La traversée du Miroir, Narcisse 3/4

Tout processus de transformation s’enclenche dès lors que la conscience d’un "manque" s’installe. A ce moment précis du mythe, sur un plan symbolique, le "manque" de Narcisse, c’est sa soif. Narcisse se met donc en quête d’un point d’eau et découvre un lac. L’eau renvoie à nos émotions, aux liquides qui traversent le corps humain et modifient sa couleur.

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Si les kabbalistes la placent sur un plan intermédiaire, lunaire, situé entre la Beauté et le Royaume, Yésod, Luc Bigé sondera ce lac principalement sous l’angle du miroir, du reflet de nous-mêmes.

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Ce reflet porte-t-il la trace du lien qui unit monde extérieur et monde intérieur ?

"Le lac est le vrai miroir" écrivait Gaston Bachelard… Narcisse, en se contemplant à travers le reflet du lac, va réaliser que ce qu’il voit "en son extérieur", n’est autre que lui-même !
Donc pour Luc Bigé d’extrapoler sur un plan collectif : "comprendre que tout ce qui nous arrive est le reflet de nos plus intimes pensées, nous fait entrer dans la Connaissance de nous-même"…

Narcisse sort alors de sa narcose, de son endormissement... Le mythe se met en marche!

A travers la question ontologique de la connaissance de Soi, du reflet, et des apparences parfois trompeuses (identifications), souhaitez-vous comprendre ici comment et pourquoi "Narcisse dénoue l’amour fusionnel d’Echo puis l’amour victimaire d’Aménias" ?

Réponses ici de notre guide, dans ce troisième volet de l’analyse symbolique du mythe de Narcisse, toujours aussi passionnant !

Extrait de la vidéo

Donc Narcisse est arrivé près du point d'eau, ce lieu impensable, au sens littéral du terme, puisque quand on est sans mémoire, on ne va pas penser ses souvenirs. Qu'est-ce qu'il va faire lorsqu'il entre dans cet endroit ? Il a soif, nous dit le texte. Alors avoir soif, évidemment, c'est tout un programme symbolique.

Vous comprenez bien que les choses sérieuses commencent quand on a soif. Soif de nos vives. Soif d'autres choses que ce que l'on vit jusqu'à présent. Bref, lorsque l'on contacte au fond de soi un manque.

Comme toujours dans les contes, ce qui nous met en route dans la vraie transformation, c'est la conscience du manque. Pour la première fois dans cette histoire, Narcisse pose un note. Il a soif et il va décider de boire. Jusqu'à présent, c'est quelqu'un qui s'était laissé guider par les événements, par les bouleversements de sa vie, par les rencontres, par sa mère, par l'inquiétude de sa mère, ou par des idéaux plus ou moins summeux qu'il confondait avec une vraie quête spirituelle.

Donc Narcisse a soif et c'est parce qu'il a soif qu'il va sortir de la narcose. Donc la question à se poser à cette étape, c'est quel est mon manque ? De quoi est-ce que j'ai soif ? C'est important cette conscience du manque pour la transformation intérieure.

Si on considère que tout va bien et qu'on est bien intégré dans le monde, il ne va rien se passer, c'est-à-dire que ce n'est pas le moment d'entrer dans la voie du mythe, en conscience en tout cas, ou d'entrer dans sa propre mort, comme va le faire Narcisse. Il va se pencher au-dessus du point d'eau et voir son image. Alors c'est quoi ce point d'eau ? Vous savez que l'eau c'est l'émotionnel.

Dès que le corps a une émotion, il exprime symboliquement de l'eau, puisqu'il pleure, puisqu'il rougit, puisqu'il vomit. C'est les trois émotions essentielles. La honte, le fait de ne pas pouvoir assimiler quelque chose, et les pleurs qui peuvent être de rire ou de tristesse. Donc le langage du corps émotionnel est un langage d'eau.

