La geste arthurienne, écrin de la matière de Bretagne
Aux sources d’un roi enchanteur. Figure centrale de l’imaginaire médiéval occidental, le roi Arthur est un souverain légendaire façonné au XIIᵉ siècle à travers les grands textes issus de la « matière de Bretagne ». Sa naissance elle-même relève de l’enchantement : ses parents se sont réunis grâce à un sort jeté par le célèbre Merlin, figure tutélaire de la magie arthurienne, qui traça, avant même la venue au monde d’Arthur, les lignes de son destin exceptionnel.
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Le surnaturel irrigue l’ensemble du cycle arthurien. Il explique les pouvoirs de Morgane la Fée, magicienne redoutable et demi-sœur d’Arthur, mais aussi les grandes épreuves que le roi dû surmonter pour assoir sa légitimité. L’extraction de l’épée du rocher, tout comme le surgissement d’Excalibur — l’épée brandie par la Dame du Lac — constituent autant de signes magiques de reconnaissance. Ces épisodes scellent l’alliance entre la royauté terrestre d’Arthur et les forces de l’Autre Monde, inscrivant son règne au centre de la verticalité et de l'horizontalité, pour reprendre la symbolique développée par René Guénon dans son ouvrage « Le Symbolisme de la Croix » (1931).


Arthur face à la quête du Graal : grandeur et limites du roi
Si Arthur est le cœur politique et symbolique du royaume, il n’est pourtant pas le héros de la quête du Graal. Celle-ci naît à sa cour, mais ne lui appartient pas. Le paradoxe est fondamental : le plus grand des rois ne peut atteindre l’objectif spirituel suprême. Arthur admire la quête, l’encourage, mais en demeure exclu. Cette limite s’exprime avec force dans l’épisode où l’entrée d’une chapelle irradiée par la lumière du Graal lui est refusée. L’épreuve est humiliante, mais fondatrice. Arthur comprend alors que la quête implique l’acceptation de ses propres limites.


La geste arthurienne n’est pas qu’un simple récit : elle rejoint le Monde Imaginal
Le règne d’Arthur s’achève dans la trahison et la violence : la blessure mortelle, le départ vers l’île d’Avalon, et surtout l’attente du retour. Arthur n’est pas seulement un roi déchu ; il devient une figure d’espérance. Le mythe du Rex quondam, Rexque futurus — le roi qui fut et qui sera — inscrit Arthur hors du temps linéaire de la petite histoire. Il cesse d’être un simple personnage littéraire pour devenir une promesse, une présence latente et prophétique, prête à ressurgir « lorsque le monde en aura besoin ».
Ce cycle dépasse ainsi largement la littérature médiévale. Il touche à une dimension profonde de l’imaginaire occidental, que le philosophe Henry Corbin désignait comme « Monde Imaginal », espace médian entre l’imaginaire et le spirituel. La médiation — qu’elle soit angélique, initiatique ou chevaleresque — constitue la fondation sur laquelle Françoise Bonardel a élaboré ce second exposé.
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Exposé issu du séminaire intitulé "La quête du Graal : histoire, portée symbolique et actualité d’une vieille légende" donné à Vézelay par Françoise Bonardel dans le cadre de l’Association Convergences.
1. Qu’est-ce que le Graal a à nous dire aujourd’hui ? (1/10)
2. La geste arthurienne, écrin de la matière de Bretagne (2/10)
3. L’esprit de la chevalerie, une rectitude intérieure (3/10)
4. Le nuage d’inconnaissance des Chevaliers de la Table Ronde (4/10)
5. Chrétien de Troyes et le Conte du Graal, un pont entre celtisme et christianisme (Les récits fondateurs, partie 1) (5/10)
6. Graal et Alchimie : la guérison du roi Amfortas (les récits fondateurs partie 2) (6/10)
7. Quête du Graal et ésotérisme chrétien (7/10)
8. Le Parsifal de Richard Wagner : un Graal initiatique (8/10)
9. Le Graal, grand archétype de l’inconscient collectif (9/10)
10. Le Graal, une plénitude plus qu’une perfection (10/10)
Merci à la Libraire L'or des Etoiles, Vézelay, pour son accueil et organisation.
Extrait de la transcription
Donc la deuxième partie, on va commencer à s'intéresser à ce roi mythique, le roi Arthur et voir pourquoi à la fois il est inséparable du cycle du Graal et pourquoi en même temps il ne se confond pas avec lui et voire même garde une distance ? Bon alors on peut mettre ça c'est la gravure traditionnelle et alors j'en ai sélectionné une très kitsch après pour le plaisir. Ça c'est Hollywood c'est le roi Arthur made in Hollywood.
Bon, on peut revenir à la première éventuellement. Bon, alors quel rapport entre la quête du Graal et la geste du roi Arthur et des chevaliers de la table ronde ? Bien sûr, la littérature arthurienne constituant ce qu'on nomme la matière de Bretagne.
