Intelligence artificielle et spiritualité

N’avons-nous pas tous peur, quand on nous parle de l’avancement rapide de la cybernétique et de la robotique… ? Pourtant, dans cette interview de Jacques Ferber, écrivain et spécialiste des sciences cognitives à Montpellier, nous allons nous familiariser avec le vocabulaire des sciences contemporaines et constater combien elles nous rapprochent de la démarche spirituelle, de la Quête de Connaissance et de Sens.

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En effet, l’orateur – questionné par Florence Quentin - va progressivement témoigner des relations intimes des sciences et de la spiritualité.

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L’intelligence artificielle est la tentative de recréer l’humain dans la machine, et même si cela peut apparaître comme une activité démiurgique, où les programmes créés vont dépasser les capacités humaines, c’est simplement notre inconscient cognitif qui va y être accéléré… mais sans la conscience.
D’ailleurs, nous, qui sommes-nous ? Des scientifiques posent la même question que les mystiques. Par exemple, dans la méditation, l’être est présent mais au-delà du langage et des représentations.
Quelle différence entre neurones et esprit ? Entre sujet et objet ? Entre réalité et illusion ?
A toutes ces questions, Jacques Ferber répond sans hésiter que le "je" n’est pas le centre du monde, que la science le sait et reconnaît ses limites : le moi n’est qu’une "agence de renseignements". N’est-ce pas là "un process" comparable à celui de la démarche spirituelle ? Science et spiritualité semblent ainsi conduire à la non-dualité, à la non-identification, voire à l’émerveillement de vivre.

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S’il veut progresser, le scientifique doit comprendre l’interdépendance…. tout comme le mystique.

Ainsi, nous n’avons à craindre ni la science, ni les créations qu’elle réalise car Jacques Ferber nous démontre qu’elles sont, au contraire, le ferment de l’évolution du monde et de l’accroissement de la conscience….

Extrait de la vidéo

Jacques Ferber, bonjour. Vous êtes universitaire, professeur d'intelligence artificielle, spécialiste des sciences cognitives à Montpellier et également animateur de groupes psychospirituels. Vous êtes aussi auteur, écrivain de deux livres, l'un qui s'appelle L'Amant Tantrique, aux éditions du Souffle d'Or, L'Homme sur la Voie de la Sexualité Sacrée et Le Monde Change, et nous, avec Véronique Guérin, Clé et Enjeu du Développement Relationnel à Chroniques Sociales.

Il est rare que nous rencontrions un scientifique spécialiste d'intelligence artificielle qui peut nous parler de spiritualité. Ce sera donc le thème que nous allons développer, ce nouvel enjeu de l'intelligence artificielle qui va rencontrer la spiritualité. Alors, vous-même, comment conciliez-vous ces deux aspects, science et spiritualité, dans votre vie et dans votre pratique ? Moi, j'ai l'impression que toute ma vie, ça a été de deux quêtes permanentes, plus exactement deux voies différentes pour aller vers la même question qui est à la fois « qu'est-ce que la vérité ?

» et « qui suis-je ? ». C'est-à-dire « qu'est-ce que c'est que ce bonhomme-là qui est là ? » et « qu'est-ce qu'il y a autour de moi ?

» et « comment sont les autres ? », « qu'est-ce qui se passe ? ». Et en fait, pour moi, il y a vraiment deux voies qui en parlent profondément.

La voie de la science qui essaye de décortiquer, d'analyser, ça peut être la psychologie, la sociologie, les sciences humaines. Ça peut être aussi la physique ou la biologie qui essaye de décortiquer qu'est-ce qu'il y a à la base. Et puis, et on reviendra après sur les sciences cognitives et l'intelligence artificielle, mais il y a aussi l'autre voie qui est la spiritualité. La spiritualité, elle nous dit quelque chose sur l'être humain, qu'est-ce que nous sommes et donc comment est-ce qu'on va pouvoir avancer sur ce chemin d'être, ce chemin de vie.

Donc voilà, ce sont deux voies pour moi qui ont toujours été en parallèle et qu'au fur et à mesure, j'intègre et je vois qu'en fait ce ne sont que deux aspects différents, deux faces de la même pièce. Donc elles ne s'opposent pas ? Ne s'opposent pas du tout. Et elles répondent à la même question ?

Exactement. Et qui est ? Qui est ? Qui suis-je ?

Qui est l'autre ? Qu'est-ce que le monde ? C'est-à-dire en fait la vraie question profonde que tout le monde se pose un jour ou l'autre en regardant peut-être simplement le ciel étoilé. Alors qu'est-ce qui fait que l'intelligence artificielle rencontre rarement la spiritualité ?

Eh bien on a tendance à opposer l'intelligence artificielle, c'est le domaine on va dire des robots, des robots intelligents. Je parlerai pas mal de robots. Donc quand on voit des robots, on dit de la robotique, c'est l'opposé de l'humain. En fait ce n'est pas du tout l'opposé de l'humain, c'est la même quête, simplement l'humain est l'humain et le robot c'est une tentative de recréer l'humain dans une machine.

