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Le ton est donné dès les premières lignes, ton du livre, mais aussi ton d'une oeuvre inhabituelle qui jamais ne se compromet avec les lieux communs de la fausse philosophie fin de siècle:

"C'est très difficile de “expliquer” - une interview, un dialogue, un entretien. La plupart du temps, quand on me pose une question, même qui me touche, je m'aperçois que je n'ai strictement rien à dire. Les questions se fabriquent comme autre chose. Si on ne vous laisse pas fabriquer vos questions, avec des éléments venus de partout, de n'importe où, si on vous les "pose", vous n'avez pas grand chose à dire. L'art de construire un problème, c'est très important: on invente un problème, une position de problème, avant de trouver une solution. Rien de tout cela ne se fait dans une interview, dans une conversation, dans une discussion. Même la réflexion, à un, à deux ou à plusieurs, ne suffit pas. Surtout pas la réflexion. Les objections, c'est encore pire. Chaque fois qu'on me fait une objection, j'ai envie de dire: "D'accord, d'accord, passons à autre chose." Les objections n'ont jamais rien apporté. C'est pareil quand on me pose une question générale. Le but ce n'est pas de répondre à des questions, c'est de sortir, c'est d'en sortir. Beaucoup de gens pensent que c'est seulement en ressassant la question qu'on peut en sortit. C'est très pénible. On ne va pas cesser de revenir à la question pour arriver à en sortir. Mais sortir ne se fait jamais ainsi. Le mouvement se fait toujours dans le dos du penseur, ou au moment où il cligne des paupières. Sortir, c'est déjà fait, ou bien on ne le fera jamais."