René Adolphe Schwaller de Lubicz, pythagoricien
L’unité originelle ou la division cellulaire ? La graine ou l’arbre ? René Adolphe Schwaller de Lubicz (1887-1961) consacra sa vie à rechercher l’origine des causes, à s’interroger sur l’existence et la nature d’un « schéma unique d’explication de la causalité ». Doté d’une double formation en Sciences et Techniques, ainsi qu’en Arts et Lettres (il fut élève de Matisse), sa passion et son intuition le conduisirent vers l’étude du pythagorisme des premiers temps et vers l’Egypte ancienne….
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
Son œuvre maîtresse demeure Le Temple de l'Homme (3 vol., éd. Caractère, Paris, 1957 puis Dervy Ed).


Vers une coïncidence de l’être et du connaitre
A travers ses nombreux échanges et amitiés (Jean Cocteau, Oscar Milosz, Joan Miro, Jean Arp, Carlos et Oliver Larronde) ainsi que les différentes sociétés fraternelles qu’il anima (« c’était un homme de phalanstère ! ») Rémi Soulié nous plonge ici dans le cœur du réacteur de la « centrale Schwaller » : l’intelligence du cœur, la place des Nombres, loi de genèse et l'anthropocosme,
Une démarche herméneutique des hiéroglyphes où les symboles et le sacré constituent les deux piliers de la monade parfaite. A l’instar de Noût, voûte étoilée : l’unité originelle qui demeure inaffectée de sa propre division….
Extrait de la vidéo
Je vais essayer de vous parler aujourd'hui de René-Adolphe Chvalère de Lubitsch, essayé parce que c'est une personnalité complexe, c'est une oeuvre qui ne l'est pas moins, et précisément parce qu'il s'agit d'une personnalité complexe, une fois n'est pas coutume je commencerai par un aperçu biographique qui me paraît utile, aperçu qui sera comme son nom l'indique. Bref, je me contenterai de pointer quelques éléments qui sont utiles à la compréhension de son itinéraire et de sa pensée.
Chvalère de Lubitsch est né en 1887 et il est mort en 1961. C'est un Alsacien, cela signifie qu'il a une ouverture natale ou native vers le monde germanique. Il s'intéressera à Paracelsus par exemple, à d'autres traditions venues de ce monde-là, mais il se caractérise, me semble-t-il, essentiellement par une double appétence à la fois pour les sciences et techniques et pour les arts et lettres. Alors ça c'est notable parce que c'est anecdotique mais intéressant, je crois, sur ses documents officiels, sur ses papiers d'identité donc à la case profession.
Alternativement, il notera ingénieur chimiste et homme de lettres, voilà. Donc appétence pour les sciences et techniques dans un premier temps. Il est issu d'une... son père était pharmacien, c'est-à-dire...
et lui-même d'ailleurs s'intéressera de près à la pharmacie sous un angle homéopathique en particulier. C'est un homme qui fait des études de chimie, donc la chimie n'est pas nécessairement... la chimie moderne, j'entends, n'est pas nécessairement très éloignée de l'alchimie. Donc il a ce goût pour l'esprit scientifique mais également l'esprit scientifique tel qu'il peut s'incarner à travers les techniques.
C'est également, si j'ose dire, un bricoleur mais au sens noble du terme, un inventeur. Il s'intéressera de près par exemple aux questions de motorisation, de mécanique, en particulier dans le domaine naval. Donc il a cette veine chez lui qui est très importante. Elle se manifeste du point de vue de la pensée par ce que l'on peut appeler, je crois, sans aucune nuance, son pythagorisme.
C'est un homme du nombre. Alors non pas évidemment au sens du calcul, au sens du nombre profane, mais au sens du nombre sacré. Autrement dit, l'univers, le cosmos et donc la pensée s'articulent essentiellement autour du nombre, d'où son intérêt pour la géométrie, la trigonométrie, donc l'arithmétique appliquée au volume et aux surfaces, d'où sa réflexion autour du nombre d'or. Le nombre d'or pythagoricien est une des clés les plus efficaces, les plus actives dans son oeuvre.
C'est également un homme, toujours pour cette raison, cette appétence pour les sciences et techniques, c'est un homme qui est à la recherche des causes, de la causalité. Entendu certes d'une manière un peu particulière, mais il s'intéresse à l'origine. C'est une interrogation presque empirique pourrait-on dire. Qu'est-ce qui fait qu'il y ait de l'être ?
