Le soufisme, coeur vivant de l'islam

Apparu au VIIIe siècle, le soufisme est un mouvement spirituel, mystique et ascétique de l'islam. Prenant racine dans l'orthodoxie sunnite, il est également une doctrine ésotérique.
Pour Eric Geoffroy, le soufisme est, en effet, le point de rencontre entre la tradition primordiale, dépôt de la sagesse originelle, et l'islam. De toute éternité, son essence spirituelle et transcendantale ne dépend d'aucun contexte spatio-temporel. L'homme initié, qui en est le porteur, peut ainsi la révéler et la transmettre.

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Le soufisme, école mystique dissidente ou version intérieure de l'islam ? Réponse dans cet exposé de 54 minutes.

Extrait de la vidéo

Je crois que dans un premier temps, il faut présenter le soufisme de manière générale.

J'ai tendance à le présenter comme la dimension intérieure, spirituelle évidemment.

On peut tenter le mot ésotérique, sauf que le mot ésotérique parfois est connoté en français moderne sur le mode de l'occultisme, alors qu'en fait, ésotérique veut dire simplement intérieur, ce que l'arabe traduit par le batin, donc ce qui est vraiment derrière l'apparence des choses.

Dimension mystique, oui, avec un bémol, c'est-à-dire que, le souligné René Guénon, la dimension mystique implique une démarche plus ou moins passive du sujet par rapport à Dieu, or lui-même souligne que la voie spirituelle dans le soufisme implique une démarche volontaire, ce que traduit le mot arabe al-mawrid, qui traduit de manière générique le terme de disciple ou de novice sur la voie soufis.

Certes, ce n'est pas une voie mystique, et en plus ce terme en français moderne est aussi assez galvaudé ou assez imprécis, mais je crois que c'est quand même une voie mystique, paradoxalement, au sens où l'initié, disons, dans le soufisme, cherche à pénétrer le monde du mystère, ce que le Coran lui-même définit comme le alim al-ra'ib, c'est-à-dire le monde de l'invisible, le monde du mystère.

Donc il s'agit de percer les voiles des illusions, donc du monde sensible, pour aller dans l'au-delà des réalités spirituelles.

Et dans ce sens-là, oui, la démarche mystique, en effet, le terme mystique peut correspondre.

Voilà, donc c'est une première définition.

On pourrait y adjoindre, mais on en parlera un petit peu plus tard, qu'on peut présenter le soufisme comme étant une démarche initiatique, au sens où le soufisme met l'accent sur la dimension de maître et disciple.

C'est-à-dire, le soufisme sans relation initiatique, sans relation de maître et disciple, n'est pas véritablement le soufisme.

Alors évidemment, il y a une philosophie soufie, on peut toujours lire des livres sur ce sujet, mais le vécu, la transformation, la transmutation presque, de l'être humain, ne pourra se faire qu'à travers une relation, en fait, initiatique de maître et disciple.

Comment, maintenant aussi, situer le soufisme par rapport au corps religieux dans lequel il s'est inséré historiquement, et qui est donc celui de l'islam ?

Donc, c'est tout le problème de la relation entre le soufisme et l'islam.

Problème qui, en fait, n'est pas un problème en soi, mais qui, dans le contexte moderne, ou même post-moderne, occidental, mondialisé, en effet, pose question, au sens où, c'est juste une parenthèse, au sens où certains nous disent que l'islam est un corps religieux qui a accueilli le soufisme, mais que dans notre contexte, encore une fois, actuel, le soufisme est cette sagesse éternelle qui peut être extraite et retirée du corps islamique, et qui est donc une sagesse éternelle, pérenne, et qui dépasse l'enveloppe religieuse de l'islam.

Alors, on y reviendra aussi.

Alors, moi, je dirais oui et non.

C'est-à-dire, pareil, dans la vie spirituelle, il faut manier le paradoxe.

