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Cette biographie volumineuse, plus de cinq cent pages, permet au lecteur d’approcher le mystère Dominique Aury, ou encore Pauline Réage, ou encore Anne Desclos, trois noms pour une seule femme aux multiples facettes, certaines à jamais insaisissables.

Il y a d’abord cette Pauline Réage, auteur d’Histoire d’O, ouvrage qui fit scandale à l’époque, victime en 1955 de la triple interdiction du Ministère de l’Intérieur. C’est bien moins le caractère pornographique que le caractère profondément politique et philosophique de l’ouvrage qui choque, tout comme chez Sade. Comme dans les écrits de Bataille, le texte de Pauline Réage a une dimension mystique qui reste, et cela n’est pas relevé par l’auteur comme par la plupart des commentateurs, immature et inaboutie. L’érotisme peut se faire voie d’éveil mais il exige plus, beaucoup plus, que ce que propose Histoire d’O. Au contraire, politiquement et socialement, Histoire d’O, aura été un puissant levier de liberté, une bombe à retardement dont l’effet ne se fera sentir que progressivement et subtilement.
Plus intéressante peut-être que Pauline Réage, Dominique Aury, femme de lettres respectée, est passée maîtresse dans le domaine de la clandestinité. Elle cloisonne sa vie, avec une grande efficacité, afin de gagner en liberté. La clandestinité sera peut-être pour Dominique Aury une véritable mystique de l’être. Clandestine d’abord pour sa survie sociale ou sa survie physique pendant la Résistance, Dominique Aury prendra goût au secret, plus encore à l’intensité du secret.
Sa liaison passionnée avec Jean Paulhan tient bien sûr une place essentielle dans sa vie et donc dans ce livre dont le premier intérêt est sans doute de nous faire traverser cinquante années de vie littéraire, une vie littéraire riche et mouvementée qui connaîtra des événements terribles, des crises de banalité comme des périodes fortement créatrices. Dominique Aury côtoie, ou croise, aussi bien les grands noms de la littérature que des génies méconnus.
Enfin, Dominique Aury fut une grande amoureuse, hommes et femmes, et ce livre raconte des histoires d’amour, souvent tenues secrètes, complexes, dont Dominique Aury se nourrissait. Paulhan bien sûr mais aussi Janine Aeply ou Edith Thomas.
Amour, littérature, clandestinité, trois mots pour une vie entièrement consacrée à la liberté de l’esprit et à l’indépendance de la femme. Dominique Aury restera une figure à la fois mystérieuse et chargée de sens de la féminité.

texte: Le Crocodile, http://lettreducrocodile.over-blog.net