Les grands thèmes de l'oeuvre de Frithjof Schuon
Après nous avoir introduit dans l'univers de Frithjof Schuon, Patrick Laude revient dans cet exposé de 40 minutes sur les grands thèmes de l'oeuvre du maître : l'unité transcendante des religions, les relations du christianisme et de l'islam, le soufisme comme voile et quintessence, l'oeil du coeur, la sophia perennis, le sacré, la vérité et la beauté, autant de concepts qui nous introduisent au coeur de sa doctrine ésotérique, vers le développement de la réalité intérieure comme antidote au nihilisme contemporain.
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Extrait de la vidéo
Qu'est-ce que l'Unité Transcendante de Religions ?
L'Unité Transcendante des Religions est une réalité intérieure.
L'Unité Transcendante des Religions est une réalité intérieure.
Dans l'atmosphère, les religions sont diverses. Dans la stratosphère métaphysique, elles sont unes, n'est-ce pas ?
Et quand on considère les diverses traditions théologiques, mystiques, les plus élevées ou les plus profondes de chacune des traditions spirituelles, on s'aperçoit qu'elles disent la même chose, qu'elles énoncent la même doctrine de la non-dualité, en fait.
Que ce soit l'advaita shankarien, la doctrine de la non-dualité du Vedanta hindou, que ce soit la doctrine akbarienne de l'hymne arabie de la Wahdat al-Boujou, de l'unicité de l'être, que ce soit encore la doctrine taoïste de l'ao-tzu, n'est-ce pas ?
On a toujours cette doctrine de la non-dualité qui est le contenu essentiel, en fait, des diverses religions.
Alors, l'unité transcendante des religions a une relation avec le thème de la Vierge Marie ou la dimension mariale de l'œuvre de Fridtjof Schuon, en ce sens que Marie représente ce qu'il appelle la prophétie informelle.
Il y a une prophétie formelle, c'est-à-dire le prophète qui apporte une loi, une forme ou un ensemble de formes, Moïse, Mohammed, ce sont des prophètes formels en ce sens.
La Sainte Vierge n'a pas de loi, elle n'apporte pas de loi, mais elle est le contenu, enfin, elle est le contenu, elle est l'essence ou sa réalité spirituelle est l'essence de la vie spirituelle ou de la voie spirituelle.
Donc, en ce sens, la Vierge, c'est la dimension informelle et intérieure de la prophétie.
Et par là-même, c'est aussi la dimension universelle de la prophétie.
La Vierge, dans le monde monothéiste, déjà réconcilie, par exemple, le christianisme et l'islam.
Elle est centrale dans la tradition catholique et dans la tradition orthodoxe, mais elle est également très importante dans l'islam.
Il y a une surate qui s'intitule Marie.
Les musulmans ont une dévotion à l'égard de la Vierge Marie, on l'ignore souvent.
Donc, la Vierge Marie, d'une certaine façon, on pourrait dire, est une personification, une manifestation de la religion pérenne et finalement de l'unité transcendante des religions, en un certain sens aussi.
Il y a, chez Schuon, un contraste entre la dimension masculine, qui est une dimension formelle, exclusive, et la dimension féminine, qui est une dimension informelle et une dimension, si j'ose dire, purement spirituelle.
La femme n'est pas du côté de la loi, par exemple, c'est l'homme qui est du côté de la loi.
Le prophète légiférant est un prophète masculin.
Il apporte une forme.
Il y a une affinité entre le masculin et le formel, d'une part, le féminin et l'informel, d'autre part.
Et, en un certain sens, le rôle, la présence de la Vierge, dans les conditions historiques actuelles, depuis le XIXe siècle, dans le monde chrétien, mais aussi ailleurs, a partie liée à cette dimension informelle qui se manifeste à travers l'ésotérisme.
Il y a une relation profonde entre la dimension mariale et ce qu'on pourrait appeler le dévoilement de la vérité ésotérique.
La Vierge Marie, comme je l'ai dit, correspond à la réalité intérieure, et le prophète en un certain sens, seulement en un certain sens, à la réalité extérieure de la loi.
Mais, bien entendu, le prophète ne peut pas être limité à l'aspect extérieur de la loi.
Il est aussi, avant tout, réalité intérieure, et donc modèle intérieur, modèle spirituel.
On peut donc envisager le prophète, soit, en quelque sorte, extérieurement, à travers la multiplicité des prescriptions et des proscriptions qu'il a enseignées, qu'il a apportées à sa communauté, mais on peut aussi l'envisager, et c'est la façon dont le soufisme l'envisage le plus souvent, dans sa réalité intérieure en tant que modèle spirituel.
Du premier point de vue, on aura affaire à ce que Shuon appelle la sunna extérieure, c'est-à-dire la tradition prophétique qui consiste, pour le croyant, à imiter les comportements du prophète dans ses caractéristiques les plus détaillées, les plus précises, les plus concrètes.
Mais ce n'est pas cette sunna extérieure qui intéresse le plus Shuon.
Ce qui intéresse Shuon, c'est la sunna intérieure, c'est-à-dire la réalité intérieure du prophète, c'est-à-dire essentiellement les vertus du prophète.
Les vertus du prophète expriment l'essence de l'islam, piété, combativité, générosité, maîtrise de soi, etc.
C'est ce que Shuon appelle le portrait spirituel du prophète, et c'est ce portrait spirituel qui intéresse Shuon, c'est cette personnalité spirituelle, c'est ce moule spirituel dans lequel le croyant, dans le soufisme, doit entrer.
Martin Lins dit quelque part dans son livre sur le soufisme, qu'est-ce que le soufisme ?
L'aspirant au soufisme doit entrer dans un manteau, en quelque sorte, qui est trop grand pour lui.
C'est le manteau prophétique, c'est la norme prophétique.
Il est trop grand pour lui a priori, au début de la voie, mais à mesure qu'il s'achemine sur la voie, il y entre de plus en plus, il en devient digne en quelque sorte, si je puis dire, ou en tout cas il le remplit, si j'ose dire.
Et c'est cela, ce manteau, d'une certaine façon, c'est la réalité intérieure, c'est la soudâne intérieure.
La compréhension du prophète dont je viens de parler est également liée, évidemment, à la conception du soufisme.
C'est-à-dire qu'on peut envisager le soufisme pour Shuon de deux façons, de deux manières.
On peut l'envisager soit comme une sorte d'intensification de l'islam, c'est-à-dire une pratique d'autant plus rigoureuse, d'autant plus ascétique, d'autant plus parfaite des prescriptions et des proscriptions de l'islam, en suivant la soudâne du prophète et, bien sûr, le commandement courannique.
Ça ce serait, si l'on veut, le soufisme en tant qu'il prolonge l'exotérisme musulman, ou la loi musulmane, et qu'il en constitue une sorte de perfection.
C'est, d'une certaine façon, un soufisme de zèle.