La clinique alchimique du travail des rêves

L'alchimie est un courant qui s'est développé à l'intérieur de différentes traditions spirituelles en vue de les nuancer et de les féconder. Le présent échange ne prétend pas en exposer de façon exhaustive tous ses arcanes, mais il a pour ambition de contribuer à témoigner de l'intérêt clinique, fort méconnu, des travaux de Carl-Gustav Jung sur l’alchimie. La psychothérapie alchimique que nous présente ici Bertrand de la Vaissière ne se conçoit pas en dehors du travail des rêves dans lesquels on repère aujourd'hui les mêmes images fondamentales et les dynamiques du processus déjà contenues dans la tradition hermétique. Cette dynamique, on la retrouve dans l’effort dialectique qui consiste à :

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Réunir les contraires, tendre vers une conjonction des opposés.

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Pour les cliniciens, l'accent sera d'abord mis sur la materia prima et sur ses extraordinaires propriétés, autrement dit sur l'autonomie de l'inconscient, ce «grand autre», partenaire essentiel, dont les opérations manifestent parfois une transcendance et qui peut être sensiblement perçue tant sur un plan philosophique (métaphysique) que théologique (mystique).

Quels sont les liens entre psyché et matière, conscient et inconscient? Pouvons-nous établir un pont entre ces deux rives?

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Dans cet interview de Bertrand de la Vaissière par Sébastien Morgan, il sera abordé les difficultés usuelles que rencontre l’homme en quête. Difficultés qu’il lui faudra tout d’abord identifier puis vaincre en vue d’opérer la grande transformation intérieure des trois œuvres alchimiques : nigredo, (œuvre au noir), albedo (œuvre au blanc) puis rubedo (œuvre au rouge)…
Souhaitez-vous pénétrer dans cette clinique alchimique du travail des rêves ? Envisager le travail alchimique comme une proto-science de la psychologie de l’inconscient ?

Extrait de la vidéo

Bienvenue à tous sur Salamandre TV, en partenariat avec Baglis TV. Nous remercions les équipes techniques de Baglis TV pour rendre cette rencontre de ce soir possible. Alors ce soir, nous nous accueillons Bertrand de Lavessière pour parler du travail des rêves et de la psychanalyse analytique jungienne. Bertrand de Lavessière, bonsoir.

Bonsoir. Alors, vous êtes psychanalyste, très intéressé par Jung. Oui. Vous avez été initié par Étienne Perrault, qui vous a introduit, je pense, si mes informations sont exactes, justement, à la connaissance de ce grand esprit qu'est Jung, et vous exercez la psychothérapie analytique dans la région d'Avignon.

Vous avez aussi écrit pas mal de revues et vous êtes l'auteur d'un livre, Le travail des rêves en psychothérapie analytique jungienne, que je montre à l'écran. Voilà. Oui. Vous pourriez montrer le verso, non, peut-être pas, parce qu'en fait, il a un autre titre qui s'appelle Clinique alchimique et travail des rêves.

Voilà, exactement. Donc, il a deux titres et c'est paru aux éditions du Dauphin en 2013. C'est ça. Et le prochain sort dans un mois.

Ah, voilà. Un deuxième livre. Très bien. Un deuxième livre sur les énergies du mal, toujours en psychothérapie analytique jungienne.

Très bien. Sûrement l'occasion de faire une deuxième émission, mais on va commencer par la première. D'accord. Donc, Clinique alchimique et travail des rêves.

Alors, oui, effectivement, votre ouvrage, qui, je dois le dire, est bien écrit. C'est accessible à tous. Donc, ce n'est pas un ouvrage jargonnant, comme on pourrait le craindre quand on a dans les mains un ouvrage de psychanalyste, parce que pour tout un chacun, le tout venant qui n'est pas psychanalyste, ce n'est pas toujours très facile de s'y retrouver avec les concepts. Ici, non, vous écrivez bien les choses, vous écrivez dans un langage tout à fait, tout à fait abordable, mais qui n'en reste pas moins solide.

Alors, la clinique alchimique, donc, effectivement, on ne va pas refaire la biographie de Jung, mais peut être en deux ou trois mots pour rappeler. Donc, Jung est un psychanalyste qui travaille dans un premier temps avec Freud et puis qui se sépare de lui car ils sont en dissension sur un certain nombre de sujets que vous allez peut être rappeler. Et puis, à un moment de son parcours, Jung s'intéresse à l'alchimie.