De même, on peut se noyer dans une goutte d'eau. Les expressions du corps relative à l'eau sont des expressions émotionnelles. On est dans le brouillard. On en a ras-le-bol.

On est dans le vague, on est dans le flou, dans le nébuleux. Le vague, la vague, etc. Donc dès qu'on est dans l'eau, on est dans l'émotionnel. Comme disait Gaston Bachelard, le lac est le vrai miroir.

Pourquoi le lac est le vrai miroir ? Parce qu'il est à son lieu du miroir poli et lisse, très poli en effet, et très lisse en effet, que l'on regarde chaque matin, et où l'on ne voit que ce qu'on attend à voir, c'est-à-dire soi-même, son visage. Par contre, si vous regardez dans un miroir d'eau, vous allez voir certes votre visage, mais déformé, avec des reflets. Mais vous allez aussi voir la profondeur des eaux, et les nuages qui passent au-dessus.

Et les nuages qui passent au-dessus de l'atmosphère. Et tout ça dans le mouvement. Le lac est le vrai miroir simplement parce qu'il marque et il dessine nos profondeurs, et nos ciels. Et il est infiniment plus utile de se regarder dans ce lac-là, bien sûr que dans le miroir narcissique, d'une image adorée, qui n'a pas encore été oubliée, qui est encore un souvenir.

Donc, le narcisse ne va pas boire. Il ne va pas augmenter ses émotions. Il ne va pas être dans l'exaltation. Il va simplement regarder ce qui se passe.

Et il voit son image. Dans un premier temps, il pense que cette image est un autre. Il ne réalise pas que c'est lui-même qu'il voit dans l'eau du lac, dans l'eau de la source. Donc, première étape de la métamorphose narcisse, ça va être de réaliser que ce qu'il voit en son extérieur, c'est lui-même.

Et ça, c'est une étape importante, bien sûr. Et c'est le fondement du symbolisme, du reste. Lorsque nous voyons que tout ce qui nous arrive est le reflet de nos plus intimes pensées, nous entrons dans la connaissance de nous-mêmes. Car le monde extérieur est tellement bon qu'il met en face de nous exactement toutes les pensées qu'on ne veut pas voir, ou toutes les profondeurs de nous-mêmes que nous ignorons.

En d'autres termes, ce que j'admire chez les autres, c'est un potentiel qui est déjà en moi, que je n'ai pas encore déployé. Ce que je déteste chez les autres, c'est quelque chose... fait résonance avec une violence en moi qui n'est pas nettoyée. Et...

sinon, ça me laisserait indifférent. Donc, on peut aussi aller plus loin en disant que la profession que je pratique, c'est ce que je dois apprendre. Quelqu'un qui est infirmier... Pourquoi quelqu'un est infirmier ?

Simplement parce qu'il a en lui un sentiment d'urgence. Par exemple. Je vous invite à réfléchir que tout ce que vous faites dans votre vie répond à un manque. Et donc, c'est intéressant d'identifier ce manque parce que ça permet de savoir quelle est notre vraie quête.

Une fois que ce manque est identifié, on peut passer à autre chose. Ou pas, si c'est une vraie quête. Donc, Narcisse, l'air de rien, en se regardant dans le lac, il voit ça. Il voit qu'en réalité...

Il le dit très clairement dans le texte. On nous dit ce que j'admire, en réalité, c'est moi-même. Ce dont je suis tombé amoureux, en réalité, c'est moi-même. Donc, bien sûr, grande leçon que je ne cesse de vous répéter, le monde extérieur n'existe pas.

Car, simplement, nous attirons à nous les situations et les événements que nous portons déjà en nous-mêmes. Alors, ça, c'est important de comprendre ça parce que ça changera également notre rapport au monde. Pour Sartre, qui était un vrai gémeau qui était encore dans Écho, l'enfer, c'est les autres. Alors, c'est très admirable de regarder le thème de Sartre.

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