Sexe et Initiation : la Magia Sexualis de P.B. Randolph (2/2)
« Randolph a dévoilé les techniques, mais pas les rituels, car cela le lui a été interdit ! » nous-dit Jean-Pascal Ruggiu, une lueur malicieuse dans le regard… Nous avions abordé précédemment l’aspect « spéculatif et théorique » de la Magie Sexuelle (film 1). Evoquons à présent le volet « opératif et pratique » de cette Magia Sexualis : comment ces fluides, le cadre matériel des ébats (draps, miroirs, ustensiles etc.) et les énergies déployées au moment de cette « petite mort » peuvent être canalisés par le mage.
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Cette canalisation se produit certes « sur l’instant », mais elle peut se prolonger « dans le temps », grâce à des techniques très élaborées, et se voir envoyée sur un objet, une personne, ou sur une intention. Contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord, ces rituels nécessitent un long apprentissage, une véritable ascèse assortie de nombreuses privations. Ils permettraient d'ailleurs de voyager dans l’astral et ainsi de pratiquer des « visualisations dans le temps ». Selon une confidence de Jean-Pascal Ruggiu (l’homme nous relate ici, aussi, son expérience personnelle), cette pratique favoriserait le surgissement des fameux « élémentals », ces forces de la Nature qui appartiennent à d’autres plans que les nôtres, et qui demeurent habituellement invisibles à nos yeux…


Si un grand nombre de personnes font l’amour régulièrement, rare sont ceux qui, en revanche, peuvent véritablement reconnaitre « quelle part de nous » est convoquée dans ces moments-là…
A partir du livre « Magia Sexualis » rédigé vers 1865 (?) par Paschal Beverly Randolph (1825-1875), Jean-Pascal Ruggiu nous plonge ici dans les pratiques et les arcanes des sociétés secrètes de cette époque (Ordre de Naples, Fraternité Hermétique de Louxor, le groupe d’Eliphas Lévi…). Sociétés que Randoph fréquenta assidument vers 1855, en France, en Italie et en Angleterre.
Une période florissante sur bien des aspects et dont Randolph se verra attribuer, par un hasard qui prend toutes les couleurs du fatum-destinée, un rôle clef, celui de l’Hermès-Mercure : car c’est lui qui lancera un pont entre l’ancien et le nouveau monde. En effet, c’est Randoph, le premier, qui importa aux USA, avant Max Heindel et Harvey-Spencer Lewis, les enseignements de la Rose+Croix sur ce continent…
Souhaitez-vous ainsi découvrir comment, par ces pratiques, ces positions et rituels, ces amants d’un genre un peu particulier atteignent « l’unité des polarités », ce « corps hermaphrodite » unissant masculin et féminin, et qui rappellera étrangement la figure d’Aristophane (Platon).
Un entretien rare qui, s'il ne tait pas les risques et dangers inhérents à ces pratiques, ose aborder un sujet, pour le coup très « occultisé » ...
Extrait de la vidéo
Bienvenue dans le monde magique de la sexualité sacrée, dans ce deuxième volet consacré à la magia sexualiste, nous allons approfondir notre connaissance de ce sujet passionnant en rentrant dans l'univers d'un certain Pascal Beverley-Randolph, qui est un initié du 19e siècle, médecin, et qui a osé publier des ouvrages et effectuer des enseignements sur ce sujet. Et toujours avec Jean-Pascal Roudieu, nous allons découvrir un peu plus de cette pratique de la magie sexuelle, permettant d'atteindre des niveaux de conscience élevés et l'immortalité de l'âme.
Bonjour Jean-Pascal. Bonjour Charlotte. Je rappelle que vous êtes un grand spécialiste de l'occultisme, initié dans de nombreuses fraternités, et bien sûr un éminent spécialiste de la magia sexualiste. Alors avant de nous parler concrètement de cette pratique, racontez-nous qui est ce personnage Randolph, pourquoi est-il digne d'intérêt à vos yeux ?
Pascal Beverley-Randolph est un précurseur, parce que ça a été, je crois, le premier à parler ouvertement et à publier certaines choses au sujet de la magie sexuelle, qui a été un sujet extrêmement tabou au 19e siècle, quoique je me demande s'il n'est toujours pas aussi tabou au 20e siècle, quoi qu'on en pense. Il est très connu parce que son oeuvre principale, Magia sexualiste, a été traduite par Marianne Naglowska en France.
J'en parlerai tout à l'heure, c'est un peu Marianne Naglowska. Alors, je voudrais un peu présenter Pascal Beverley-Randolph. D'abord, il faut savoir qu'il est né au début du 19e siècle aux Etats-Unis, en 1825, et c'était ce qu'on appelait un mulâtre à l'époque, c'est-à-dire qu'il était fils d'une serventue d'une esclave noire ou nègre, et d'un blanc, d'un propriétaire, d'un homme apparemment assez important même, qui était un homme politique, qu'il n'a pas évidemment reconnu, et donc c'est important de souligner ça, parce que toute sa vie a été conditionnée évidemment par sa condition sociale, puisqu'il était mulâtre, c'est-à-dire ni véritablement complètement noir, ni complètement blanc, il était entre les deux.
