Isis, l'éternelle
On croit souvent que les dieux anciens sont morts. Rien n'est plus faux. Ils sont tapis dans les recoins sombres de notre inconscient et continuent de vivre parmi nous. La figure la plus marquante d'une Antiquité toujours présente est Isis, la célèbre déesse de l'Egypte ancienne. Le mythe d'Isis a hanté non seulement l’imaginaire antique, des rives du Nil jusqu’aux confins de l’Empire romain, mais aussi celui des Modernes. C’est ainsi qu’on retrouve la déesse préférée des pharaons sous les traits à peine masqués de Vierges romanes, puis dans la Franc-Maçonnerie et les fêtes de la Révolution, dans les multiples évocations de « l’Isis voilée » du romantisme et dans les fantasmes contemporains d’une égyptomanie qui n’a pas dit son dernier mot.
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Florence Quentin nous montrera à quel point nous sommes encore imprégnés de cette figure idéale de la Femme salvatrice, née il y a cinq mille ans. De Cléopâtre à Nerval en passant par l'empereur Hadrien, le philosophe Plutarque, la Vierge noire du Puy, c'est toute une histoire alternative de la religion qui sera évoquée...

Une conférence de 68 minutes enregistrée grâce au Centre Universitaire Privé Sigmund Freud (SFU-Paris) auquel nous adressons nos remerciements.
A noter que Florence Quentin est auteure du livre "Isis l’Eternelle" paru chez Albin Michel
Extrait de la vidéo
Quelle entreprise extraordinaire à laquelle Michel me convie, c'est-à-dire de convaincre les hommes qu'ils ont beaucoup à changer et à recevoir du féminin. Ce dont les Égyptiens, je pense, peut-être consciemment ou inconsciemment, étaient tout de même assez convaincus. Effectivement, on a beaucoup de récits tardifs de ce mythe, du mythe d'Isis et d'Osiris. On a beaucoup de récits de l'époque classique, de l'époque gréco-romaine, où on voit déjà que ce mythe a été dévoyé.
Je ne vais pas rentrer dans les débats de civilisation patriarcale, mais on sait que la Grèce est quand même une civilisation de type patriarcal. On voit déjà que les historiens ou les philosophes gréco-romains vont dévoyer le mythe égyptien qui, à ses débuts, nous montre un féminin et un masculin tout à fait différents de ce qu'on va lire plus tard. Ce mythe d'Isis et d'Osiris a commencé très tôt, on le trouve très tôt, dès le troisième ou quatrième millénaire, dans les textes des pyramides, les premières pyramides inscrites.
On voit que c'est un mythe qui est un peu embryonnaire à l'époque, avant qu'on ait ce grand récit de plus tard, qui est assez récent, si je puis dire, de l'Antiquité de la Basse époque. Mais on voit que c'est un mythe fondateur pour l'Égypte ancienne. Pourquoi ? Parce que c'est un grand mythème de mort et de renaissance et qu'il incarne à la fois un reflet de la nature égyptienne, ces crues du Nil qui vont donner la richesse à l'Égypte, ou les années de vache grasse ou de vache maigre, mais aussi parce qu'il est le fondement de la croyance et de la spiritualité égyptienne qui est que si le grain ne meurt, il ne peut renaître.
Donc, on sait que l'obsession majeure des Égyptiens, c'est cet accès à l'immortalité. Donc, ce grand mythe, c'est le socle de la civilisation égyptienne. C'est le grand mythe des Égyptiens, puisqu'il ne va cesser de nous dire que nous sommes conviés, alors là, j'extrapole, au-delà du mythe, nous sommes conviés sans cesse à mourir et à renaître dans notre vie, plusieurs fois, sans cesse. Il nous invite à comprendre que nous devons mourir pour renaître.
C'est ce que nous dit Isis et c'est ce que nous dit ce grand mythe. Alors, au départ, on va repartir aux origines, puisqu'il y a une genèse à ce grand mythe. Au départ, aucune chose n'existait, il n'y avait qu'un océan, une immensité d'eau et de ténèbres absolues. Ça nous rappelle d'autres genèses de la Bible et d'autres récits mythologiques.
