Le Grand Jeu et René Daumal

Dans son dernier ouvrage, "Autour de René Daumal et l’enseignement de Gurdjieff *", (Ed. du bois d’Orion, 2015), Basarab Nicolescu s’interroge sur l’influence de Gurdjieff sur l’œuvre de René Daumal. Si René Daumal n’avait pas rencontré Alexandre de Salzmann, aurait-il pris conscience de l’enjeu du Grand Jeu** ? Alain Santacreu va ici interroger Basarab Nicolescu et Christian Le Mellec, son éditeur, sur les rôles et influences que ces trois grandes figures de la spiritualité du XXème siècle eurent entres-elles. .…

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* Ouvrage paru en 2015 au Bois d’Orion, et dont voici la présentation :
Un jour de novembre 1930 à Paris, le poète et philosophe René Daumal rencontre un "ancien derviche, ancien bénédictin, ancien professeur de jiu-jitsu, guérisseur…", un homme "formidable" : Alexandre de Salzmann. Peintre, inventeur d’une méthode révolutionnaire d’éclairage, Alexandre de Salzmann noue avec le jeune poète, qui a fondé le Grand Jeu avec Roger Gilbert-lecomte, une amitié profonde. Elève de Gurdjieff, Alexandre de Salzmann introduit Daumal à son enseignement. Alors qu’Alexandre, atteint de tuberculose, rejoint un sanatorium en Savoie, il échange avec Daumal un ensemble de lettres, lui réclame un dictionnaire persan-français ou russe, traduit les quatrains d’Omar Khayam. Quand il s’éteint en 1934, René Daumal et Vera, sa compagne, se tournent vers Jeanne de salzmann, pour poursuivre le travail amorcé.

Puis Daumal lui-même découvrira qu’il est touché par la tuberculose, dont il mourra en 1944.
Basarab Nicolescu, en collaboration avec Ana Maria Wangeman, Claude Auger, Patrick Décant et Jean Pian présente dans cet ouvrage des archives inédites, principalement conservées à la Bibliothèque Littéraire Jacques Doucet. Ont été rassemblés notamment ici les lettres d’Alexandre de Salzmann à René Daumal, de mars 1933 à avril 1934, des documents rares sur son travail sur le théâtre ou l’alphabet qu’il avait créé, mais aussi le carnet dans lequel René Daumal notait ses réflexions sur l’enseignement, les lettres échangées avec Jeanne de Salzmann relatives au "travail" pratiqué dans les groupes Gurdjieff… ainsi que des études approfondies.

Le poète et philosophe Michel Camus, fin connaisseur de l’œuvre de Daumal écrivait : "On ne peut enfermer Daumal dans l'Enseignement de Gurdjieff. On ne peut non plus l'amputer d'un travail de transformation de soi qui a façonné la seconde moitié de sa vie. [...] Il a tout traversé. Reste que le "feu du travail", comme disait Luc Dietrich à propos de l’Enseignement, lui a ouvert des portes, après le grand tournant de 1930, qu’il n’aurait sans doute pas découvertes tout seul." C’est à la contemplation de ce qui se trouve derrière ces portes que ce livre vous convie.

** expression de Michel Camus

Extrait de la vidéo

Bonjour et bienvenue à tous sur Salamandre TV, cette émission que nous vous présentons en partenariat avec Bablis TV prendra comme prétexte un livre que je vous présente tout de suite René Dommal et l'enseignement de Gurdjieff paru aux éditions du Bois d'Orion il y a quelques mois. Nous aurons le plaisir de nous entretenir durant une heure avec Basarab Nicolescu, bonjour Basarab. Bonjour. Très heureux de vous recevoir dans cette émission ainsi qu'avec Christian Le Melec, le directeur des éditions du Bois d'Orion, bonjour Christian.

Bonjour. Bienvenue Christian dans cette émission. René Dommal et l'enseignement de Gurdjieff, tentez d'élucider à partir d'un corpus documentaire totalement inédit la relation que Dommal a eue avec l'enseignement de Gurdjieff, tel est l'enjeu du livre de Basarab Nicolescu, enfin le livre que Basarab a dirigé. Christian Le Melec, vous êtes le directeur des éditions du Bois d'Orion, avant la création de vos éditions en 1993, vous avez étudié le chant traditionnel de l'Inde du Nord et la musicologie de l'Inde ancienne.

Vous avez aussi écrit un ouvrage intitulé Vent immobile où vous étudiez en parallèle les œuvres poétiques de Batak Sharia qui est un poète bengali contemporain, de Dommal, de Duitz et de Gwaz Rikor. On consulte votre catalogue qui est très riche, on relève des livres d'André Roland de Renéville et de Pierre Minet qui sont des auteurs très proches du grand jeu, ce mouvement artistique et poétique contemporain du surréalisme naissant et qui a duré à peu près quatre ans de 1928 à 1932.