Alors, moi, j'aurais tendance à définir le soufisme, de ce point de vue, comme étant la rencontre, un point de rencontre, finalement, sur un schéma tel que celui de la croix, qui, comme le disait Demet Soufi, n'est pas, bien sûr, un symbole uniquement propre au chrétien, au sens où le soufisme, c'est cette dimension verticale de cette sagesse éternelle, de cette philosophie apériniste, donc de par les certains, de cette tradition primordiale, immuable, de ce dépôt de sagesse placé en l'homme, placé en Adam et en ses successeurs.

Donc, croisement avec la dimension horizontale, qui est celle, encore une fois, du corps religieux, en l'occurrence, celui de l'islam.

Tout mystique, toute voie spirituelle, doit s'incarner dans un corps religieux, hindou, chrétien, juif, islamique, etc.

Donc, le soufisme, en effet, est cette incarnation de l'esprit, dans cette matrice islamique, c'est-à-dire une religion qui apparaît en Arabie au VIIe siècle de l'ère chrétienne.

Voilà, donc ça, c'est vraiment ce qui laisse la porte ouverte à une perception, je dirais, transcendantale, en fait, du soufisme, comme étant déjà présent avant l'avènement historique de l'islam.

De fait, il y a un adage soufi qui dit, bon, je cite en arabe parce que c'est très court, « Soufi l'am yukhlak ». Le soufi n'a pas été créé.

Qu'est-ce que ça veut dire ?

Eh bien que l'essence spirituelle de l'être soufi ne dépend pas du contexte, de quelques contextes spatio-temporels.

Et même pas, même pas du contexte spatio-temporel de l'islam historique.

Là, bien sûr, on est dans l'islam principiel et dans le soufisme principiel, c'est-à-dire une sagesse éternelle qui va s'incarner encore une fois dans l'islam, mais qui déborde largement cette simple tradition religieuse.

Et c'est ce qui fait qu'on peut entendre, bon, moi, j'ai souvent entendu en Égypte, j'ai entendu des gens employer le mot « soufisme », en arabe « tasrabouf », comme étant un synonyme de mystique, ou de démarche spirituelle générale.

Et donc ils disent qu'il y a un soufisme chrétien, qu'il y a un soufisme juif.

Vous voyez, donc là on est dans une définition générique très large.

En ce qui concerne quand même le cadre islamique, puisqu'il faut bien préciser les choses, sur un plan historique ou même méta-historique, le soufisme s'incarne dans cette religion qu'est l'islam.

Dans le texte même du Coran et dans la parole et dans l'exemple même du prophète.

Donc il porte ce message.

Dans le Coran même, il y a donc des indices et même des illustrations de ce que peut être la démarche spirituelle, qui va être nommée assez rapidement, un siècle ou deux après le nom du prophète.

Le Coran nous dit que Dieu est le premier et le dernier, l'apparent et le caché.

Ou bien, on peut traduire au lieu de l'apparent et le caché, on peut dire l'extérieur et l'intérieur.

Or, comme le dit le prophète, Adam était créé à l'image de Dieu et le cosmos lui-même est créé en fait à l'image de Dieu et selon la volonté de Dieu.

Donc si Dieu est à la fois extériorité et intériorité, le cosmos lui-même et l'homme, qui est donc le représentant de Dieu sur Terre, selon le Coran, portent également cette complétude, c'est-à-dire le monde tel qu'il nous apparaît et l'homme lui-même sont à la fois faits d'extériorité et d'intériorité.

Alors maintenant, avec l'amnésie qui caractérise l'homme après la chute d'Adam sur Terre, qu'on peut interpréter de X manières, le Coran en parle un petit peu, dans cette humanité issue de la chute, c'est vrai que l'esprit humain s'arrête à l'extériorité des choses.

Et l'épistémologie, on ne pourrait pas ce que dire, c'est-à-dire la démarche, la science suffit, la méthodologie suffit, nous dit que la réalité ne s'arrête pas, elle va au-delà des apparences et que les apparences, ça c'est donc un schéma directeur, qu'on peut retrouver bien sûr ailleurs, et que les apparences sont illusoires.

Avec un sens extrêmement profond, puisque les soucis métaphysiciens tels qu'Ibn Arabi vont nous dire que la création tout entière est à un certain degré illusoire.

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