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Eric Edelmann est docteur en philosophie du département de Sciences des Religions de la Sorbonne. Il part dans ce livre à la recherche du message initial du Christ. Pour se faire, il explore les différentes couches rédactionnelles qui véhiculent et voilent ce message en se fondant sur la Peshitta, Evangile écrit en araméen toujours en usage dans les églises de Syrie, d'Irak et du Liban, considéré par certains spécialistes comme antérieur aux Evangiles grecs.

-L'enquête s'avère complexe et passionnante :
"Une ligne de recherche particulièrement intéressante consiste à creuser au travers de ces différentes couches rédactionnelles pour en retrouver la formulation d'origine. On sait en effet que Jésus connaissait l'hébreu parce qu'il pouvait lire et citer les Ecritures. Selon certains spécialistes, il comprenait et parlait aussi le grec parce qu'il s'est sans doute adressé dans cette langue à Pilate [.] ainsi qu'au centurion romain [...]. De même, occasionnellement, il a pu le parler avec la femme syrophénicienne de naissance mais dont Marc nous dit qu'elle était grecque [...]
Cependant, les savants s'accordent de nos jours pour considérer que Jésus parlait et enseignait principalement dans sa langue natale, une variante de l'araméen occidental, c'est-à-dire l'araméen palestinien, l'un des cinq dialectes araméens usités à cette époque. On peut donc soulever le point suivant : puisque Jésus a enseigné en araméen et que son enseignement nous est retransmis par le texte grec des Evangiles, il y a donc eu nécessairement une traduction d'une langue à l'autre - et cela, quelles que soient les différentes théories proposées au sujet de la langue originelle des Evangiles eux-mêmes. Il se pose alors la question de la fiabilité d'une telle traduction. Cet aspect est d'autant plus complexe qu'il s'agit d'un enseignement spirituel impliquant des subtilités et des nuances déjà difficiles à saisir en soi. La difficulté est démultipliée lorsqu'il se rajoute, au passage d'une langue à l'autre, le transfert à une toute autre ambiance culturelle. La mentalité sémitique est bien différente de la pensée hellénique, même si l'on a pu repérer une influence de cette dernière sur la vie juive dans la Palestine du 1er siècle."
Cependant Eric Edelmann ne réalise pas ici une étude historique, mais plutôt un essai qui tend à démontrer à la fois la réalité et l'actualité du message christique qui traite d'une réalité tangible:
"La résurrection du Christ a été étudiée sous de multiples aspects par bon nombre de théologiens et de professeurs spécialisés dans l'étude du Nouveau Testament. Il est certain qu'il s'agit d'un événement spirituel majeur qui atteste autant la réalité d'une autre dimension que la possibilité d'un éveil de la conscience. Les récits évangéliques parlent d'un corps glorieux, d'un corps de lumière qui correspond bien évidemment à autre chose qu'à une simple réanimation. Avec un rayonnement tout puissant, la transfiguration du Christ sur le Mont Thabor laissait déjà présager de cette victoire absolue de l'Esprit sur le monde phénoménal. A juste titre, la résurrection est interprétée comme étant le symbole de l'accomplissement spirituel ultime, le témoignage d'une réalisation parfaite et absolue. Elle montre ce que l'homme a la possibilité d'accomplir ; une possibilité qui dépasse de loin tout ce que le mental est en mesure de concevoir.
[...]
Ainsi qu'il apparaît au cours de cette étude, la force du christianisme réside dans la subtilité de l'enseignement du Christ mais à condition de l'étudier en partant du principe selon lequel la transformation intérieure est une réelle possibilité. Le Christ enseigne un chemin divin pour devenir réellement humain."
Cette dernière phrase est particulièrement importante, elle établit une corrélation particulière entre le divin et l'humain, entre le divin et le totalement, absolument, réellement humain, donnant du même coup son sens réel à la chute, éloignement de notre état central de totalité humaine. Ceci est bien à la fois la spécificité et l'universalité du message christique.