Ontologie du traité sur la réintégration des êtres

Qu’est-ce que la doctrine de la réintégration des êtres ? Derrière cette formulation énigmatique soulevée par le philosophe et initié Martines de Pasqually (1727-1774) se cache une idée théologique déjà ancienne, qui nous ramène aux commencements de l’ère chrétienne. Des êtres prévariqués auraient perverti Adam et l’auraient englouti au cœur des ténèbres du monde, le condamnant à un exil forcé, coupant et séparant dans un même élan l’ensemble des êtres de leur véritable origine divine et spirituelle.

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Il s’impose, selon cette doctrine, à toutes les âmes de faire le chemin à rebours en partant de la matière dans laquelle elles sont enferrées vers l’esprit. Nous voyons donc bien que la doctrine de la réintégration des êtres nous renvoie directement à la théologie des premiers gnostiques et des dissidents du Moyen Âge persécutés par l’Eglise romaine.

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Un texte réservé initialement, au XVIIIème siècle, aux seuls Réaux-Croix de son ordre.

Cette théorie audacieuse est en tout point opposée au dogme cosmogonique de l’Eglise romaine dans la mesure où celle-ci fait de la Création un acte d’amour, gratuit de Dieu, issu du néant « ex nihilo », alors que Martinès de Pasqually en fait une nécessité, une contrainte, à laquelle a dû se plier le Créateur afin de mettre à l’abris les mondes célestes des esprits malins, anges rebelles et démoniaques qui ne demandaient qu’à le vicier de l’intérieur.

L’humanité adamique ne serait en somme, à l’origine, que la prison où ont été exilés les émanations divines qui, dans l’entière liberté qui leur était accordée, ont choisi de s’incarner, de se vautrer dans la matière, par nature périssable, et dans le Mal.

Une voie de réconciliation, puis de réintégration.

Face à cette chute, face à ce dualisme fondamental entre l’esprit et la matière créée dans laquelle l’homme est contraint, celui-ci peut et doit se libérer par un processus de réintégration pour retrouver ses propriétés originelles, de vertu et de puissance spirituelle divine dont il émane ; l’unique travail à effectuer dans ce monde est ainsi résumé. C’est de cette réunification de l’âme avec son créateur à laquelle ont travaillé, selon Jean-Marc Vivenza, les maçons du Rite Ecossais Rectifié, les Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’univers, Louis-Claude de Saint-Martin et Jean-Baptiste Willermoz.

Jean-Marc Vivenza, spécialiste des écrits de Martinès de Pasqually auquel il a consacré plusieurs ouvrages, résume et fait revivre la doctrine de la réintégration des êtres dans cet exposé où l’épaisseur ténébreuse se confronte avec la discrète lueur des bougies, lueur avec laquelle quelques « hommes différenciés » parviendront peut-être à s’extirper du marasme originel et du démonisme d’hier et d’aujourd’hui.

Un démonisme dont il devient de plus en plus difficile d’identifier les contours d’ailleurs : toute lumière, fut-elle d’une simple bougie, est la bienvenue !

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