Le féminin de Pierre Solié, le masculin de Marie-Louise von Franz
La psyché de chacun est constituée de forces opposées mais complémentaires, par exemple masculines (animus) ou féminines (anima). Sous l’éclairage du célère psychanalyste suisse Carl Gustav Jung (dont les découvertes, fondamentales sont trop peu souvent évoquées dans notre pays, serait-il frappé du sceau de l’ignorance ou de l’horizontalité la plus étroite ?, ndlr) le développement harmonieux d’une personne s'acquiert en conjugant les contradictions de ces deux éléments.
Le complémentaire féminin de l'homme est "l'anima": c'est la femme intérieure que tout homme porte dans ses profondeurs psychiques; la libération de l'anima, notamment celle de l'image maternelle, représente l'une des étapes les plus délicates pour l'évolution de la psychée de l'homme.
Le complémentaire masculin de la femme est "l'animus": c'est l'homme intérieur sur lequel s'appuie la singularité individuelle de la femme. La résolution de l'opposition anima-animus ou la rencontre avec l'archétype sexuel, constitue les premiers pas sur "la route du Soi", ou "processus d’individuation", qui est le début de l'initiation pour chacun de nous.
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Il est essentiel pour l'homme d'apprendre à vivre en harmonie avec son anima. Il en est de même pour la femme avec son animus. Michel Cazenave et Chantal Delacotte nous éclairent sur cette bipolarité archétypique et énergétique, à travers l'exemple de Marie-Louise von Franz (1915-1998), l'une des plus proches collaboratrices de Jung puis de Pierre Solié (1930-1993), l'un des psychanalystes français les plus emblématiques. Il ne s'agit pas tant de leurs écrits que de leur expérience de vie.
Que peut-on dire de leurs cheminements respectifs quant à leurs pôles féminin et masculin intérieurs? De quelle façon leurs trajectoires, grâce au souvenir de ceux qui les ont connus, peuvent nous aider dans notre propre quête du Soi véritable ?
Réponse de nos deux auteurs, dans cet exposé de 43 min enregistré lors des journées « Rencontre Féminin-Masculin, regards croisés : Marie-Louise von Franz - Pierre Solié », et organisée par l’association « Autour de Marie-Louise von Franz » .
Extrait de la vidéo
Donc, bonjour à toutes, bonjour à tous, encore une fois, bienvenue et encore une fois, je voudrais exprimer ma gratitude. Ma gratitude aux intervenants, je l'ai déjà fait, mais ma gratitude aussi à Carl Gustav Jung, dont l'esprit va flotter ici, il va être là, présent, et bien évidemment par l'intermédiaire de personnes emblématiques, de personnes tutélaires, que sont Marie-Louise Soin-de-France et Pierre Sollier.
Dans ma vie, dans mon chemin, elles ont joué l'une et l'autre, ces deux personnes, un rôle éminent. Marie-Louise, la fidèle des fidèles, de Carl Gustav Jung, qui l'a connu, et Pierre Sollier. Quand j'ai lu La Femme Essentielle, je m'y suis tellement retrouvée dans certains épisodes, il m'a tellement apporté d'ouverture, d'éclairage, que j'ai eu un choc, on peut dire. Et donc, témoin de ce choc, quand j'ai eu cette appréhension, grâce à Pierre, à La Femme Essentielle, et puis ensuite aux autres livres que j'ai lus.
Et commence donc le prélude. Vous savez, le prélude, c'est juste avant que, n'est-ce pas, la grande musique commence. Nous sommes dans une période de prélude, et je remercie Michel, merci beaucoup, de ce dialogue de prélude que nous allons mener. Donc, c'est rendre présent Marie-Louise et rendre présent Pierre, rendre présent par rapport à ce que, évidemment, le masculin et le féminin, dans un terme junguien, on pourrait appeler l'animus de la femme, cette image inconsciente et cette énergie très forte masculine que la femme porte en elle, et l'anima de l'homme, cette part féminine, cette image féminine inconsciente que l'homme porte en lui, et qui permet justement de croiser, de nous croiser, et quelquefois de nous heurter.
Ça arrive aussi, quand on se croise, qu'on n'arrive pas tout à fait dans la même direction et qu'il y ait des bosses. Donc, c'est pour éviter ces bosses qu'on fait tout ce travail. Enfin, ça fait partie, justement, du chemin que de tenter de chacun entre nous, à l'intérieur de nous-mêmes, mieux connaître notre partie masculine pour les femmes, notre partie féminine pour les hommes, pour à l'extérieur, avec le compagnon et la compagne, pouvoir justement faire l'union.
L'union aussi, mais l'union intérieure est la première, il faut bien le reconnaître. Donc, quel est le masculin de Marie-Louise Soin de France et quel est le féminin de Pierre Soulier ? C'est notre prélude. Et évidemment, pas du tout pour explorer leur vie privée, ce n'est pas le but, bien sûr.
Marie-Louise a d'ailleurs été extrêmement secrète là-dessus et a voulu garder ce secret. Mais il y a deux volets en réalité. Qu'est-ce qu'ils ont dit du féminin et du masculin dans leur œuvre ? Ça, c'est une première chose.
Et qu'est-ce que l'on peut savoir, avec beaucoup de discrétion naturellement, mais quand même, qu'est-ce qu'on peut dire de leur propre cheminement par rapport à leur masculin et leur féminin intérieur, leur expérience vécue ? Vous le disiez tout à l'heure, être junguien, c'est avoir une expérience. Qu'est-ce qu'on peut en savoir ? Comment peut-on déjà, dans ce prélude avec Michel, voir quels sont les mots-clés ?
