Sanguis Christi, la Tunique d'Argenteuil
Entretien avec Gérard Lucotte, généticien, et Philippe Bornet, médecin, à propos de la Tunique d'Argenteuil.
Quelle est la légitimité de la science dans l'enquête ?
Que révèle les analyses de sang trouvé sur le vêtement ?
Appartient-il à Jésus-Christ ?
Réponse dans "Sanguis Christi", paru aux éditions Guy Trédaniel.
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Classée Monument historique depuis 1979, près de 80 000 personnes l’ont vu lors de sa dernière translation en 1984. Cachée ou volée à différentes reprises, elle ne sera de nouveau visible dans le futur que pour le pèlerinage de la Pâques 2034…
Mais quelle est l’histoire fabuleuse de ce vêtement, cité par l’évangéliste St Jean ? Est-ce bien la légendaire tunique portée par le Christ, du recueillement du Jardin des Oliviers au calvaire du chemin de croix ? Le tissu sacré, inondé du sang rubis, qui porta les stigmates de la passion au Golgotha ?
Le Pr Gérard Lucotte, généticien, enseignant à l’Ecole d’Anthropologie de Paris, assisté du Dr Philippe Bornet , mène l’enquête sur l’un des mystères majeurs de notre civilisation et nous révèle les découvertes les plus audacieuses qui aient été faites sur ce sujet.
La Tunique d’Argenteil montre t-elle des marques similaires au Suaire de Turin ? Peut-on déterminer avec certitude le groupe sanguin de celui qui l’a porté ?
L’analyse ADN nous mène sur des pistes passionnantes. Une somme de révélations, fruit de plus de vingt ans d’études approfondies par l’un des chercheurs autorisé en la matière, qui pousse son auteur à un singulier constat : qui a peur de la Sainte Tunique d’Argenteuil ?
Extrait de la vidéo
Professeur Gérard Lucotte, généticien.
Docteur Philippe Bornet, médecin.
Alors, il s'agit du livre Leçon du Christ, Sanguis Christi en latin, qui est publié aux éditions Très Daniel.
Le livre traite de la tunique d'Argenteuil, qui est une relique sainte du Christ, moins connue que la seule de Turin, mais tout aussi célèbre.
Ce livre parle de toutes les recherches scientifiques qui ont été faites sur cet objet.
La tunique est une des trois tuniques essentielles de la chrétienté.
Tout le monde connaît le lincel de Turin, qui est en fait un linge mortuaire.
Mais il existe deux autres reliques extrêmement importantes.
Le suer d'Oviedo, qui se trouve en Espagne, qui était une sorte de linge mortuaire entourant vraisemblablement la tête du Christ, et uniquement la tête, posée très rapidement après la descente de croix.
Et cette fameuse tunique d'Argenteuil, dont personnellement j'ignorais l'existence il y a encore quatre ans.
Donc la tunique d'Argenteuil n'est pas, à l'inverse des deux autres linges, une tunique de la résurrection.
Ce n'est pas un linge mortuaire, c'est véritablement un habit, un vêtement, et même un sous-vêtement, une sorte de t-shirt, disons le mot, que le Christ, si c'est bien lui le porteur de la tunique, a porté très régulièrement pendant des années.
On pense même, il n'est pas illogique de penser, qu'il ait été tissé par la Vierge Marie, sur un métier à tisser qu'on remisait dans un coin de la maison, ce que faisaient toutes les femmes juives de l'époque.
Donc cette tunique aurait été donnée, aurait été cachée d'abord, juste après la Passion du Christ.
Il est vraisemblable qu'il l'a portée au Jardin des Oliviers, et après la flagellation, on lui a remis le temps de monter sur le Golgotha.
Contrairement à ce qu'il racontait dans le film de Mel Gibson, le Christ n'était pas torse nu.
Mais en fait, la tunique tombait assez bas dans sa forme primitive, elle tombait quasiment à mi-cuisse.
Et il l'a portée, on lui a arrachée, ce qui en soi est une torture dont on ne parle jamais, on lui a arraché la tunique après qu'elle était posée sur ses épaules, entre la flagellation et la crucifixion.
Ce qui a dû être à l'origine d'une souffrance véritablement terrible.
Et donc ce linge est véritablement le linge du Vendredi Saint, si vous voulez, c'est le linge de la Passion.
Et ce linge, pense-t-on, aurait été caché dans la maison d'une personne qui tannait les pots, dans une maison au bord de la Méditerranée.
Un certain Simon, d'ailleurs.
