) à King, passation, transmission d’expressions archétypales sombres qui demeurent. Notamment, King ne cesse de se confronter au problème du Mal, le Mal cosmique, « Ça », le Mal comme principe, à sa fonction, à sa justification dans l’équilibre du monde ou des mondes, et à son actualisation fascinante dans le quotidien des êtres humains.

L’ouvrage, très complet, est rythmé par des entractes consacrés à Stephen King et le cinéma mais aussi Stephen King et la télévision. Patrice Allart repère les périodes dans l’écriture de l’auteur « Roi de l’horreur », les mutations, les changements de style et d’ambiances.Stephen King ne fait pas qu’exploiter des recettes, il innove, prend des risques littéraires, explore aussi l’écriture du genre, en détourne les stéréotypes et en repousse les limites.

Le lecteur, fan de Stephen King, goûtera sans aucun doute cette immersion dans une œuvre singulière, mais le lecteur occasionnel, ou le découvreur, appréciera également le panorama livré par Patrice Allart qui met en évidence les mécanismes de l’écriture en phase avec nos mécanismes de réponse émotionnelle.