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Ce travail, d’une grande rigueur historique, intéresse, voire passionne, par bien des aspects. Le lecteur bénéficie tout d’abord de la précision, du discernement et du sens de la concision de l’auteur qui ne se perd pas en vaines suppositions comme c’est si souvent le cas avec le sujet de la Chevalerie.

Il commence par nous présenter, de manière très synthétique ce que furent les Hospitaliers et les Templiers, l’Ordre de l’Hôpital et l’Ordre du Temple, dont les deux histoires, les deux tragédies, se mêlent intimement. Il en éclaire la mission, les idéaux, identifie les contradictions entre une spiritualité affirmée et la réalité politique.

Mais c’est en Quercy que Jacques Juillet nous démontre la nature même de la Chevalerie. Aujourd’hui, où les chevaliers de pacotille sont légions, où la mondanité et la lâcheté l’emportent sur l’éthique et le courage, le portrait au quotidien que dresse l’auteur d’un simple chevalier anonyme, soucieux des principes fondateurs de la Chevalerie, inspiré des sept œuvres de Miséricorde, est puissant. Au fil des pages, c’est la conception chevaleresque de la vie que Jacques Juillet nous propose. A travers l’histoire, et surtout l’histoire locale, éloignée des intrigues des « grands » de l’époque, c’est de spiritualité que nous entretient l’auteur.

Il conduit le lecteur dans les commanderies du Haut Quercy, la commanderie du Bastit de Causse, celle de Sainte-Marie de Cahors, celle de la Tronquière, celle d’Espédaillac. Il n’oublie pas non plus les petits Prieurés qu’il fait revivre pour nous.

Mais la partie de l’ouvrage la plus intéressante est celle consacrée aux oubliées de l’histoire officielle, les Dames de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, les « Dames maltaises » et notamment ces Grandes Prieures, de Themines, de Castelnau, de Gourdon-genouillac-Vaillac, grandes figures de la spiritualité et de la bienfaisance, intransigeantes avec elles-mêmes, toutes entières à leur mission, bienveillantes avec autrui, incorruptibles devant la concupiscence des hommes d’Eglise ou d’Etat. Leurs vies sont une leçon d’éthique, d’hospitalité, et de spiritualité chrétienne.

Ce livre laisse une impression étrange et inattendue à sa lecture. Il se présente comme un ouvrage historique mais constitue un puissant rappel à soi-même, à son identité spirituelle, face à un monde qui n’est pas même décadent, ce qui laisserait entendre une créativité vivante, mais seulement au summum de la médiocrité.

Jacques Juillet, par ce livre, nous appelle au pèlerinage, tant géographique qu’intérieur :

« Les touristes du XXème siècle oublient, pour la plupart, qu’un pèlerinage se fait à pied ; la marche, la durée du trajet et ses péripéties, les gîtes d’étape, les chemins indiqués sont l’accompagnement nécessaire à l’exigence de l’âme.

Historiquement l’Ordre religieux et militaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem fut la première institution humanitaire internationale et durant huit siècles la seule, bien avant la Croix-Rouge, les Médecins sans frontières ou les Médecins du monde…

Il n’était pas un Etat et néanmoins était souverain,

Il n’’était pas une Eglise et néanmoins relevait du pape,

Il n’était pas une institution Française et néanmoins fut poursuivi et dépouillé par les assemblées de la révolution de 1792-1793, au mépris du droit international envers une puissance étrangère souveraine.

Il était l’ami de la France par des traités, par son rôle de protection des convois français en Méditerranée, par les deux tiers de chevaliers français qui y servaient et il fut interdit de séjour en France.

Pendant neuf cent ans, ses chevaliers donnèrent l’exemple de la vaillance et de l’abnégation, en éducation, en agriculture, en médecine, dans les hôpitaux, en art militaire et sur mer. Ils formèrent nombre d’agriculteurs dans leurs commanderies et sur leurs bateaux la plupart des grands marins de notre ancien régime. L’empereur Napoléon s’en était rendu compte pour avoir dit : « Si mes amiraux avaient été formés à Malte, j’aurais pu vaincre l’Angleterre. »

Il est l’unique ordre de chevalerie du XIIème siècle à avoir survécu et à continuer sa mission originelle de soigner les pauvres, les malades, les blessés des catastrophes et des guerres à travers le monde.

Protéger, secourir, sans souci des risques, des blessures, d’avantages personnels, simplement pour satisfaire à un besoin d’absolu, et savoir mourir ou s’élever avec humilité, « non pas pour soi » (selon l’humble devise des chevaliers du Temple), « mais au service de Dieu et pour les autres », tel fut le devoir des moines-soldats qui ont laissé sur terre un sillon de courage et de conscience où quelques êtres trouveront leur chemin. »