Et on voit que le monde était plongé dans les ténèbres. De cet océan primordial, que les Égyptiens appelaient le Noun, va jaillir au premier jour un principe solaire, un démurge qui s'appelle Atoum, qui va émerger d'une butte primordiale et, grâce à l'aide déjà du féminin, de sa fille, qui va stimuler ses ardeurs génésiques, il va par masturbation ou par crachat, il y a plusieurs versions du mythe, il va créer à son tour, cet Atoum, le premier couple qui est, je ne sais pas si vous voyez bien, Gheb, qui est Chou et Tefnout, Chou qui est l'air et Tefnout qui est l'humidité, mais paradoxalement une humidité, puisqu'on pense toujours que l'humide est liée au féminin, une humidité que l'on représente sous forme d'une déesse lyonine avec un disque solaire.
Il y avait en Égypte ancienne, comme dans bon nombre de civilisations très anciennes, une inversion des polarités par rapport à celle dont on nous rebat toujours les oreilles, la femme est lunaire et l'homme est solaire. Dans l'Égypte ancienne, comme dans d'autres civilisations, les déesses égyptiennes sont toutes d'essence solaire, elles sont toutes l'œil du soleil, vous savez cet Ureus, c'est-à-dire ce serpent que l'on voit figurer au front des dieux et des pharaons, il s'agit d'un cobra femelle, c'est ce cobra femelle qui jette son venin à la face des ennemis du dieu pour le protéger et toutes ces déesses sont solaires et les dieux, certains dieux sont lunaires, il n'y a pas de déesse lunaire.
On voit bien qu'il y a une inversion des polarités, ces déesses sont actives, solaires et elles génèrent une énergie de feu, parfois, comme souvent dans le féminin, elles ont deux faces, un aspect créateur et un aspect destructeur. On voit bien que dès le départ, le principe créateur féminin est d'essence solaire. De ce couple primordial, si je puis dire, là aussi on va voir qu'il y a une inversion de ce qu'on connaît généralement, vont naître le ciel qui est la déesse Noût, vous voyez que le ciel une fois de plus est féminin, ce n'est pas le ciel qu'on identifie généralement au masculin et la terre au féminin, le dieu de la terre c'est Guèbe qui est étendu sur le sol et il est recouvert, qui est au-dessus, c'est la femme qui étend son long corps constellé et qui est donc le principe du ciel, c'est encore le féminin qui est le ciel.
Donc on est une fois de plus dans une inversion des polarités par rapport à celle que l'on connaît. Mais ce ciel et cette terre sont si éperdument amoureux et passionnés qu'ils ne se désunissent jamais. Il faut que Chou les sépare pour que naissent les dieux dont on va parler aujourd'hui qui sont cinq dieux, cinq enfants de Noût et de Guèbe dont ce fameux Osiris et cette fameuse Isis. Dès le ventre de leur mère Noût, dans ce grand corps constellé, ils vont se croiser dans ce grand liquide amniotique, les héros, les protagonistes de ce grand drame shakespearien que va être le mythe d'Isis et d'Osiris se croisent dans ce grand liquide amniotique.
Ils sont tous frères et sœurs et bientôt ils vont être frères et ennemis, on va le voir. Donc le premier-né est Osiris, c'est un être exceptionnel, il mesure 4,50 m, ses membres sont en lapis lazuli, il est considéré comme un être parfait et comme c'est le premier-né, il va hériter du trône d'Egypte. Puis naît Isis qui est considérée comme la déesse qui va civiliser l'Egypte et le monde en épousant son frère Osiris et en l'avoir représentée comme la tête surplombée d'un trône.
Elle est, on va le voir avec les vierges noires qui sont les héritières d'Isis, on va le voir, elle est le trône de Dieu, elle est le trône du divin, elle est aussi un accès au divin par ce trône qui est aussi une forme d'escalier, comme une sorte d'échelle de Jacob qui donne accès aux régions supérieures, mais on voit qu'elle est déjà en elle-même le siège du divin. Puis va naître quelqu'un qui est très important aussi, qu'on oublie souvent dans ce mythe, dont Plutarque parle très peu, c'est la sœur et je pense que c'est important par rapport