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-Jacques Goldberg est professeur à l'université de Paris V-Sorbonne, directeur du Département des sciences sociales et du Laboratoire de biosociologie animale et humaine.
Dans cet essai, Jacques Goldberg confronte les connaissances traditionnelles d'Israël aux recherches scientifiques contemporaines. Il met ainsi en évidence de nombreuses convergences et l'actualité de la Tradition juive, comme d'ailleurs de toute Tradition authentique. Cet essai constitue une réflexion très riche pour tous ceux qui s'intéressent à la problématique entre traditions et modernité mais aussi entre Tradition et Science.
-Dans sa préface, Franklin Rausky explique en quoi la démarche de Jacques Goldberg est fondée, alors que de nombreux traditionnistes rejettent la science pendant que les scientistes ignorent avec dédain toute connaissance traditionnelle :
"Aucune société, aucune culture, aucune pensée ne semble échapper aux déchirements, aux tensions sociales, aux crises affectives, aux débats intellectuels qui accompagnent les progrès de la connaissance scientifique, source d'enthousiasme optimiste, mais aussi de doutes et de déceptions. Mais toutes les cultures n'opposent pas les mêmes réponses aux défis lancés par l'aventure de la science.
Pourtant, les historiens des sciences, souvent enfermés dans une vision ethnocentrique, ont exploré les réactions du seul Occident chrétien aux nouvelles découvertes et théories scientifiques. Ils ont scotomisé ou négligé l'attitude des minorités culturelles, philosophiques et religieuses face à ces découvertes et à ces théories. Ils ont laissé dans l'ombre l'attitude face aux révolutions scientifiques d'une culture minoritaire dont le destin, dans l'histoire des deux derniers millénaires, fut celui d'un passeur, campant aux frontières des civilisations, jamais tout à fait dehors, jamais tout à fait dedans, traversant des territoires culturels divers et opposés, transmettant des héritages lointains, assimilant des savoirs inédits, préservant son (indéfinissable?) identité, sans se fondre dans l'anonymat de la majorité compacte : le judaïsme."
Une double approche réductionniste de l'hellénisme et du judaïsme ont conduit bien des auteurs ou chercheurs à se soumettre à un biais perceptuel et conceptuel dichotomique interdisant d'examiner sereinement l'interface entre science et judaïcité. Jacques Goldberg qui allie à la fois la rigueur scientifique et l'érudition traditionnelle démontrent comment les modèles traditionnels et scientifiques peuvent se nourrir les uns et les autres.
Dans la première partie, il examine avec lucidité les relations entre science et judaïsme. La deuxième partie, passionnante, est consacrée à la question de la création. La réflexion de l'auteur sur le concept de "rien" et de "néant" est fondamentale pour saisir l'essence de toute Tradition qui ne saurait être perçue sans une approche de "l'intervalle" :
"Le Derek Hachem, l'oeuvre de Moché Haïm Luzzato, le grand cabbaliste et talmudiste italien du XVIIIe siècle, est catégorique sur cette question : avant la Création, il n'y avait rien, excepté la Gloire de Dieu, mais ce "rien" est lui-même un concept que nous, créatures humaines, ne pouvons même pas commencer à comprendre. Nous sommes dans la situation où se trouve un aveugle de naissance auquel on parle de la beauté d'un lever de soleil ou d'un sourd n'ayant jamais perçu les sons auquel on explique la beauté et l'harmonie. Ils peuvent y réfléchir, faire effort d'abstraction, mais malheureusement ces extraordinaires expériences sensorielles leur demeurent étrangères."
La troisième partie traite de la question du temps et de la datation dont on sait l'importance dans la Tradition juive qui distingue quatre grandes étapes : premier acte de la création, cosmogenèse ou développement de l'univers matériel, biogenèse ou développement de la matière vivante, et anthropogenèse ou venue de l'homme.
Les quatrième et cinquième parties ont pour thème l'évolution des êtres vivants et l'origine de l'homme.
Au bout du compte, Jacques Goldberg aura démontré avec brio l'intérêt de la rencontre entre Science et Tradition :
"Il importe pour l'homme de science de savoir se tourner vers les enseignements de la spiritualité traditionnelle ; elle lui est indispensable pour continuer son itinéraire, dans un monde où elle est, la plupart du temps, oubliée. Il importe pour l'homme de Tora de savoir que dans un monde où bien des éléments ont varié, la Tora donnée au Sinaï parle pour tous les temps, et si la Halakha demeure dans sa dynamique constante, la pensée doit constamment être modulée, toujours dans ce souffle du Sinaï, pour s'adapter à des circonstances inconnues jusque-là.
En outre, l'homme de Tora devra de plus en plus savoir dire à l'homme de science ou de technique ce que la Tora peut lui apporter et comment moduler son action et ses découvertes en fonction des impératifs spirituels et moraux fondamentaux et éternels."
Un dialogue devenu urgent.