Comment on peut justement les cerner ? Et ensuite, bien évidemment, les intervenants auront à approfondir, creuser et nous donner beaucoup plus encore que ce prélude pourra vous donner. Cependant, cette bisexualité psychique que nous avons tous les humains, nous allons l'explorer. On part en exploration, si vous voulez suivre.
Nous allons explorer quelles sont justement ces relations masculin-féminin. Comment on peut aller rencontrer ce qu'on appelle son complémentaire. Moi, femme, ma partie animus, ma partie masculine, mon complémentaire. Comment l'homme peut aller voir son complémentaire, son féminin intérieur, son anima.
Et puis aussi, quel est l'apport spécifique de Pierre Solier, et c'est évidemment Michel qui en parlera tout à l'heure, pour l'exploration du double féminin. C'est qu'à l'intérieur, il y a aussi un double féminin en moi, comme il y a un double masculin dans l'homme masculin. Donc voilà qu'il y a beaucoup de monde. Ce que j'appelle, moi, mon conseil d'administration.
Il y a des séquences un peu houleuses parfois, des séances où ça se baillard pas mal. Donc comment les connaître, les reconnaître, s'en différencier, pour pouvoir aller vers la mise à distance plus consciente de ce pulsionnel, de ce fusionnel, qui a toujours envie de sortir, comme ça, quand il n'est pas bien connu, les passions, les compulsions. Comment les connaître, les reconnaître, et comment faire ce retrait des projections pour, avec ce partenaire extérieur que je vais rencontrer, pouvoir vivre une union plus calme, on pourra dire, et même arménieuse, si possible.
Sur ce chemin que Youm est appelé d'individuation, ce sont évidemment des étapes que de connaître le complémentaire, pour chacun d'entre nous, et le double, qui sont nos compagnons, qui, à être aimé et à devenir aimant, je crois que c'est le mot clé, c'est le mot amour. D'ailleurs, la relation amoureuse, au sens le plus trivial du terme, évidemment, tourne aussi autour de tout ce mouvement. Et il y a beaucoup de monde, autour de ma table du conseil d'administration, le poète a dit « Je est un autre », Rimbaud l'a dit, et Aragon a bien dit que la femme est l'avenir de l'homme, peut-être on peut dire le féminin, le féminin, le féminin qui existe aussi dans l'homme, dans l'homme masculin, dans l'homme sexué masculin, et le devenir de l'humanité.
Le féminin est l'avenir de l'humanité, mais en relation avec le masculin, toujours en relation. Et j'aime beaucoup, justement, vous savez, ce symbole chinois du yin et du yang, où on voit à quel point ils sont en dialogue permanent, chacun gardant sa couleur, le blanc, le noir, mais il y a du noir dans du blanc, et il y a du blanc dans du noir, et ils dansent le tango, alors on aura l'occasion de voir, pour moi c'est une danse, ce symbole-là.
Et avec Pierre Fort, on pourrait d'ailleurs dire que ce yin, qu'on appelle souvent le féminin, on pourrait dire que c'est la réceptivité, l'accueil, et que le yang, qu'on pourrait dire le masculin, c'est l'émissivité, l'action. Donc nous sommes dans cette problématique-là, et on peut justement en arriver à se dire, eh bien, cette bipolarité énergétique de l'archétype, archétype, c'est-à-dire les grandes structures psychiques que nous avons tous, animus, peut être à la fois négatif ou positif, infernal, dirait Pierre Solier pour l'animus négatif, ou positif et célestiel, dirait Pierre Solier dans son langage tellement poétique, et nous allons donc entrer, si vous voulez bien, dans ce que moi je peux vous proposer de lecture du masculin de Marie-Louise von Franz, et je passerai ensuite la parole à Michel pour vous proposer le féminin de Pierre Solier.
Donc Marie-Louise est une femme dont beaucoup de personnes que je vois, que je connais, qui regardent son portrait, disent « Oh, elle est masculine ! » Dans son allure générale, elle est masculine, c'est vrai qu'elle n'a jamais beaucoup, on dira, mon Dieu, aimé être affêtée comme une femme, entre guillemets, dans le côté trivial évidemment des choses, ça c'est absolument certain, dans son allure personnelle, la dame, qui s'habillait souvent en bleu, qu'on appelait donc la dame en bleu, ce qu'il y a ici, n'a pas les attributs de la féminité habituelle.
Mais au-delà, on peut dire que c'est une femme qui a une très forte personnalité, un caractère très fort, et un partenaire complémentaire masculin, lui aussi très fort, comment l'a-t-elle actualisé ? Alors, on va regarder les fonctions junguiennes que vous connaissez bien pour la plupart d'entre vous, et on peut dire que Marie-Louise est une fonction pensée, elle le disait elle-même d'ailleurs, et elle a un logos masculin extrêmement puissant, celui de l'intellectuel, celui de l'enseignante, et c'est sa fonction supérieure dans la typologie junguienne, une pensée très structurée, rationnelle, brillantissime, très créative, tous les immutes.
Cependant, très vite, dès l'instant où elle a commencé justement à faire ce chemin, ce puissant logos masculin de Marie-Louise a été tempéré par sa part non rationnelle,