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Ce livre publié « pour la Franc-Maçonnerie de la fraternité » se veut un appel pour une autre Franc-Maçonnerie. A la fois manifeste et analyse, il met en évidence, avec lucidité, les dysfonctionnements majeurs et les crises qui traversent la Franc-Maçonnerie mais, présentent également des propositions adéquates pour un renouvellement maçonnique.
Trois questions sont posées par les auteurs, celle de la pertinence de la régularité, celle de la fonction dévoyée des obédiences, celle du contenu initiatique.


Rappelant que la Franc-maçonnerie repose initialement sur des principes et non sur des « règles », les auteurs listent les contradictions internes de la régularité, contradictions qui portent en elle la discorde. Ils distinguent la régularité administrative, toxique, d’une régularité traditionnelle à rétablir. Ce qui apparaît nettement dans l’analyse des auteurs, basée sur l’histoire, c’est que « les enjeux ne sont pas fondamentalement philosophiques ou maçonniques », ils sont de nature politiques ou, plus exactement, politiciens. Derrière la question de la régularité se cache celle des obédiences.
Les auteurs montrent, exemples à l’appui, que « les Grandes Loges, conçues comme des lieux de pouvoir, des organismes dotés d’autorité, sont le produit de l’histoire politique de l’Europe, et non celui de l’évolution naturelle des loges du métier. On pourrait même dire tout au contraire… ». Ils recherchent les causes des guerres d’obédience et de la multiplication des scissions. Il y a celles inhérentes aux lieux de pouvoir : ambitions personnelles, conflits de personnes, recherche de reconnaissances et de titres, mais il y a des raisons plus nobles comme la pression administrative, la manie procédurale, « l’autoritarisme de l’appareil qui s’accorde inéluctablement une autorité propre », « l’opacité de nombre de décisions ».
Les auteurs opposent, non sans exagération et illusion, à cette dégradation permanente de la Franc-maçonnerie, « l’éclaircie de 2003 », année qui a vu neuf obédiences se rassembler pour œuvrer ensemble. Une expérience éphémère.
Vient enfin la question du contenu. Entre une Franc-maçonnerie qualifiée de sociétale et une Franc-maçonnerie qualifiée de spirituelle, on cherche souvent en vain l’initiatique.
« Au fond, avancent les auteurs, c’est l’aboutissement logique de tout ce qui précède. Quand une institution, quelle qu’elle soit, perd son sens profond, il ne lui reste plus qu’une raison de vivre : c’est d’exister pour exister. Et pour payer les factures de ses folies mobilières et immobilières. Un jour peut-être se rappellera-t-on que la vocation des maçons est de construire un Temple. Il semble que pour beaucoup l’invocation ne soit pas essentiellement spirituelle ! »
Et de nous poser la question, essentielle : « A quoi sert la Franc-maçonnerie aujourd’hui ? ».
Les auteurs terminent leurs ouvrages par « quelques repères sur les voies du renouveau » :
- La fin de la bureaucratie maçonnique.
- Mettre un terme à l’hypocrisie maçonnique (ce qui pose la question de l’initiation des femmes en Franc-maçonnerie).
- Etablir « une maçonnerie ni politique, ni mystique, ni sectaire ni commémorative » soit « la fin d’une maçonnerie profane, voire profanée ».
Enfin, ils appellent à « une insurrection maçonnique » en ces termes :
« Le véritable avenir n’est pas, moins que jamais, dans l’enfermement, la réclusion volontaire et l’inscription sur une liste de « gens fréquentables », mais dans le partage, l’ouverture, et surtout la confiance en soi qui entraîne naturellement le respect de l’autre, mettant un terme à la méfiance et à la peur. En un mot, dans la fraternité vécue, mise en acte. »
L’appel est mesuré, l’insurrection n’est que bon sens. Nous pourrions reprocher à nos trois auteurs d’avoir été ou d’être encore des gens d’appareil et d’avoir contribué à cet état de fait quand ils étaient aux affaires. Nous pouvons aussi profiter de l’occasion qu’ils offrent. Ils ne sont pas les assassins de Maître Hiram. Ils sont au côté de son cadavre pour le relever. Ils ne réussiront pas seuls.
Puisqu’ils appellent à « l’insurrection », prenons les au mot et suivons leur conseil :
« Les appareils ne bougeront pas, les institutions ne secrètent jamais – ou très rarement – leur propre réforme. C’est le débat et les échanges entre les frères et les sœurs qui rendront cet espoir possible. »
A lire donc, et plus, à investir.

Editions Dervy, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France.
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