Le Yi King, un outil actuel pour penser le changement

"Il serait temps que le Yi-King soit compris à sa juste valeur et que cesse cette approche New-Age où chacun s’en empare et y projette toute sa subjectivité !" nous-dit Pierre Faure.

Le Yi King, ouvrage chinois d’une pensée cosmologique (divination pour certains, métaphysique pour d’autres) remonte pour sa première version livresque à -500 AVJC. 

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En France, le roi Louis XIV fut le premier à en prendre connaissance.

Ce livre est une intermédiation entre le Ciel et la Terre. Simple et dense à la fois - à l’instar de la pensée chinoise - il nous invite à la lecture de 64 hexagrammes, soit 384 traits et donc 4096 réponses possibles.

Réponses, nous direz-vous… ?

Oui ! Car interrogation il y a et c’est bien en cela qu’il constitue un outil. Un outil en premier lieu d’aide à la décision, mais surtout de compréhension.

Yi-KingYi-King

"Nous vivons une époque où il est impossible de ne pas changer" nous-dit Pierre Faure, "et il est non seulement important de comprendre la raison de ce changement, de l’accompagner, mais aussi et surtout de le maitriser". Maitriser ce changement et non le subir….

L’Occident a souvent suivi son inclinaison à chosifier toutes les choses (Aristote ?) à les définir ("définir c’est finir") donc de fragmenter, diviser, bref de profaner ("sortir hors du temple") tout ce qui peut donner lieu à définition.

En discriminant de la sorte, l’occidental a sectionné, tari de son propre chef les sources cosmologiques qui irriguent toute forme de pensée vivante, c’est-à-dire toute forme de pensée reliée à l’univers ou du moins ce qui dépasse la Porte des Hommes et notamment la sacro-sainte raison raisonnante.

Si bien que de nos jours, pour un occidental moderne, s’en remettre à la divination, cela revient à s’en remettre au hasard….

Tandis que pour un chinois traditionnel, faire un tirage du Yi-King, c’est obtenir une description plus précise des réalités dans lesquelles il se trouve, mieux les comprendre. Ainsi, il pourra se mettre en accord avec elles… et non plus les subir aveuglément.

taoïsme Yi-Kingfaure taoïsme Yi-King

Souhaitez-vous accéder aux rudiments de cet outil inestimable, peaufiné au fil de ces millénaires, le Yi King, qui nous permet de "lever le voile de l’invisible"… "suspendre le temps linéaire"… "accéder à ce mandat du Ciel...  à la Voie... au Tao ?...."

Réponses de Pierre Faure, questionné ici par Maxence Layet (Revue Orbs).

Extrait de la vidéo

Pierre Faure, bonjour, bienvenue sur Baglis TV. Aujourd'hui, nous allons aborder un sujet extrêmement actuel qui est le hikking, puisque selon vous, le hikking est un outil actuel pour penser le changement. Que signifiez-vous par là ? Alors, le hikking s'appelle traditionnellement le livre des changements.

Moi, je préfère l'appeler le livre du changement. Et c'est quand même une somme d'expériences, de nombreuses expériences humaines, qui peut être extrêmement utile aujourd'hui. Nous sommes à une ère où il est quasiment impossible de ne pas changer. De toute façon, on ne peut pas changer en général dans la vie.

On ne peut pas, je veux dire, rester tel qu'on est toute la vie. Mais particulièrement aujourd'hui, ça me paraît très important de savoir penser le changement, de savoir accompagner, de savoir comprendre la nécessité de changer et d'accompagner les possibilités de changement qui s'offrent à nous, plutôt que de les subir. Alors, justement, pourquoi le hikking serait particulièrement adapté à ces particularités, aux changements particuliers de notre époque ?

Je pense qu'il est adapté aux changements de toutes les époques. Mais c'est quand même une grande différence entre nous et l'Orient en général, la Chine en particulier. C'est que nous, nous ne savons pas penser le changement. Nous, nous sommes dans des démarches scientifiques.

On définit les choses. On les sort de l'infini. Et une fois qu'elles sont sorties de l'infini, on tient absolument à ce qu'elles restent avec leur étiquette et qu'elles ne bougent plus. Qu'elles soient immuables, en quelque sorte.

Qu'elles soient immuables, voilà. Qu'elles soient fixées, que l'on puisse vraiment s'appuyer dessus, etc. Ça, c'est une démarche qui commence à être un peu usée. Et dépassée ?

Dépassée, bon, je veux dire, ça a eu toute son utilité de vraiment pouvoir définir les choses, etc. Mais je crois qu'on a un petit peu trop oublié tout l'aspect mouvement, souplesse, régénération, etc. qui est la base de la vie. Et on a besoin de retrouver ça sans crainte.

