Etre druide aujourd'hui
Jean-Claude Cappelli est un auteur et conférencier connu, tout ensemble druide et franc maçon, et ce depuis une quinzaine d’années.
Dans cette interview réalisée avec Hélène Cuny (Franc-maçonnerie Magazine), il précise avec clarté que le druidisme contemporain, même s’il se réfère aux anciens d’il y a 25 siècles et plus, est, dans son expression, différent : la tradition orale s’étant estompée, mais son esprit demeure le même.
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En maçonnerie (en particulier dans le Rite Ecossais Rectifié), comme dans le druidisme, il existe des rites, des transmissions, des règles, qui demeurent ignorées dans la société laïque qui est la nôtre.
Participer à des groupes de recherche différents, c’est souvent être targué de syncrétisme.
Or, cette ouverture sur des traditions issues de la grande Tradition Primordiale, est plutôt un enrichissement.


D’ailleurs, le conférencier démontre combien les traditions dites "païennes" ont apporté aux religions du livre… et à la Franc-maçonnerie. Il donne des exemples très complets; il insiste sur les cultes de la pierre, l’adoubement, le respect absolu de la nature dans laquelle s’inscrit l’homme, les rituels saisonniers, l’ouverture à la Lumière…


Jean-Claude Cappelli évoque des auteurs tant orientaux qu’occidentaux qui ont façonné et façonnent la pensée humaine.
Aujourd’hui, il est nécessaire que philosophie, religions et spiritualité, soient vivantes.
Comment devient-on druide ? Franc-maçon ? Ou membre de toute autre association "ésotérique", alchimique : en cherchant, en méditant, en écoutant des conférenciers tels que celui-ci, qui ne donnent pas des réponses mais des clés….
On comprend alors qu’être druide et/ou franc maçon, c’est être témoin actif de la vie.
Extrait de la vidéo
Alors, Jean-Claude Capelli, bonjour. Bonjour Hélène. Merci d'avoir accepté notre invitation. Nous allons parler ensemble d'un phénomène qui est peu connu, c'est le druidisme.
Alors c'est vrai qu'immanquablement, quand on parle de druidisme, on pense à notre bon vieux druide Panoramix. Mais on aimerait un peu en savoir plus sur ce qu'est être druide aujourd'hui. Alors, vous êtes maintenant à la retraite. Vous avez été professeur de dessin industriel, je crois, pendant pas mal d'années.
Et vous êtes également druide depuis une quinzaine d'années. Une quinzaine d'années, oui. Voilà. Alors, qu'est-ce qu'être druide au XXIe siècle ?
Pouvez-vous nous expliquer ? Si vous voulez, je vais vous répondre par une boutade. Un druide, c'est un curé sauvage. Bon, alors on va arrêter là tout de suite parce que c'est pas très sérieux.
Mais quand je vous dis que c'est un curé sauvage, donc ça veut bien dire ce que ça veut dire, c'est un prêtre. Un druide, c'est un prêtre. C'est à la fois un prêtre et un philosophe. Alors, il est sauvage tout simplement parce qu'il est lié à la nature, il est lié à la forêt.
En fait, un druide, c'est un prêtre, c'est un philosophe païen. Tout simplement. Voilà. Très bien.
D'où viennent les traditions celto-druidiques ? Alors d'abord, il faut savoir que, si on veut comprendre ce que c'est qu'un druide aujourd'hui, il faut essayer de comprendre ce que c'était qu'un druide il y a 20 à 25 siècles. La grande période du... Donc les druides sont les prêtres des celtes.
La grande période du monde celtique, c'est une période qui va de moins 1000 à moins 500 environ avant notre ère. À cette époque-là, le druide a un fort ascendant sur les pouvoirs politiques et c'est lui qui est la clé d'où d'une société. À tel point, par exemple, qu'un réteur grec du 1er siècle de notre ère, qui s'appelle Dionysos Tomes, va dire les celtes possèdent des mages qu'on appelle des druides et sans eux, il n'est permis au roi ni d'agir ni de décider.
Donc il est très clair qu'aujourd'hui, la société celtique traditionnelle n'existe plus. Le druide ne peut plus avoir la place qu'il avait il y a 25 siècles. Donc le franc-maçon que je suis, fidèle au principe de laïcité, va dire qu'une spiritualité aujourd'hui, ça s'exerce dans la sphère privée. Le druide va exercer sa spiritualité dans la sphère privée.
– Comment est-ce qu'on devient druide ? – Vous voulez vraiment que je vous raconte comment moi je suis devenu druide ? – Allez, racontez-nous. – Comment on devient druide ?
On pourrait poser la même question, comment devient-on franc-maçon ? Il y a deux façons de devenir franc-maçon aujourd'hui, soit par cooptation ou alors maintenant, les obédients ont des superbes sites internet. Vous pouvez contacter les obédients par site internet. Aujourd'hui aussi, paradoxal que ça puisse paraître, les druides aussi, bien qu'étant des prêtres païens, sont des gens modernes et vous pouvez aussi bien, vous pouvez être contacté par cooptation, vous pouvez tout aussi bien contacter des sites druidiques, de groupes druidiques, de clairière, etc.
Alors, ce n'est pas la meilleure façon, je trouve. Le contact par internet, ce n'est pas la meilleure façon. Je pense que le contact par cooptation, c'est ce qu'il y a vraiment de mieux. Alors moi, je vais vous raconter comment je suis devenu druide.
