Divination, salut et damnation dans le discours philosophique à la première époque impériale romaine
À la croisée des chemins entre traditions gréco-romaines et christianisme naissant, la divination devient un enjeu central du discours philosophique à la première époque de l'empire romain. Ce débat reflète une quête partagée : comprendre la vérité divine et le salut de l’âme. Tandis que Plutarque explore une sotériologie allusive au travers de la démonologie et des mystères oraculaires ;
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Apulée met en lumière la figure d’Isis comme guide salvateur et la fonction des démons comme porteurs de connaissances et de protection.


Cercle ou ligne droite ? Le temps cyclique grec se confronte au temps linéaire chrétien...
De son côté, Clément d’Alexandrie oppose aux pratiques divinatoires païennes une prophétie chrétienne éclairée, vectrice de vérité et de transcendance. Ces perspectives tracent une transition : d’un salut immédiat et contingent à une eschatologie transcendante, reflétant un passage du temps cyclique des Grecs au temps linéaire chrétien.
Cet exposé révèle ainsi les mutations profondes du prophétisme et du rapport au divin dans un Empire en pleine mutation spirituelle.
Extrait de la vidéo
La Simonetti, qui est déjà la co-organisatrice de cette journée de conférence, est docteure de l'université de Badoue en Italie et de l'université catholique de Louvain en Belgique. Elle est actuellement chercheuse affiliée à l'école pratique des hautes études dans le cadre d'un projet postdoctorat MSCA financé par l'Union Européenne qui s'intitule Mapping Salvation. Auparavant, elle a travaillé sur le projet IRC Playdoh via Aristotle et rempli d'autres contrats postdoctoraux à l'université catholique de Louvain et à l'université de Durham en Angleterre.
Ses recherches concernent principalement les interactions entre les discours religieux et philosophiques dans le bassin méditerranéen au cours des trois premiers siècles de notre ère. En 2017, elle a notamment publié chez Leuven University Press une monographie intitulée A Perfect Medium, Oracular Divination in the Thought of Plutarch. Et sa communication d'aujourd'hui porte sur le thème de la divination, du salut et de la damnation dans le discours philosophique à la première époque impériale.
Je vais te laisser la parole. Merci. Merci beaucoup Nathan. Alors, la prophétie constitue un sujet majeur de débat entre chrétiennes et païennes au cours des premiers siècles de notre ère.
Expressions divinatoires véridiques, ce qui signifie dans ce contexte réellement inspirées par les dieux, sont considérées comme des sources fiables de connaissances. L'importance croissante attribuée à la communication entre humains et divins a des répercussions sur la façon dont la notion de la vérité vient à se définir, en fonction d'instances investissant à la fois les domaines épistémologiques, moraux et théologiques.
Le rôle crucial accordé aux phénomènes divinatoires pendant cette époque a été accompagné d'une transformation significative du prophétisme. Il y a deux aspects fondamentaux qu'il est essentiel de souligner à propos de ces changements, que je mettrai également en lumière par les cas textuels que je vais proposer. Le premier consiste en une mutation topographique du paysage divinatoire. Les centres oraculaires traditionnels au premier rang d'elfes, au cours de la Grèce classique, déclinent au profit des temples qui jouissent d'un nouveau prestige, comme dit Dime et Clarousse en Asie mineure.
En parallèle, de plus en plus de divins indépendants, détachés des temples oraculaires officiels, exercent leur profession jusqu'aux frontières de l'Empire. La seconde nouveauté réside dans le contenu des messages divinatoires, et par extension dans leurs fonctions sociales et épistémiques. Les réponses de cette époque attestent d'un profond changement des sensibilités religieuses et d'attitudes cultuelles, un concept que Nicole Bailaïch a mis en lumière et résume dans l'expression « Dieu nomme aux têtes », donc donnant des prescriptions par moyenne oraculaire.
Cette dynamique favorise un contact plus intime et une connaissance plus profonde de Dieu, et répond à l'exigence des protections personnelles et d'un soutien concret dans la vie quotidienne. L'élargissement et la diversification du panorama prophétique ont incité les philosophes à s'interroger sur ces présuppositions théologiques et ces retombées pratiques. Ce débat impliquait les représentants de la culture traditionnelle et ceux des nouveaux cultes naissants, comme le christianisme, et que la critique récente configure à l'instar de toutes les autres religions composant les tissus multicolores du premier empire.
Ma contribution aujourd'hui se concentre sur la rencontre entre le monde ancien et le nouveau, les théories de la prophétie dont chaque partie s'est faite les portois, mais surtout les rôles centrales que joue dans cet échange la notion de salut et celle du manque de salut, fondamentale pour les chrétiennes et, comme nous le verrons, loin d'être étrangère à la pensée greco-romaine. En mettant en lumière la fonction de la catégorie du salut dans les discours sur les phénomènes divinatoires, elle tentera de tracer une parabole historique attestant les principales mutations regardant la pratique prophétique.
L'idée est celle de tracer une parabole historique guidée par l'analyse des passages clés des trois penseurs centraux du débat post-hélénistique, Plutarch de Coronée, Apulais de Madaura et Clément d'Alexandrie. Apulais et Plutarch sont d'importants représentants du platonisme moyen. Ils témoignent du haut niveau des complexités de la théorie de l'administration platonicienne qui a été développée en réponse aux attaques des soiciens pendant des siècles et en accord avec les enseignements de Platon, tout un intégrant des éléments d'une grande originalité.
En revanche, comme on le verra, Clément utilise des manières soit constructives, soit critiques, des théories greco-romaines et judaïques pour soutenir l'idéal de la prophétie chrétienne. Plutarch, prêtre d'elfes pendant vingt ans, s'est engagé à défendre son temple face au déclin imminent. Dans les trois dialogues pithiques qui attestent son engagement théorique et diplomatique, la thématique sotériologique apparaît de manière oblique et allusive, presque oraculaire.
Dans l'idée Apodelfos, un dialogue très connu, Apollon est décrit comme celui qui inspire l'orexis, donc le désir de la connaissance, et les temples comme les symboles de la nature trascendante de la divinité ainsi que de la faiblesse humaine asthénée. Étudier son fonctionnement révèle les principes des lois physiques qui régissent le cosmos et favorise ainsi un processus de connaissance qui contribue à notre salut moral.
Cependant, le domaine dans lequel le lien entre la sotériologie et la divination est évident dans l'œuvre plutarcaine est celui de la divination individuelle, donc pas la divination oraculaire, développée à partir d'une rélecture harmonisante des différents passages de Platon. Consilions les Daimónions, qui donnent à Socrate des pouvoirs prophétiques dans l'Ephèdre, et les Daimons, identifiés avec l'Enus, la partie la plus rationnelle et divine de l'âme, dans l'Ultimée.
Selon cette théorie, les individus vertueux possèdent un tripod immatériel dans leur âme pour utiliser une expression de maxime de tir, ce qui signifie que la partie la plus sublime de leur psyché, identifiée au Daimon intérieur, peut capter des messages divinatoires. Les défaces en Orbellone nous offrent des détails essentiels sur la démonologie de Plutarque. Les Daimons sont localisés par défaut sur la Lune, ce qui exprime bien, selon un symbolisme astral, leur situation ontologique intermédiaire entre les plans divins, donc le soleil, et les plans humains, la terre.
Ce passage, issu d'un récit mythologique, démontre la relation étroite entre la divination et le salut. Les Daimons se détachent de la Lune et descendent sur la terre pour célébrer les mystères, agir comme punisseurs, colostailles ou protecteurs, Fulakes, mais surtout pour gérer les oracles, Cresmoï, ou les oracles,