Et par rapport à ça, la conception ou la pensée du changement dans la vision orientale, dans l'approche chinoise, est beaucoup plus dans la souplesse et beaucoup plus dans cette fluidité ? Bien sûr, parce que les Chinois, dès le départ, ont essayé... Alors, le départ du Yiking est plutôt du côté de la divination, mais assez rapidement, du moins au cours du premier millénaire avant Jésus-Christ, toute la pensée chinoise s'est articulée autour d'une vision cosmologique, c'est-à-dire d'observer comment l'univers progresse, comment il évolue, comment il se transforme, etc.

Voilà, à tel point que c'est devenu tout un système extrêmement organisé dans lequel on essaye de repérer, de trouver les traces de tous ces changements. Et ça, la première somme dans laquelle on peut vraiment lire ça, c'est le Yiking. Est-ce qu'on a, historiquement ou archéologiquement, un moment un peu précis ou identifié de l'origine du Yiking en tant qu'objet ou en tant que système ? En tant qu'objet, au sens d'un livre, etc.

C'est un peu plus tardif, puisque le texte du Yiking, les sinologues le datent, ou les archéologues le datent entre le 8ème et le 3ème siècle avant Jésus-Christ. Les rudiments, les bases datent d'avant, puisqu'il y a eu toute une préparation de l'ouvrage qui s'est faite dans les pratiques divinatoires. La divination sur os, puis après la divination sur tortue ou écaille de tortue, sur thérapaste de tortue.

Et puis la troisième étape qui a été ce qu'on appelle l'Achilleomancie, c'est-à-dire où, à partir d'une spéculation sur les nombres, on a utilisé des tiges d'Achille pour faire des manipulations aléatoires, mais basées sur les nombres toujours. Donc il y a tout un développement qui s'est fait, qui a mis pas mal de siècles pour arriver. Le Yiking, c'est cette somme de 64 hexagrammes auxquels ont été rattachés ces textes qui ont fini par se synthétiser au cours du premier millénaire.

Et ça, ça a donné un ouvrage qui a été canonisé sous les rhanes, ou un peu après les rhanes, et qui fait partie du corpus de la littérature de la pensée chinoise. Est-ce que cette façon de lire le monde, ou en tout cas de l'interroger avec les nombres et les tirages, a évolué au fil des temps, où on est justement avec un outil qui reste stable dans ce qu'il propose et dans le système de pensée ? Je pense à ça, c'est au sens où, entre le moment où on a cette formulation du corpus dans le premier millénaire avant Jésus-Christ et aujourd'hui, puisque c'est avec les années 1950, grosso modo, que le Yiking vient rencontrer l'Occident, est-ce qu'il y a eu dans cette période des interprétations à géométrie variable autour du Yiking au sein de l'histoire chinoise ?

Oui, c'est-à-dire que le plus ancien manuscrit dont on dispose, il date de 168 avant Jésus-Christ, c'est le manuscrit de Mawang Tué, il a été retrouvé dans une tombe à Mawang Tué. Et là, bon, à part quelques petites différences de textes, mais bon, pas très importantes quand même, le texte est à peu près fixé. Après, il y a eu toute une évolution qui s'est faite, notamment à partir du XIe siècle, où ce qu'on appelle le revival confucéen sous les Song, il y a eu toute une littérature qui s'est faite autour du Yiking, donc les lettrés ont commenté le Yiking à cette époque-là, et évidemment les interprétations sont assez variables.

Mais évidemment, par rapport à ce que l'on vit aujourd'hui, nous, il n'y a pas 36 solutions, c'est-à-dire que soit on adopte la vision d'un Chinois, par exemple ce qu'a fait François Julien, qui a écrit un livre qui s'appelle « Les figures de l'immanence », dans lequel il a adopté donc la vision du Yiking d'un certain Wang Fuzhou, qui est donc un lettré du XVe, entre le XVe et le XVIIe siècle, je n'ai plus la date exacte, mais voilà, il a restitué cette vision du monde.

Bon, ça peut avoir son intérêt, mais pour moi, c'est plus un intérêt historique. Je pense que le Yiking est suffisamment bien fait pour que chacun, je dirais même, puisse aujourd'hui en avoir son approche et perfectionner sa vision du monde. Parce que le Yiking en lui-même, ce sont des descriptions, ce sont évidemment des traces de toute une histoire, mais on aboutit à 64 descriptions de la réalité, quel que soit le niveau où on la pense.

Et à partir de cette organisation très cohérente, on peut amener sa propre réalité là-dessus, qui va être aimantée par ces 64 figures. Donc on peut avoir, je ne dirais pas une interprétation subjective, parce que les textes sont quand même relativement précis, la symbolique est précise, les personnages, on sait qui ils sont, etc. Donc il faut avoir déjà, je dirais, un certain nombre de bases, il faut connaître l'outil pour pouvoir s'en servir.

Mais après, effectivement, il est suffisamment souple et ouvert pour pouvoir être utilisé et s'adapter à tout type de situation. Oui, c'est ça. Donc on a un outil qui s'est donc élaboré au fil du temps et qui s'est stabilisé à un moment donné. Là, il traverse le temps.

Comment ça s'est passé, l'arrivée de ce texte dans l'Occident ? Pour vraiment terminer sur l'histoire récente.

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