Et il est à la recherche d'un schéma unique, explicatif, de l'existence, ce qu'il appellera, j'y reviendrai, la loi de Genèse. Donc on est d'emblée le concernant dans une interrogation sur la causalité, sur les phénomènes, sur l'être du monde. Ce qui fait que le monde se tient qu'il y a des apparences, qu'il y a un monde visible, qu'il y a des objets. La deuxième caractéristique, donc la deuxième appétence de Chvaleur de Lubitsch, c'est son goût des arts et lettres.
Ce scientifique, donc cet ingénieur chimiste, est aussi un élève de Matisse. Intéressant, il s'intéresse beaucoup aux couleurs. Il s'intéresse à l'art pictural, mais aussi à l'art littéraire, à l'art poétique. Il sera environné, pendant toute son existence, en tout cas très largement, d'un certain nombre de créateurs dans le domaine littéraire.
Il travaillera beaucoup avec Carlos Laronde, qui est un des promoteurs du théâtre idéaliste. Carlos Laronde est le père du poète Olivier Laronde, l'auteur des barricades mystérieuses, qui repose d'ailleurs Olivier Laronde, à côté de celle de Valarmé, au cimetière de Vavame. Donc Carlos Laronde mettra en scène un certain nombre de poètes et d'écrivains, Metterling par exemple, Claudel, Saint-Paul Roux, et Carlos Laronde travaillera en permanence avec Chvaleur.
Chvaleur de Lubitsch connaîtra également Hans Arp, Juan Miro, Cocteau, qui avait pour lui une très grande admiration. Il y a une correspondance entre Cocteau et Chvaleur de Lubitsch, Cocteau étant entré parfaitement dans l'esprit et la pensée de Chvaleur. Et l'on peut dire que l'un des points culminants de cette appétence pour les arts et lettres repose dans sa relation avec Miloche, le poète Oscar Jadislas de Lubitsch-Miloche, sur lequel d'ailleurs vous trouverez un film sur Bagliss TV, à tel point que Lubitsch-Miloche adoptera en quelque sorte Chvaleur qui, au cours d'une cérémonie tout à fait initiatique, tout à fait chevaleresque, lui donnera sa chevalière.
Et c'est à partir de ce moment-là que René Adolphe Chvaleur sera autorisé à s'appeler René Adolphe Chvaleur de Lubitsch, en raison de ce lien très puissant avec le poète Lubitsch-Miloche, à tel point d'ailleurs que, et c'est très significatif, Miloche dédie à Chvaleur de Lubitsch son grand poème, l'un de ses grands poèmes qui s'intitule « Cantique de la connaissance », il le dédie donc à Aor, A-O-R, qui est l'un des noms mystiques qu'utilisera la lumière, qu'utilisera Chvaleur de Lubitsch.
Cette cérémonie d'adoubement chevaleresque, paratempliaire pourrait-on dire, m'incite à insister sur un deuxième point important dans la perspective, dans la vie toujours, dans la courbe de vie de Chvaleur de Lubitsch, c'est sa dimension collective. Chvaleur a toujours été, peu ou prou, un homme de communauté, un homme de phalanstère, un homme de chevalerie, c'est un homme de groupement. Le premier groupement auquel il est appartenu, c'est la société théosophique, il a appartenu à la société théosophique de 1913 à 1916 et il a collaboré à sa revue, Le Théosophe, en publiant essentiellement des articles, comme on le fait exprès, relatifs aux sciences et aux techniques.
Le deuxième groupe très important auquel il a appartenu, et donc il est à l'origine, c'est le groupe d'idées veilleurs, et avec en quelque sorte à sa tête une trouica, Chvaleur de Lubitsch, Lubitsch-Milosch, le poète donc, et Carlos Laronde, que j'ai déjà évoqué. C'était une société, entre guillemets, secrète ou parasecrète, là encore, de type, bien sûr, initiatique et de type compagnonique. Et chose intéressante, c'est à cette société, par l'intermédiaire d'un mécène, que l'on doit la sauvegarde de la Maison de Balzac, qui est aujourd'hui dans le 16e arrondissement de Paris, elle a toujours été dans ce secteur géographique, bien entendu, mais alors ce n'était pas sa dénomination, et la Maison de Balzac donc était le siège de ce groupement, de cette société des veilleurs.
L'autre groupe important auquel Chvaleur a participé, et donc il est à l'initiative, c'est