Alors, quand on parle de Bretagne, c'est la petite et la grande. C'était à la fois la Bretagne, notre Bretagne française maintenant et la Grande-Bretagne incluant le pays de Galles, la Cornouaille et parfois l'Irlande. Donc la littérature arthurienne constituant ce qu'on nomme la matière de Bretagne est la toile de fond sur laquelle se détache la quête du Graal qui n'en est donc qu'une partie. Mais en est cependant le cœur, voire même la quintessence. S'il est vrai que cette quête donne tout son sens à la geste arthurienne qu'il a rendu possible, qui lui sert d'écrin en quelque sorte. La quête une fois achevée avec la mort de Galahad, c'est la chevalerie arthurienne qui va perdre sa raison d'être, même si elle continue pendant un certain temps à guerroyer jusqu'à la mort d'Arthur. Mais il faut bien noter que la mort de Galahad dans le roman qui s'intitule la quête du Saint Graal met fin à la quête du Graal. Alors après ce qui est devenu le Graal, on verra ça demain. Il y a plusieurs versions. La chevalerie arthurienne va continuer à s'engager dans des combats d'ailleurs de plus en plus meurtriers, de plus en plus désespérés, de conquête et c'est je dirais le visage sombre de la chevalerie qui va apparaître à ce moment-là ou même certains aspects de l'éthique chevaleresque vont quelque peu se perdre et jusqu'à la mort d'Arthur qui scellera la fin vraiment de la chevalerie médiévale.
Alors qui était le roi Arthur ? Alors rien ne permet de dater la naissance d'Arthur dont le nom et les exploits émergent sous forme fragmentaire entre la fin du 5e et le début du 6e siècle dans la littérature populaire mais dont la geste ne prend forme qu'au 12e siècle si vous voulez il y a des fragments qui laissent penser qu'il y a un personnage du nom d'Arthur qui a été connu. Mais la légende d'Arthur elle-même ne prend forme qu'au 12e siècle, contemporaine donc de l'émergence de la quête du Graal. On peut dire que les deux séquences émergent à peu près au même moment et en rapport l'une avec l'autre. Donc émergence de la quête du Graal qui lui est intimement associée et qui est quant à elle datée de l'an 454 après la crucifixion.
C'est une date qui apparaît mais qui pour nous ne correspond pas à grand-chose parce que si vous voulez le mythe arthurien et la légende du Graal n'est pas encore véritablement constituée et 5e 6e siècle pour nous ça ne représente rien. Nous n'avons pas de point de repère par rapport à ça. Donc c'est une date qui apparaît dans les textes mais dont on ne sait pas trop quoi faire.
Arthur donc est le fils du roi Uther Pendragon (U-T-H-E-R P-E-N-D-R-A-G-O-N) et de la belle Ygerne (Y-G-E-R-N-E) qui a été arrachée on peut dire enlevée par le roi Uther Pendragon au duc de Cornouaille dont elle était l'épouse grâce à un enchantement créé par Merlin. L'enchanteur Merlin donc consistant à donner à une personne l'apparence physique d'une autre. Voilà. Et on peut noter que ce même subterfuge sera utilisé à propos de la conception de Galahad durant la nuit passée par Lancelot avec la fille du roi pêcheur.
C'est-à-dire que Lancelot est persuadé d'être amoureux, il l'est d'ailleurs de Guenièvre.
Bon, mais il se trouve sur son chemin une femme qui a les traits de Guenièvre grâce à un subterfuge et voilà, l'affaire est entendue et donc un enfant est conçu et il y a un parallèle entre la conception de Galahad et la conception du roi Arthur par l'union éphémère et totalement illusoire puisqu'il pensait être avec une autre femme d'Uther Pendragon et de la belle Ygerne.
Donc voilà pour l'anecdote, le roman de Brut auquel j'ai déjà fait référence dit : "Le roi passa la nuit avec Ygerne et cette nuit-là conçut le roi si bon et si puissant et si inébranlable dont vous avez entendu le nom Arthur." Donc on peut dire naissance non pas miraculeuse, non pas surnaturelle, mais conception disons dans laquelle il se mêle de la magie.
Alors quelles ont été l'enfance et l'adolescence d'Arthur ? Né selon la légende au château de Tintagel où il a été conçu, Arthur fut confié par son père à Merlin qui souhaitait soustraire l'enfant aux intrigues d'une cour royale et puis il fut confié par Merlin à Antor qu'on orthographie aussi Hector parfois et éduqué par lui en même temps que son propre fils Keu qui jouera ensuite un rôle important à la cour d'Arthur en tant que sénéchal au caractère souvent imprévisible et ombrageux. En tout cas, Keu est un compagnon de jeu d'enfance d'Arthur. Le premier fait d'arme qu'on attribue à Arthur se situe avant son couronnement qui eut lieu à la Pentecôte.