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Françoise Bonardel est professeur à l'Université Paris I Sorbonne. Auteur d'un Que sais-je consacré à l'hermétisme, elle est l'une des rares universitaires spécialistes du sujet.
Cet essai, de très grande qualité, dégage les sources multiples et les influences de l'hermétisme dont on ne sait s'il est un courant, une tradition, ou le noyau, ou encore la structure primaire, qui serait commun à la plupart des grandes traditions religieuses et initiatiques.

Les questions posées par Françoise Bonardel, questions qu'elle clarifie quand elle ne peut y apporter une réponse, sont complexes :
" S'il y a peu de raisons de considérer la révélation hermétique comme une véritable philosophie, au sens où l'entendirent les Grecs, est-elle davantage une gnose susceptible d'être rattachée à l'un ou l'autre des nombreux mouvements gnostiques (Basilide, Valentin, Marcion) qui se développèrent à la même époque, en harmonie ou rivalité avec le christianisme ? Constitue-t-elle un ésotérisme, une doctrine secrète, comme sa dénomination et le patronage d'Hermès tendraient à le suggérer ? L'hermétisme n'est-il à ce titre qu'une manifestation tardive de ces Mystères qui tinrent lieu en Grèce de révélation du divin et d'initiation au sacré ? Tant de stratifications historiques et sémantiques étant on le voit décelables dans ce simple mot -hermétisme- on pourrait au final être tenté de lui dénier toute originalité doctrinale, et d elui concéder au mieux le caractère hybride de tout syncrétisme. Comment, dans ce cas, expliquer l'étonnante postérité de cette doctrine antique dont l'enseignement finit par constituer, de par sa continuité, une véritable et vénérable tradition ? "
Françoise Bonardel clarifie d'abord la question des origines, mythiques et historiques et la place du Corpus Hermeticum avant de s'intéresser à la " révélation hermétique " faite d'un jeu entre deux doctrines qui s'opposent et se mêlent pour peut-être inviter au dépassement.
Elle cerne ensuite le rôle, la fonction même des " grands conciliateurs " que furent Marsile Ficin, Pic de la Mirandole puis Paracelse et Giordano Bruno avant d'approcher, brièvement, l'Art d'Hermès.
Sans oublier de dénoncer les dérives occulto-hermétistes, non sans raison, Françoise Bonardel traitant des herméneutiques nous présente un Hermès messager de l'Être et avec Heidegger, approche la fonction à la fois primordiale et définitive d'Hermès.
Hermès est multiple, toujours présent, hors temps et de tous les temps. Françoise Bonardel, par cet essai, nous invite tant à le penser qu'à le pratiquer.
" Que ne fut pas en effet l'hermétisme ? Une révélation prophétique, une tradition magico-religieuse, une pratique de la transmutation, une Science intégrale supposée synthétique, un art de l'interprétationÚ Est-ce à dire que " le vieil Hermès, père de toutes les voies hérétiques détournées, a toujours raison " ? Hermès ne serait qu'un génie pervers s'il s'était ingénié à conjuguer détournement hérétique et rationalité dogmatique ! C'est à sa manière qu'il a toujours " raison ", par son art de dissoudre et de coaguler ; par sa maîtrise des pondérations et son habileté, en effet inimitable, à faire soudain renaître du sens, tel le Phénix émergeant de ses cendres. "
Il reste à dire, à l'étude de ce livre passionnant, que le lecteur saisira mieux en quoi l'hermétisme ne peut être populaire et ne souffre aucune vulgarisation, tout en se servant de celle-ci.