On le sait par les actes des apôtres, on le sait aussi par un évangile auquel Saint Jérôme a eu accès, enfin on le sait par différentes sources, on le sait aussi par la tradition.
Toujours est-il que d'un point de vue strictement historique, on perd complètement la trace de la tunique, jusqu'environ en 590, où on en trouve mention dans Grégoire de Tour.
Alors je ne veux pas parler très en détail de cette histoire, mais grosso modo il y a deux versions.
La version classique prétend que l'impératrice de Byzance, Irène, en aurait fait un cadeau diplomatique à Charlemagne.
Et une autre théorie, un peu plus compliquée, pense que la tunique est venue directement de Jérusalem, dans les mains des Francs, et donc à l'époque de leur empereur Charlemagne.
Cela n'a pas une très grande importance.
Ce qu'il faut en retenir, c'est qu'à partir de 590, on peut dire qu'on trouve régulièrement des témoignages historiques de la présence de la tunique.
Et il n'est pas inopérant d'observer que cette tunique, dans son voyage des lieux saints à Argenteuil, où elle a été déposée, pensons en 814, a transité par le versant nord de la Méditerranée, ce qui n'est pas sans importance, car on peut trouver une confirmation indirecte à ce voyage de la tunique dans les études polémiques du professeur Lucotte.
À partir du moment où la tunique se trouve à Argenteuil, elle est confiée par Charlemagne à sa fille Théodrade, elle restera à Argenteuil de manière quasiment indéfinie, sauf une petite période pendant la Deuxième Guerre mondiale.
La tunique va connaître une histoire extrêmement mouvementée.
À chaque fois, la tunique va en pâtir, si j'ose dire, puisque non seulement des morceaux de tunique seront prélevés, de manière parfois tout à fait officielle, pour être donnés à d'autres églises ou d'autres lieux de culte, par ailleurs, la tunique a été coupée en morceaux au moment de la Révolution.
On a voulu non seulement la cacher, mais en même temps avoir une garantie d'en trouver au moins un morceau.
Elle a été cachée dans le sous-sol, elle a été enterrée pendant 11 mois.
Là, elle pouvait être au contact d'eau souterraine riche en calcaire.
Ce qui est important d'observer, c'est que cette infiltration de tartre, c'est-à-dire celle de calcium, a pu, lors de la datation radiocarbone de 2002, provoquer une sorte de pollution et rajeunir artificiellement la tunique.
En 2002, le sous-préfet de l'époque va réunir un certain nombre de partenaires scientifiques, dont le Commissariat à l'énergie atomique, la Manufacture des Gobelins, comme au XIXe siècle, et d'une certaine manière, bien que le professeur Ducotte à l'époque n'ait pas fait partie de ce qu'on a appelé le comité de manière un peu abusive, car il n'y a jamais eu de comité au sens strict, simplement les journalistes qui ont appelé comité, des gens qui se réunissaient.
Eh bien, ça a été le début d'études à la fois biologiques et qui ont fait appel à ce qu'on appelle le traitement d'images.
C'est-à-dire que certains scientifiques, comme le professeur Marion de la faculté d'Orsay, ont pu, à l'aide de photographies de la tunique, procéder à des traitements d'images qui ont été très porteurs de résultats, puisqu'ils ont permis de prouver que la disposition des tâches qui se trouvent dans le dos de la tunique pouvait se superposer très exactement à d'autres tâches qui, elles, se trouvent sur le linceul de Turin.
Alors, de quoi sont composées ces tâches ?
La tunique a une couleur vaguement rougeâtre, donc la première chose qui vient à l'esprit, c'est de penser que la tunique est couverte de sang.
Cette couleur rouge et ces tâches n'ont jamais véritablement convaincu un certain nombre de personnes chargées par le sous-préfet de leur étude.
Et c'est là où le professeur Gérard Lucotte a joué un rôle fondamental, ainsi que le professeur Marion, parce qu'ils ont prouvé qu'il y avait du sang sur la tunique et que ce sang pouvait être étudié.
Voilà le point fondamental auquel on était arrivés.
La tunique est de pure laine.
Elle est de pure laine, comme le demande le livre du Deutéronome, qui fait obligation aux Juifs de ne pas porter de vêtements composés d'un mélange de fibres.
C'était une des obligations à laquelle les Hébreux devaient se soumettre, comme d'autres interdits alimentaires que vous connaissez très bien.
Cette tunique est tissée dans un certain sens, c'est-à-dire que les fils sont tordus toujours dans le sens dit Z, car il y a 2 sens dans le tissage, le Z et le S.