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Christophe Bourseiller nous propose un témoignage original et courageux, très personnel, sur son expérience maçonnique. C’est l’occasion d’interroger les évidences, ce qui est le propre d’une démarche philosophique. Il aurait pu choisir de rédiger un essai distant, interrogeant la nature et la fonction de la Franc-Maçonnerie en ses formes multiples. En rendant compte, par l’intime, en faisant « le récit de l’échec d’une initiation », il nous invite à réfléchir sur ce qu’est et surtout sur ce que n’est pas la Franc-Maçonnerie.

Si Christophe Bourseiller est « tombé », par l’un de ces clins d’œil du destin, dans une loge de la GLNF dont une majorité de membres flirtaient à l’époque avec la Nouvelle Droite, il ne faudrait pas, par un raccourci facile, penser que tout s’explique, ce n’est qu’anecdotique au regard des dysfonctionnements qu’il met en évidence, au regard de la cannibalisation du sacré, de l’idéal, par des conditionnements profanes. Car les « anomalies » qu’il décèle pas à pas, au fur et à mesure de sa « carrière » maçonnique, sont générales.
« La Franc-maçonnerie, dit-il, se présente comme un explosif concentré d’humanité. Travers et qualités s’y trouvent exacerbés. L’ordre initiatique ne serait-il qu’un révélateur de l’inconscient ? ».
Carrefour ou « auberge espagnole », la Franc-maçonnerie n’est pas ce « monastère laïque » dont rêvent certains. Il y manque avant tout les exercices spirituels qui conduisent à se rapprocher de soi-même et, partant, de l’autre qui n’est pas, en essence, séparé de soi. Ce chemin vers l’individuation, ou cette reconnaissance de sa propre nature, y compris en l’autre, ne relève pas de la dialectique qui a envahi les loges, dialectique souvent médiocre et dérisoire. Passant de la GLNF à la Grande Loge de France, Christophe Bourseiller ne sortira pas du désenchantement même si celui-ci devient plus banal en s’éloignant des crispations extrémistes.
Christophe Bourseiller met en évidence les prétentions initiatiques exorbitantes de la Franc-maçonnerie mais, rappelons-le, la Franc-maçonnerie est historiquement une société née avec d’un projet politique, sociétal et spirituel sur laquelle les greffes initiatiques, nombreuses, seront invariablement rejetées ou stérilisées. Cependant, l’essentiel est ailleurs, dans la dernière phrase du livre : « L’échec de l’initiation mène à l’initiation. ». En effet, l’aventure, finalement très initiatique, vécue par Christophe Bourseiller, aventure que les Francs-maçons sincères partagent jusqu’à l’inévitable déconvenue, rappelle qu’il n’y a pas des objets initiatiques et des objets non initiatiques mais qu’un rapport initiatique peut-être établi avec tout objet.
Ce livre peut être aussi relu sous un tout autre angle. C’est un morceau de vie, l’histoire de rencontres éphémères répétées (peu importe que le lieu de ses frottements et parfois de ses chocs soit un temple maçonnique), qui éclaire nos conditionnements, les risques du « moi », les actions du triangle archaïque pouvoir-territoire-reproduction qui commande nos gestes, nos paroles, nos pensées, ce même triangle que le travail maçonnique est tenu de verticaliser, rectifier peut-être, en chambre du milieu pour mieux nous affranchir de ses méfaits.
Ce sont de beaux portraits d’hommes que dresse Christophe Bourseiller, par petites touches de certitude, de doute, de désir, de peur, des portraits colorés et nuancés qui montrent la complexité de l’être humain.

Pascal Galodé éditeurs
18 rue de Toulouse
35400 Saint-Malo

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