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La plupart des dictionnaires ou livres des symboles sont sans intérêt. Enfin, les Éditions du Rocher nous propose un Livre des Symboles digne de son sujet, si important et si mal appréhendé par notre civilisation.

Plutôt qu'un fade Abécédaire, l'auteur a choisi de nous perdre volontairement dans le dédale symbolique des mondes visionnaires pour nous obliger à en chercher le Centre. Le lecteur part en errance, comme il se doit pour qui veut se trouver. Il parcourt l'histoire des images de l'Orient et de l'Occident à travers les transmutations du corps humain. L'auteur a en effet choisi de prendre le corps comme Temple du Dieu ou des dieux, hommes cerfs, satyres, déesses, nains, gnomes et géants, androgynes, polyophtalmies, anges, phénix, centaures, sirénides, pythonisses, et autres créatures possèdent les pages d'un livre splendide préfacé par Gilbert Durand que nous n'avons plus besoin de vous présenter :
"L'auteur affirme d'abord une constante profession de foi "diffusionniste", que souligne la petite carte du "continent eurasiatique" et de la côte occidentale de l'Afrique qui scande chacune des cinquante-deux sections du livre en synthétisant la dizaine de va-et-vient historiques qui ont tissé ce vaste territoire civilisationnel, de la Route de la soie jusqu'aux échanges actuels entre Orient et Occident. Il affiche ensuite une adhésion inconditionnelle à l'iconologie ouverte d'Aby Warburg, accueillant les images modernes des préraphaélites, de Redon, Kubin, Arno Brecker ou encore Walt Disney. Le troisième postulat remarquable est l'origine exclusivement anthropomorphe - quasiment anatomique - de tout ce symbolisme : Grossato part d'un "lexique du corps" humain (main, oeil, gueule, sexe, pied.) qu'il décline en difformités et métamorphoses par sélections ou multiplications, par nanification ou gigantisation, et finalement engendre les transmutations du corps humain en végétal (racines, visages verts.) ou animal (centaures, anges, Satyres.). On peut alors dire, transposant le propos de l'auteur sur le projet inachevé de Warburg en 1927, que le thème "élargi des Métamorphoses [d'Ovide] est précisément celui de cet ouvrage". [...]
Plus encore, la compétence et l'intelligence de cette recherche l'élève à un surplomb philosophique très sensible dans les dernières sections consacrées à la spiritualisation du corps comme "corps subtil" ou "corps de lumière". A ce niveau d'ambition, la méthode iconophile et anthropomorphe de l'indologue rejoint des travaux bien plus généralistes et exogènes (par rapport à l'aire eurasiatique), ceux d'un C.G. Jung ou d'un Mircea Eliade.
Ce Livre des symboles est finalement à l'image des représentations symboliques mêmes : les particularités qui le gouvernent lui permettent plus sûrement encore de toucher au coeur de l'universel."