Alors, d'emblée, on peut être étonné parce que, finalement, pourquoi est-ce qu'un scientifique, quelqu'un d'assez rigoureux dans son méthode de pensée, s'intéresse à quelque chose comme l'alchimie ? Bon, on peut considérer que l'alchimie, dont l'origine est très ancienne, est à la fois une proto-science, d'ailleurs, jusqu'au XVIIe siècle, on ne distinguait pas entre l'alchimie et l'alchimie, et on peut considérer aussi que c'est une proto-psychologie de l'inconscient.

Les alchimistes ont passionnément scruté les secrets de la matière, se faisant comme ils ne disposaient pas ni des moyens d'expérimentation, ni de l'armature théorique qui se développait par la suite et qui avait déjà, d'ailleurs, commencé à se développer, ils ont plutôt projeté leur processus intérieur dans leur discours sur la matière qu'ils n'ont décrit les secrets de la matière, et c'est ça qui nous intéresse, c'est-à-dire qu'ils ont décrit des processus de transformation qui, en fait, concernaient leur propre personne, leur propre être.

Et ces processus de transformation, ce sont ceux qu'on va retrouver lorsque l'on accompagne maintenant les gens en psychothérapie, en psychanalyse. Donc, si je vous entends bien, l'alchimiste, quand il parle de ses opérations, finalement, ne fait que projeter à l'extérieur de lui ce qu'il se passe dans la matière. On pourrait dire cela, on pourrait dire aussi qu'en scrutant passionnément la matière, l'alchimiste reçoit des informations que cette matière lui donne, dont il est difficile de dire si elles ont trait à la matière elle-même ou à la propre psyché de l'alchimiste.

Il y a des liens quand même très étroits, semble-t-il, beaucoup plus étroits que ce que l'on a considéré pendant plusieurs siècles entre la psyché et la matière. Alors, pourquoi est-ce que Jung, qui était un scientifique, qui affectait de l'être en tout cas, s'est passionnément intéressé à l'alchimie ? Je crois qu'il n'a pas pu faire autrement. Il n'a pas pu faire autrement, il a été aspiré par ce corpus, ces images, ces symboles qui correspondaient assez étrangement à ce qu'il observait en accompagnant ses patients.

Par ailleurs, peut-être qu'il y a dans la philosophie alchimiste des antidotes à cette séparation excessive entre la psyché et la matière qui caractérise la pensée philosophique occidentale. Peut-être qu'il y a des antidotes également pour traiter différemment la question du bien et du mal. Mais enfin ça, ça nous entraînerait sur un autre sujet qui fait l'objet de mon deuxième livre, on en parlera plus tard.

C'est vrai que Jung a risqué sa réputation en s'intéressant à l'alchimie. D'ailleurs, certains de ses proches l'ont quitté ou ne l'ont pas compris du tout. Et en fait, on se rend compte maintenant, avec du recul, qu'il avait peut-être beaucoup d'avance sur certains et qu'il était capable, en tout cas, de dialoguer avec la physique quantique, qu'il était capable de dialoguer avec des personnes, des savants, que les psychanalystes de son temps ignoraient tout à fait.

Il a, comme vous le savez, écrit avec le prix Nobel de physique Pauli, un ouvrage sur la synchronicité. La synchronicité illustrant ces correspondances entre les phénomènes psychiques et les phénomènes matériels. Alors c'est vrai que quand on s'intéresse un peu à l'alchimie, de loin, comme ça m'est arrivé de le faire, mis à part, je dirais, le corpus théorique de l'alchimie, les théories, les opérations dont on va parler tout à l'heure, moi ce qui me frappe, en tant qu'historien d'art en tout cas, c'est l'extraordinaire richesse des images.

Je trouve que l'alchimie est vraiment un courant artistique à part entière. Est-ce que ça a parlé à Jung ? Lui-même s'est essayé d'illustrer ses visions et ses fantasmes dans son livre rouge. Je ne suis pas sûr qu'il ait eu l'ambition d'être un grand artiste.

Il s'est d'ailleurs méfié même de cette ambition,

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