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L'auteur Kurt Ruh, professeur émérite de l'Université de Würzburg, est connu pour son Histoire de la mystique européenne.
La particularité de Maître Eckhart, qui n'est pas sans rappeler une autre grande figure qui nous est familière, Louis-Claude de Saint-Martin, est qu'il fut aussi mal compris de ses adversaires que de ses admirateurs.

A la fois proche de nous, et éloignée, la pensée de Maître Eckhart veut nous aspirer très vite dans une verticalité, que faute de la comprendre, d'aucuns voudront la qualifier d'hérétique.
D'une façon étonnamment moderne, dans le monde intellectuel et universitaire qui était le sien, Maître Eckhart met en garde contre l'identification à l'avoir et au faire, qui réduit notre liberté et ferme notre accès à l'être. Les questions qui sont au centre de la pensée eckhartienne et autour desquelles s'organisèrent d'importants débats théologiques, sont les questions que toute quête réelle, toute ascèse vraie suscitent.
Ainsi, Maître Eckhart interroge et s'interroge sur la prééminence dans la relation homme-dieu entre Volonté (incluant l'amour) et intellectus, question qui sépara Dominicains et Franciscains, sur les rapports entre être et connaître en Dieu, et autres questions qui peuvent apparaître comme débats intellectuels, mais qui chez Eckhart correspondent toujours à une praxis. Ces aspects, discutés selon les règles didactiques de l'époque, sont constitutifs de la mystique eckhartienne, soit de l'expérience existentielle du divin.
Le procès en hérésie qui lui fut fait, entre dogmatisme, jalousie et manipulation politicienne, ne fait que renforcer la force d'un enseignement né de l'expérience. Cette pure expérience du divin explique peut-être pourquoi, bien que souvent non compris intellectuellement, Eckhart produisait une grande et durable impression sur ceux qui assistaient à ses enseignements, religieux ou laïcs.