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L’essai d’André Comte-Sponville fait partie des signes annonciateurs de la venue d’une spiritualité laïque. On se rappellera les travaux de Claude Bruley sur la nécessité de cette nouvelle forme de spiritualité dégagée des carcans dogmatiques.

Le travail d’André Comte-Sponville est d’autant plus intéressant qu’il connaît un tout autre parcours que Claude Bruley.
Les premiers mots de l’avant-propos sont significatifs de l’esprit qui anime l’auteur :
« Le retour de la religion a pris, ces dernières années, une dimension spectaculaire, parfois inquiétante. On pense d’abord aux pays musulmans. Mais tout indique que l’Occident, dans des formes certes différentes, n’est pas à l’abri du phénomène. Retour de la spiritualité ? On ne pourrait que s’en féliciter. Retour de la foi ? Ce ne serait pas un problème. Mais le dogmatisme revient avec, trop souvent, et l’obscurantisme, et l’intégrisme, et le fanatisme parfois. On aurait tort de leur abandonner le terrain. Le combat pour les Lumières continue, il a rarement été aussi urgent, et c’est un combat pour la liberté.
Un combat contre la religion ? Ce serait se tromper d’adversaire. Mais pour la tolérance, pour la laïcité, pour la liberté de croyance et d’incroyance. L’esprit n’appartient à personne. La liberté non plus. »
Le propos d’André Comte-Sponville est simple. Il nourrit un questionnement profond. Trois questions sont posées dans cet ouvrage : Peut-on se passer de religion ? Dieu existe-t-il ? Quelle spiritualité pour les athées ? Renvoyant dos à dos obscurantisme et nihilisme, André Comte-Sponville veut y répondre par une démarche résolument tournée vers la vie, vers l’humain.
A la première question, il répond : « On peut se passer de religion ; mais pas de communion, ni de fidélité, ni d’amour. Ce qui nous unit, ici, est plus important que ce qui nous sépare. (…) La vie est plus précieuse que la religion (c’est ce qui donne tort aux inquisiteurs et aux bourreaux) ; la communion, plus précieuse que les Eglises (c’est ce qui donne tort aux sectaires) ; la fidélité plus précieuse que la foi ou que l’athéisme (c’est ce qui donne tort aux nihilistes aussi bien qu’aux fanatiques) ; enfin, c’est ce qui donne raison aux braves gens, croyant sou non – l’amour est plus précieux que l’espérance ou que le désespoir. »
A la seconde, il ne répond pas, bien sûr, face au mystère de l’être. Il découle de ce mystère une tolérance en vers les croyances, un droit de rêver l’absolu et un droit de ne pas croire, autre croyance toutefois.
A la troisième, il évoque une spiritualité pour tous les jours, faite de l’émerveillement de l’instant. Dans une perspective proche de celle des philosophies de l'éveil, il invite à mettre à distance le « cher petit moi » de Kant.
« La vérité est trop grande pour moi – ou le moi, plutôt, trop petit pour elle. Cette petitesse, c’est ce que j’appelle l’ego. Cette grandeur, c’est ce que j’appelle l’esprit. C’est donc l’ego qui est esclave, et qui enferme ; et l’esprit qui est libre, ou qui libère. »
Beau livre donc, qui réveille avec douceur et élégance, livre de philosophe, livre de celui qui vit en philosophe.