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Remarquable chirurgie de l’esprit que ce livre fait de dialogues incisifs qui dénudent implacablement les fonctionnements du « moi » jusqu’à en trancher la racine. Il n’y a pas à commenter les paroles de Karl Renz, seulement à les rencontrer et les expérimenter avant de les oublier :

« Les guerres sont toujours à mettre au compte d’une attente. Les guerres personnelles, comme les grandes guerres ont la même origine : on veut obtenir et posséder quelque chose en croyant que l’on serait plus heureux en l’ayant. (…)
La pensée-moi est belliqueuse. La croyance en l’existence d’un toi, d’un être séparé – d’une vie propre – fait naître l’idée qu’il y a quelque chose à défendre. Ainsi naît la guerre. Lorsqu’il y a « mon être », il y a « ton être ». Le guerrier humain est formé dès l’âge de trois ans. (…)
Le monde ne sera jamais en paix. Tant que subsiste l’idée de séparation, un « toi-même », la paix reste une utopie. Pour commencer, l’idée d’un soi séparé implique l’existence de quelque chose d’autre avec quoi l’on ne peut vivre en paix. Toute situation harmonieuse peut à tout moment devenir une situation de guerre, tout homme de paix se transformer en bête dès que son seuil de tolérance est atteint. Il n’existe pas d’individu complètement pacifique. Il n’existe que des seuils de tolérance de l’agressivité, et des pulsions plus ou moins bien filtrées. (…)
Qu’il y ait ou non des pensées, personne n’est là pour s’en préoccuper. L’essentiel est que le penseur ait disparu. La perception s’exerce alors en toute liberté, elle n’est plus liée à une entité qui perçoit. Jésus est le rédempteur, celui qui te libère de l’idée de naissance. Il accepte de mourir, ressuscite et dit : Vois, tu es cela que je suis et qui est éternel, parce que cela n’est jamais né. La forme meurt, l’objet dans l’espace/temps meurt, mais toi tu n’es pas un objet lié à un espace et au temps. Tu précèdes le temps et toute espèce de concept. (…)
Il faut commencer par le commencement : si tu n’avais pas d’existence individuelle, il n’y aurait ni guerre, ni victimes, ni six milliards d’autres individus. Il n’y aurait plus que conscience, ce que tu es. Précisément cette conscience qui se manifeste en tant que concept entraîne tous ces concepts de guerre, de paix et d’action en faveur de la guerre ou contre la guerre. (…)
C’est l’idée « moi » qui crée le guerrier. Il n’y a de guerre que parce que tu existes. »
« Tu as rendez-vous avec toi-même – tu ne peux pas te manquer. Quand seras-ce ? Lorsque tu ne fabriqueras plus de temps. Et comment est-ce possible ? En t’arrêtant d’en fabriquer, tout simplement. Le bonheur n’est pas dans ta projection du monde, les choses sont beaucoup moins compliquées : le bonheur consiste à être ce que tu es. Tu peux nommer cela nature christique, ou nature-de-bouddha – c’est ce que tu es, tout simplement. Toi même es le non-né, le non-mortel : ta nature est félicité. »