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Voici un petit livre délicieux, mélange d’humour et de profondeur, de poésie et de pertinence. Ces impertinences spirituelles éclairent sans crudité les travers de nos mondes et invitent aux chemins buissonniers de la spiritualité.

-Plutôt que de rechercher la spiritualité dans des formes surannées, Jean Biès préfère les chercher dans le rapport que nous entretenons avec la vie, sous toutes ses formes.
« Danse :
1. La danse entreprend le salut du corps en le faisant s’élancer de pointe en pointe vers son contraire, se convertir à l’esprit par allégements successifs des membres, assouplissements d’une armature bientôt fluidifiée, libération des courants d’énergie. Elle prend la lourdeur et en fait de l’agilité ; rend le reste à la mémoire du rite qu’il fut.
2. La danseuse sous ses pieds menus et précipités semble faire tourner la terre, ou du moins l’aider dans sa rotation, participant ainsi par l’exercice de l’art au mouvement de l’univers.
3. Le danseur danse sur le ventre du monde.
Le chant danse aux lèvres du danseur. »

Jean Biès, utilise souvent le renversement au lieu de définition afin de placer le lecteur en un autre point de vue, non conformiste, qui l’aidera à épurer son propre regard.
« Invocation :
1. A l’évocation obsessionnelle des phénomènes par ce monde-ci fait écho l’invocation perpétuelle des divins phonèmes par ce monde-là.
2. L’invocation concilie la parole : elle dit le Nom de la Parole qu’est le Verbe, et le silence : elle se nomme silencieusement au fond du cœur. »

« Monnaie :
Vie et mort ne sont que les deux faces de cette monnaie jadis déposée dans la bouche du défunt. »

« Mort :
1. Le front du mort n’est jamais plus vaste que depuis qu’il ne pense plus ; ses orbites ne sont jamais plus ébahies que depuis qu’il ne voit plus, ni ses dents plus agressives que depuis qu’il ne mord plus.
2. Un homme mort intérieurement est un homme qui a vomi son essence.
Si pourtant il est mort , il ne le sait pas encore : tout espoir n’est pas perdu. Car aussi longtemps que l’on ne se sait point mort, revenir à la vie est possible.
3. Ce n’est que lorsqu’on est mort que l’on échappe à l’Illusion ; mais on l’ignore. A moins que la mort soit elle-même illusion ; ce qui se peut.
4. Se tenir chaque jour mentalement sur son lit de mort, où l’on pardonne à tous et où l’on demande à tous pardon. »

Une errance sur l’échiquier, à déguster.

texte: Le Crocodile, http://lettreducrocodile.over-blog.net