Il a eu donc une vie difficile. Il était orphelin de père d'une certaine manière, puisqu'il n'a pas connu véritablement son père. Il a vécu avec le milieu pauvre des Noirs à l'époque de l'esclavage, et il a pris une grande part, très active au niveau politique, pendant la guerre de Sécession, où il s'est rangé du côté de ce qu'on appelait des nordistes, et il est même devenu l'ami du fameux président Lincoln, qui luttait contre l'esclavagisme.
Donc il a participé à la guerre de Sécession, ensuite il s'est investi dans l'éducation des jeunes Noirs libres, du moins dans la partie nord de l'Amérique, puisque la partie sud résistait quand même pas mal encore, et puis il a exercé le métier de barbier. Alors à l'époque, comme encore au Moyen Âge, barbier, coiffeur, bizarrement c'était également être chirurgien. Donc il se déclarait médecin, et à l'époque c'était encore accepté parce qu'il n'y avait peut-être pas tous les diplômes, surtout en Amérique, qui était encore un pays neuf, et donc il s'intéressait à la médecine, il était considéré même comme un bon médecin, mais enfin il utilisait des médecines un peu traditionnelles, anciennes, notamment à base de plantes, etc.
Et il s'est marié avec une femme indienne, ce qui est assez remarquable, qui elle-même avait des ancêtres chamanes indiens, donc elle connaissait évidemment certaines choses au sujet de ce qu'on appelait les medicine-mans, c'est-à-dire les chamanes, et en fait Randolph a pas mal réussi dans sa profession, il était estimé en tant que médecin, il vendait des espèces d'élixirs aussi, j'en parlerai tout à l'heure parce que c'est assez intéressant, il travaillait pas mal avec les plantes, et aussi beaucoup avec le magnétisme.
Cet intérêt pour le magnétisme l'a amené à rencontrer à New York deux magnétiseurs français, qui étaient là-bas, qui étaient médecins, qui étaient des médecins plus reconnus, plus classiques, mais qui s'intéressaient beaucoup au magnétisme, n'oublions pas que c'était encore au 19ème siècle, le magnétisme était très à la mode, depuis Mesmer, à la fin du 18ème, le magnétisme était à la mode, et notamment avec le baron Dupoté en France, etc.
Donc grâce à ses contacts qu'il avait à Washington, un petit peu dans ces milieux un peu privilégiés politiques qu'il fréquentait avec Lincoln, etc., il a été invité en France, il a fait un voyage en 1855 si ma mémoire est bonne, et ça c'est très important, parce qu'à cette époque là, il a été introduit dans certaines sphères ésotériques et françaises, et notamment il a eu la chance, je dis bien, de rencontrer le fameux mage Éliphas Lévy, qui contrairement à ce que certains disent, n'était pas du tout juif, mais c'était le nom de plume de l'abbé Constant, qui était un abbé catholique défroqué, mais qui était très introduit dans les cercles cultistes, et qui était protégé par des nobles polonais, qui étaient des descendants d'anciens roscroix d'or, poloniens en Russie.
Il a eu la chance d'être au bon moment, au bon endroit, si j'ose dire, à Paris en 1857, parce que Éliphas Lévy revenait juste d'un voyage de Londres en 1854, où il avait été introduit dans les cercles cultistes anglais, mais de la haute société, grâce à son ami Bower Lytton, le fameux Lord Bower Lytton, célèbre pour avoir écrit un roman fascinant qui s'appelle Zanoni, ou Le Maître Roscroix, et Bower Lytton avait été initié lui-même dans des fraternités hermétiques extrêmement fermées.
Alors on a prétendu qu'il était Roscroix, qui était le grand patron de la Societas Rosicruciana d'Anglia. En fait, ça c'est faux, et il était initié, si on veut, dans des cercles rosicruciens, mais surtout dans des cercles hermétiques italiens extrêmement fermés, qu'il avait visité déjà en 1822, je crois, parce que Bower Lytton avait beaucoup voyagé, notamment en Allemagne, mais aussi pas mal en Italie et à Naples, où d'ailleurs se déroule son fameux roman Zanoni, et là il a rencontré des initiés d'une très vieille société hermétique italienne, de Naples, dans laquelle il a été apparemment initié.
Donc c'est grâce à Bower Lytton qu'Eliphas Levy a pu avoir des contacts intéressants la première fois en Angleterre, où il a certainement rencontré Lady Blessington, qui était une grande dame qui avait également été à Naples et qui connaissait Bower Lytton. Ça c'est une de mes découvertes personnelles, grâce à mes recherches historiques, et qui possédait, dit-on, la fameuse boule de cristal du mage John Dee, le fameux mage de la reine Elisabeth Ière d'Angleterre au XVIe siècle, au XVIe et au XVIIe siècle.
Et donc là-bas, comme il a rencontré ses hauts initiés, il a pratiqué de la magie cérémonielle, une forme de nécromancie pour évoquer l'amenément, etc., et ça lui a ouvert pas mal de portes. Il a rencontré aussi un initié intéressant qui s'appelait Mackenzie, qui était lié, lui, au milieu de la franc-maçonnerie britannique des hauts grades, notamment la fameuse Société Astrose Christiana in Anglia, qui a été l'organisme qui a donné naissance à la