Le sens du surnaturel : "Je suis la voie, la vérité et la vie"
Le philosophe Jean Borella s’est beaucoup interrogé sur le sens du surnaturel, cette faculté à franchir les limitations ordinaires de nos sens communs, et approcher cet au-delà de la nature : la surnature. Renouer avec cette connaissance perdue (étymologiquement « connaissance » signifie « naître avec »), telle est la reconquête, la voie, que nous invite à emprunter Jean Borella. L’aboutissement de ce cheminement n’a d’autre nom que « rencontrer Dieu ».
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Un chemin paradoxalement simple et vertigineux à la fois, bordé de part et d’autre de jalons nommés gnose, mystique ou vie intérieure. Des repères apparemment solides et de haute importance qui ont pourtant été, progressivement, éludés, occultés, par l’ignorance et la myopie d’un certain état d’esprit moderne.


Ce chemin mène à la rencontre avec Dieu. Pour Jean Borella, il s’agit « d’une nécessité, d’une grâce même, et jamais un choix libre »…
Si notre volet précédent évoquait le Logos « comme appel vers la métaphysique » ce nouvel échange se propose de le prolonger, mettant cette fois l’accent sur la notion d’ « expérience », métaphysique : approcher cette surnature, ce surnaturel, marquerait cette bascule entre l’appel, de nature conceptuelle, et l’expérience directe.


Au soir de sa vie, Jean Borella nous livre ici quelques éléments de réflexion sur cette voie du cœur dont le dépouillement, la simplicité et la pureté sont aux antipodes de la raison raisonnante des philosophes et de la radicalité de certains théologiens…
Connaitre Dieu (Jnana Yoga), l’aimer (Bhakti) et le servir (Karma) telle est l’invitation que nous formule ici Jean Borella, citant l’Evangile de Jean (14, 6) en guise de conclusion...
Extrait de la vidéo
Bonjour à tous, nous avons de nouveau le plaisir d'être en compagnie de Jean Borella qui a été professeur de philosophie à l'université de Nancy jusqu'en 1995. Dans un autre entretien, nous avions eu l'occasion d'aborder une partie de sa thèse de doctorat qui était publiée sous le titre la crise du symbolisme religieux et nous avions pu voir lors de cet entretien comment au fil des siècles l'homme en venait à perdre la raison en quelque sorte.
Il a tendance à naturaliser sa propre nature, à naturaliser le cosmos et il en vient finalement à perdre le sens du surnaturel pour reprendre un titre d'un autre ouvrage écrit par Jean Borella, le sens du surnaturel. Jean Borella bonjour. Bonjour Sandy. Donc j'aimerais avec vous aborder le sens du surnaturel.
Est-ce que vous pourriez tout d'abord définir ce surnaturel ? En quoi le surnaturel est différent de la nature ? Je peux dire que ce livre je l'ai écrit à la suite d'une stupéfaction. J'avais lu un petit livre d'un théologien allemand illustre qui s'appelle Hans Kuhn et son petit livre s'appelle Être chrétien.
Il est évidemment très très radical dans ses positions qui sont ultra modernistes. Je ne sais même pas si on peut encore parler de positions théologiques. Et ce qui m'avait frappé en lisant ce livre c'est que tout se passait comme si être chrétien, lire les évangiles, adhérer à la doctrine de l'église, ça n'était rien d'autre qu'un fonctionnement naturel et neutre de la pensée humaine. Et je me suis dit mais il a vraiment perdu tout sens du surnaturel, de ce qui est au dessus des capacités naturelles de l'homme.
Ce qui conduit à penser par exemple qu'un théologien athée qui ferait de la théologie, mais sérieusement avec les compétences, au fond ne diffère pas d'un théologien croyant et qui voit dans la théologie une sorte de voie spirituelle. L'athéisme peut très très bien être théologien et ça je me suis dit mais c'est effrayant. Le regard que grand intellectuel, oui quand même, n'est-ce pas, célèbre d'ailleurs, mais qui a fini je crois par être plus ou moins condamné, le regard qu'il jette sur la foi, être chrétien, est un regard qu'un athée, un athée sérieux, disons honnête, serait capable de jeter.
Donc voilà c'est cela qui m'a éveillé à l'idée de défendre la notion du surnaturel. Le sens du surnaturel ça veut dire le sens que nous avons, nous, du surnaturel. C'est une propriété de notre intelligence. C'est le sens où on dit à quelqu'un vous n'avez pas le sens esthétique ou disons de cette manière.
Donc le sens de, il y a quelque chose de surnaturel dans le discours théologique et dans le discours religieux d'une manière générale et moins savante, moins intellectuelle. Il y a quelque chose de surnaturel et ça m'a amené donc à m'engager dans cette question qui a été approfondie et instruite aussi par un livre remarquable du père de Lubach qui s'appelle justement surnaturel, qu'il avait publié en 39 je crois mais comme la guerre est arrivée ce livre n'a pas eu la diffusion qu'il aurait dû avoir, qui est un livre important et qui met le doigt sur un problème majeur je crois de la religion catholique tout au moins et qui lui a valu d'ailleurs une sorte pas de condamnation mais enfin relative et qui l'a amené à être plus ou moins exclu pendant un temps de l'enseignement de la théologie.
Il était de Lyon donc c'est un jésuite, c'est un des plus grands théologiens du 20e siècle au dire de Benoît XVI, enfin de notre ancien pape. C'est aussi l'un des écrivains les plus savants que je connaisse et dans ce livre le père de Lubach soutient une thèse certaine mais qui a provoqué des réactions très fermes c'est que saint Thomas d'Aquin qui est bon le théologien éponyme si j'ose dire du catholicisme saint Thomas d'Aquin qui est le théologien par excellence parle d'un desiderium naturalis, d'un désir naturel de la béatitude, disons d'un désir naturel de Dieu.
Il y a dans l'intelligence humaine un désir naturel de la connaissance de Dieu. La théologie classique nous enseigne que la foi est un don de Dieu, c'est un effet de la grâce, ce qui est incontestable, c'est une grâce que d'avoir la foi bien sûr. Par conséquent cette vue, cette affirmation qui est pourtant chez saint Thomas d'Aquin incontestablement, les textes sont là, n'est-ce pas, cette affirmation qui se trouve chez saint Thomas d'Aquin a pu être interprétée par un certain nombre de gens que au fond, n'est-ce pas, la foi répond à un désir, à une tendance naturelle de notre pensée.
Cela évidemment met en question une certaine anthropologie, une certaine conception de l'homme, car le désir naturel c'est aussi bien celui d'un chrétien, d'un catholique que d'un non catholique. Le desiderium naturalis, le désir naturel, il fait partie de la nature humaine, quelle que soit la culture que l'on considère, ce qui signifie, puisque de toute manière Dieu on ne le voit pas, Dieu on ne le rencontre pas, disons physiquement, sensoriellement, ça constitue donc un invisible par définition, invisible d'ailleurs dont parle le credo de Constantinople, créateur du monde visible et invisible, dit le credo.
Les invisibles ne sont pas tous d'ordre divin, ils sont d'ordre