C'est ça, on essaye de faire quelque chose qui est à notre image. Vous voyez, on dit que Dieu nous a créé à notre image, mais nous en tant qu'êtres humains nous allons essayer de créer des robots à notre image. Donc il y a un peu une activité de démurge, de créateur, et ces machines nous renvoient une partie de nous-mêmes dans la création que nous faisons, les échecs et les grandes réussites aussi qu'il y a eu de l'intelligence artificielle.

Alors justement, aujourd'hui, on en discutait il y a peu, par exemple en matière de robotique, est-ce qu'il y a eu des premières générations et aujourd'hui qu'est-ce qu'on a compris de cette activité démurgique qu'on aurait envers les robots ? Est-ce qu'on a compris nos limites, que nous enseigne le robot et en quoi on peut entrevoir quelque chose d'ontologique dans cette histoire de robotique ? Ce qui est très intéressant dans l'histoire de l'intelligence artificielle, c'est tout ce jeu entre ce qui a pu être réalisé, tous les fantasmes que l'on pensait pouvoir réaliser facilement, et aussi tout ce qui paraît très compliqué pour l'homme de la rue, si j'ose dire, qui dit « oh les machines elles ont ces capacités-là mais elles n'auront jamais ça », en fait ça c'est très facile à faire.

Et c'est ça qui est très amusant. Quand on a commencé l'intelligence artificielle, on s'est dit ce qui va être dur, c'est de faire des choses qui sont très intelligentes, ce qu'une personne qui a un très fort QI va savoir faire. Donc par exemple jouer aux échecs, démontrer des théorèmes, faire des choses comme ça. Et bien ça on l'a fait.

Vous pouvez acheter n'importe où un petit programme qui joue aux échecs et dont certains programmes jouent déjà au niveau de grands maîtres mondiaux et on fait des machines qui maintenant savent battre tous les êtres humains possibles et imaginables. Donc on a réussi. Donc on a réussi. Mais on a réussi et elles ne sont pas intelligentes.

C'est ça qui est intéressant. C'est qu'on a fait des machines intelligentes qui ne sont pas humaines, qui ne sont pas intelligentes. Et on a fait la même chose pour des démonstrations de théorèmes et autres. Et j'avais un prof d'intelligence artificielle, Jacques Pitra, qui disait c'est plus facile de faire un programme qui est le meilleur programme qui va être le champion du monde des échecs, c'est plus facile que de faire un footballeur.

Même un mauvais footballeur. Ça n'a pas besoin d'être Zidane ou autre. Un mauvais footballeur c'est très difficile. Parce qu'en fait tous les processus que nous utilisons en permanence, par exemple pour jouer au ballon, pour prendre un verre, pour parler, tous ces processus-là sont inconscients.

Ce n'est pas l'inconscient psychanalytique, on appelle ça l'inconscient cognitif. C'est inconscient, c'est-à-dire que nous n'avons pas accès à ce qui fait que quand on lit par exemple une phrase, on lui donne du sens. Comment cela se fait-il ? C'est tous ces processus-là qu'il a fallu analyser, pour pouvoir faire une machine par exemple, qui va comprendre un texte, qui va le traduire avec les qualités de traduction que l'on sait faire de nos jours.

Mais c'est tous ces processus-là qu'il a fallu comprendre. Tout cet inconscient cognitif qui n'était même pas vu comme un problème au départ, alors qu'en fait ce sont eux qui sont devenus les vrais problèmes, les vrais enjeux. Est-ce que ce serait facile, vous disiez-vous, alors qu'on n'imaginait même pas ça, d'en creuser des émotions dans les machines ? C'est cela qui est très étonnant.

Dans tous les films de science-fiction où il y a des robots, on dit que le plus difficile c'est l'émotion. C'est très facile l'émotion. De faire un robot qui a des émotions. Il y a plein de programmes à l'heure actuelle de robots qui ont des émotions, qui expriment des émotions, et qui sont tels que quand on interagit avec eux, il y a une réponse émotionnelle entre le robot et l'individu.

C'est très facile. Ce n'est pas compliqué. Il y a quelques variables, quelques petites choses à faire. Il y a des modèles d'émotions.

Ce n'est pas du tout difficile. Par contre, ce qui reste vraiment comme le truc, le truc que personne ne comprend, ce qui reste le graal de la compréhension et qui, d'après moi, ne va pas être trouvé tout de suite, c'est la conscience. Pas la conscience réfléchie, la pure conscience. C'est là où on va rentrer dans la spiritualité.

Qu'est-ce que vous entendez par pure conscience que le robot ne pourrait recevoir comme encodage ? Il faut comprendre que quand on code tout cela, on va passer par différentes étapes, différentes compréhensions. Les premières étapes, ça va être quelles sont les capacités d'un robot à faire quelque chose. Il y a un moment très important, c'est le langage.

Le langage humain est évidemment l'élément essentiel. Avec ce langage humain, il va y avoir la notion de représentation. C'est un maître mot dans l'intelligence artificielle. La capacité de parler de quelque chose d'autre

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