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Ce livre est précieux. Pour la première fois, sont rassemblés les contes de Malcom de Chazal. Histoires étranges rassemble douze contes, Fabliaux de colloques magiques, huit.

Nous retrouvons l’auteur de Sens-plastique et Sens magique mais dans une autre modalité, un autre inattendu. Malcom de Chazal est un maître de la communication autre que consciente à travers les mots. La venue au conte est par conséquent naturelle à ce « poète intégral » comme le qualifie Robert Furlong dans sa présentation de l’ouvrage.

En 1958, Malcom de Chazal confie ces textes au professeur Irving Weiss, qui introduit ce recueil. Dès sa rencontre en 1952 avec les textes de Malcom de Chazal, Irving Weiss avait été frappé par leur puissance éveillante et en avait reconnu le caractère visionnaire et ultime :

« Je lisais le Malcom de Chazal qui peut être immédiatement reconnu à travers ses livres : des observations qui reviennent à des révélations (…)

La chose la plus importante concernant Malcom de Chazal l’artiste écrivain est que ses œuvres les plus importantes appartiennent autant à la littérature au sens propre qu’à l’écriture visionnaire. (…)

Chazal écrivait aphorismes et pensées par-delà notre monde, il écrivait un type de vers libres imagés de façon exotique, des dialogues spéculatifs sous forme théâtrale, et le genre de fantaisie scientifique qu’il appelait contes magiques. Ses contes qui sont publiés aujourd’hui représentent le fabuleux dans l’ordinaire. Mais, ceci dit, dans tous ses écrits, son objectif littéraire était d’exprimer des réalités ultimes avec des mots justes. »

Le théâtre de vie que nous propose Malcom de Chazal. L’Île Maurice devient théâtre du monde et des mondes, théâtre intérieur. Ce théâtre est voie d’éveil. Chaque conte, qui est aussi poème, est vivant au cœur du lecteur comme il fut vivant au cœur de l’auteur :

« Non les contes, nous dit Chazal, dans l’ordre de relation, mais le conte poétique, qui narre, au fond, l’invisible, domaine essentiel du poète. (…) le conte réduit à sa plus simple expression est un poème, le véritable poème réunissant toutes les formes du verbe. Ce que je n’aime pas avec le poème, c’est la recherche d’effet, alors que le conte est simple, naturel et vivant, il s’évade de la littérature et se veut histoire de vie. »

Les titres de ces deux recueils sont éloquents : Le salut est par les Juifs Pierre II – Le portier – Le doute – Hasard – Un génie – Le nouveau Faust – Le roi du monde – La nouvel Hermès pour Histoires étranges et Le sens de la vie – Les quatre chevaliers de l’Apocalypse – Voyage à travers la Terre en un rien de temps L’opium – Lunette d’approche – L’automate – Le sage – La révolution d’octobre pour Fabliaux de colloques magiques.

Toujours, il cherche à créer une fissure dans le « faux réel » s’inscrivant dans une tradition insaisissable mais terriblement vivante à laquelle appartiennent Blake, Poe, Mallarmé, Lautréamont, Nerval, Rimbaud et d’autres, tous unis par un universalisme de l’intervalle, le seul possible d’ailleurs. Il en appelle à une métaphysique non-duelle. « Ce qui nous attend, dit-il, est l’identification du PROFANE et du SACRE, sur les cendres desquels naîtra l’UNIVERS VIVANT ET REEL. »

D’une certaine manière, Malcom de Chazal réanime le quotidien, la situation, ce qui se présente. « Si l’espace n’était fait que de portes ! ». Il ne réenchante pas le monde, il révèle le monde comme enchantement :

« Il faut être fou et le savoir. Et « commander « sa folie. Il n’y a pas d’autres formes de génie. »

« Copernic. Galilée. Newton. Pythagore. Aristote. Archimède. Einstein. Simples savants. La lumière n’est pas savante. Elle n’est jamais allée à l’école. Le poupon connaît tout en ouvrant les yeux à la vie. L’ange est l’homme qui réapprend ce qu’il connaît. Le maître d’école, c’est lui-même. Vivre. C’est se rappeler. »

Nous sommes dans le « Ressouvenir », la « Reconnaissance « de soi-même, propres aux philosophies de l’éveil.