En 2008 paraissait un premier livre pour commémorer la naissance de René Dommal, un second livre que je présente aussi, René Dommal ou le perpétuel incandescent qui était lui aussi dirigé par Bassarab Nicolescu avec Philippe de Tonac et donc il y a quelques mois le livre que j'ai présenté au tout début. Ces deux livres sont très complémentaires, c'est un véritable diptyque et nous serons amenés, je pense, lors de notre entretien à faire allusion à l'un et à l'autre.

La première question que je vous pose, Christian Lemeyle, pourquoi un tel intérêt pour le grand jeu et en particulier pour René Dommal ? Écoutez, Dommal représente pour moi une figure vraiment unique, peut-on dire, dans le panorama ou le paysage littéraire français au sens où c'est un homme qui a mis le plus exactement possible sa vie en accord avec ce qu'il pensait et avec la recherche qu'il a menée et ça c'est extrêmement rare.

Il a fait de surcroît avec beaucoup d'humour aussi et d'espionnerie d'une certaine façon. Je dirais avec un sens de la profondeur et de la vérité que l'on retrouve très très peu et notamment dans le milieu littéraire, il faut bien le dire. D'ailleurs, il n'est pas étonnant qu'à partir d'un certain moment, mais il était à ce moment-là encore très jeune, il s'est trouvé à distance de ce milieu littéraire, il s'y est mis physiquement en allant à Elvian puis à Genève mais également bien sûr intellectuellement.

Pour faire court, c'est vrai que deux sur trois, je rajouterai cela puisque je me suis beaucoup intéressé à l'Inde et à l'Inde ancienne, de mal a appris le sanskrit, il a étudié seul, a même rédigé une grammaire sanskrit remarquable et a eu une compréhension de l'intérieur, peut-on dire, de la pensée indienne, ce qui lui aussi n'est pas si fréquent et surtout dans les années 30-40, c'était encore plus étonnant, peut-on dire.

Sarah, vous êtes donc docteur en physique et vous avez longtemps exercé au CNRS en tant que physicien théoricien, vous êtes philosophe et poète, auteur de nombreux ouvrages très importants. Vous avez fondé en 1987 le mouvement de la transdisciplinarité, le CIRET, dont vous êtes le président et beaucoup de vos grands compagnons de route de la transdisciplinarité, je pense à Michel Camus, Michel Random, Jean Bies, ont consacré des études essentielles au grand jeu et à René Domal et aujourd'hui encore, autour de vous, beaucoup d'intellectuels, d'artistes et d'universitaires ressentent le même attrait pour l'œuvre de Domal et le mouvement du grand jeu.

Comment témoignent les quatre intervenants qui ont participé à votre livre ? Le livre que je vous ai présenté, vous l'avez dirigé en collaboration avec Anna Maria Wangemann, Claude Augé, Patrick Décant et Jean Pian. Cher Bassara, comment expliquez-vous cette espèce, enfin cette espèce, cette connexion poétique permanente, cette sorte de fraternité d'esprit entre le grand jeu et la transdisciplinarité ?

Ils étaient transdisciplinaires par nature. Ils étaient à l'intersection de la philosophie, de la poésie, de la métaphysique, de la quête expérimentale de l'être. J'ajoute à cela, parce que je suis très heureux que vous avez mentionné les noms de Michel Random, parce que ma connaissance, je dirais mon premier choc avec René Domal, c'est par Random qui a commencé en 1970. J'étais à peine arrivé de Roumanie, installé en France, et j'ai assisté à Domus Medica, un grand congrès traditionnel des sciences traditionnelles, et où il y avait Annick de Souzenel, où il y avait Michel Random, Binti Lahouria et d'autres.

Et c'est Random qui a parlé de Domal, et ça m'a déclenché la curiosité de le lire, et j'en fus ébloui par les contresciels. C'est par les contresciels que j'ai commencé. Et j'ai vu là, ce que j'attendais depuis longtemps, c'est-à-dire cette intersection entre l'art, la science, la métaphysique et l'essence de ce monde. Donc la transdisparité, après tout, c'est cela, c'est le lien.

Et là ça s'explique, et avec beaucoup d'autres. Vous avez mentionné les noms de Michel Camus, qui est très important dans toutes ces discussions, c'est même central, je dirais, parce que Michel Camus, mon frère spirituel, était vraiment un grand connaisseur de Domal. Donc les liens entre la transdisciplinarité, la poésie et cette quête du sens qui animait ces jeunes gens du grand jeu, et bien ça s'est fait tout naturellement.

Votre dernier livre, je vais m'adresser à Christian Le Melec, est extrêmement intéressant

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