Vous savez, les francs-maçons, quand ils veulent se reconnaître entre eux, se disent une phrase bien particulière dans laquelle ils prétendent ne savoir ni lire ni écrire. Il se trouve que mon père était un immigré italien, il n'était pas du tout franc-maçon et il ne savait ni lire ni écrire, mais au sens propre, pas au sens figuré. Et donc, il n'avait aucune culture celtique et aucune culture en général, aucune culture celtique, aucune culture druidique.
Et pendant toute ma jeunesse, il ne m'a jamais appelé par le prénom qu'il m'avait donné. Il m'appelait toujours Marcassin. Alors, je sais bien que vous êtes certainement une journaliste des villes, mais vous savez que le Marcassin, c'est le petit de la laie et du sanglier. Or, il se trouve que dans la tradition antique celtique, et dans la tradition aussi d'aujourd'hui, le sanglier, c'est le symbole du druide par excellence.
Et donc, le Marcassin, c'est son élève, on dirait son apprenti en franc-maçonnerie. Alors moi, j'ai été élevé là-dedans et mon père a été mon premier sanglier. Et puis, j'ai vécu aussi à égale distance entre le plateau de Gergovie et le mont Beuvray, qui sont deux très hauts lieux historiques avant que la France ne devienne chrétienne. Et donc, le plateau de Gergovie, vous savez bien que c'est là que les légions romaines ont subi une cuisante de défaite face à la coalition gauloise.
Et puis, sur le mont Beuvray, à côté d'Autun, c'est là que Vercingétorix avait reçu le commandement de la coalition gauloise contre César. Alors moi, j'ai vécu là-dedans, j'ai été passionné d'histoire gauloise. Et puis, un beau jour, je me suis dit... Bon, mes parents étaient des chrétiens festifs, on va dire.
Ils étaient croyants, mais pas pratiquants, sur la formule consacrée. Mais très vite, moi, je me suis aperçu que le christianisme n'était pas la spiritualité qui me convenait. Quelques années plus tard, un samedi matin, de grâce matinée, je me suis dressé dans le lit, je me suis assis, je me suis tourné vers mon épouse et je lui ai dit, je veux être honoruïde. Et elle a ri, bien sûr.
Elle a dit, mais ça n'existe plus que dans les bandes dessinées. Et l'avenir devait lui donner tort, parce que quelques années après, en 1990, j'ai croisé les pas d'un homme qui était à la fois druide et franc-maçon. Et c'est lui qui m'a emmené vers ma première célébration druidique. Et c'est lui qui m'a emmené vers ma première loge druidique.
Voilà, c'est comme ça que je suis devenu druide et franc-maçon. Donc, je ne sais pas si mon cas est un cas d'école, j'en sais rien. – Ah, je ne sais pas. Alors, vous faites vraiment le parallèle entre druide et franc-maçon.
Donc, il y a vraiment un lien très fort entre les deux. Vous voyez des similitudes très fortes. – Alors, tous les francs-maçons vous diront souvent qu'ils ne s'attendaient pas à ce qu'ils allaient trouver dans la loge maçonnique qu'ils ont été initiés. Par essence, on ne sait pas ce qui nous attend.
Par contre, le monde druidique, je commençais à bien le connaître. Donc, j'ai été initié la même année, à quelques mois près, à la fois en druidisme et en franc-maçonnerie. Vous savez, le druidisme et la franc-maçonnerie que l'on connaît aujourd'hui nous viennent de 1717. Et en 1717, à Londres, les mêmes hommes se sont réunis dans les mêmes tavernes pour mettre au point ce qui allait être la franc-maçonnerie d'aujourd'hui et le druidisme d'aujourd'hui.
Et moi, maintenant, j'ai été initié il y a plus de 20 ans, j'ai acquis l'intime conviction que, effectivement, les traditions païennes avaient beaucoup apporté à la franc-maçonnerie. La franc-maçonnerie est réputée pour réunir ce qui était pas. Donc, elle a pris plein de choses à des tas d'autres traditions. J'ai entendu ce matin, de la part du conférencier Roger Dachez, que si on voulait comprendre la franc-maçonnerie, il fallait en sortir, et il a parfaitement raison.
Et je crois qu'on peut réellement comprendre la franc-maçonnerie uniquement si on se tourne vers d'autres expressions de la tradition primordiale universelle, et notamment les traditions païennes, qui sont pour nous ici des traditions indo-européennes. Moi, en 20 ans, c'est mon point de vue et mon propre filtre qui me fait parler. Mais moi, avec les deux expériences, j'ai quand même le sentiment que c'est le monde druidique et païen qui a influencé la franc-maçonnerie, même la franc-maçonnerie de la pierre, qui est une franc-maçonnerie chrétienne.
D'accord. Très intéressant. Et quel regard portez-vous, en tant que druide, sur la religion ? Alors, la religion, les religions du livre ont mis des connotations très négatives sur les mots.
Le mot « Dieu », par exemple. Il y a beaucoup de gens aujourd'hui qui ne supportent pas qu'on le prononce devant eux, le mot « Dieu ». Ce qu'il faut savoir quand même, c'est que l'étymologie du mot « Dieu » nous vient du sanscrit. Le mot sanscrit « Dios » a donné son nom à Jupiter, à Zeus.
Et ce mot « Dios » veut dire « lumière ». Et donc, pour moi, parler de Dieu, même si je suis panthéiste, si je ne crois pas à un Dieu créateur, le mot de Dieu ne me gêne pas parce que je sais que derrière, il y a cette étymologie sanscrit qui lui donne cette notion de lumière. C'est un peu pareil pour le mot « religion ». Le mot « religion » a une étymologie contestée.