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Du 9 au 11 décembre 2000, s'est tenu à Paris le XXXVIIIe colloque des intellectuels juifs de langue française autour du thème de La responsabilité, thème qui prend un relief tout à fait particulier et imposant au regard d'une actualité brûlante. Vous vous rappellerez peut-être que le colloque précédent portait sur Comment vivre ensemble ? Le thème de la responsabilité découle naturellement et presque " impérativement " de cette question.

Les contributions à ce colloque couvrent des champs très variés de l'expérience humaine allant de la Tradition au droit international :
Responsabilités assumées par Pierre Kauffmann - L'exigence biblique de responsabilité : de la vie morale à l'éthique sociale ; sur Lévitique 19 par Claude Birman - Les chemins de la paix : l'horizon messianique de la responsabilité par Pierre Bouretz - La responsabilité : le sens du Kaddish Yatom par Rivon Krygier - Le Chema Israël par Henri Cohen-Solal - Singularité et responsabilité d'Israël par Dan V. Segré - Inconscience des riches, révolte des pauvres ? Tenir parole par Henri Bartoli - Le Principe Espérance d'Ernst Bloch par Michael Löwy - Le Principe Responsabilité de Hans Joans par Bernard Edelman - Le sujet naturel : responsable et déterminé. Déterminisme et libre choix chez Hasdaï Crescas par Henri Atlan - L'impunité des criminels contre l'humanité : un défi à la justice par Robert Badinter.
Dans la conclusion, Jean Halpérin note que :
" Deux mots de la langue hébraïque (et sans doute bien d'autres, mais ceux-là à coup sûr) sont particulièrement difficiles à traduire avec précision et justesse dans une langue occidentale à cause de la forte charge sémantique qui est la leur. Ce sont : chalom et tsedek. Ils signifient bien plus que le sens qui leur est donné dans les dictionnaires.
Chalom, paix bien sûr, mais aussi accueil, hospitalité, plénitude, harmonie, intégrité, avec la prise de conscience d'un constant effort à faire et d'un prix à payer comme l'indique l'une des racines du vocable. Pas de paix, donc, sans concession, ni sacrifice.
Tsedek : justice, mais associée à la compassion et à la générosité.
Il n'est pas indifférent que ces deux termes soient déclinés, l'un comme l'autre, par un même verbe : redof, qui veut dire poursuivre.
Paix et justice ne sont pas de simples concepts statiques. Ce sont des devoirs qui postulent une irrécusable responsabilité, sans échappatoire ni alibi, et une attention permanente à autrui.
Il nous est prescrit de poursuivre la justice et la paix sans relâche, sans défaillance, sans répit. On pourrait penser au combat de Sisyphe, mais qui, loin de conduire au découragement, serait animé par l'espérance."