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Nouveau titre à la collection Champollion, ce livre aborde un sujet qui toujours fascine et interroge. La question de l'immortalité a toujours eu de multiples réponses, de multiples pratiques, de celle de l'internité à celle de l'immortalité pour durer.

C'est de celle-ci que nous entretiennent Françoise Dunand, agrégée de l'université, qui fut notamment membre de l'Institut français d'archéologie orientale du Caire et directrice de l'Institut d'égyptologie du Collège de France, et Roger Lichtenberg, docteur en médecine et radiologiste, qui fut membre de l'équipe interdisciplinaire qui explora et restaura la momie de Ramsès II. Tous les deux travaillent actuellement à l'étude des nécropoles égyptiennes de l'oasis de Kharga.
Tous les deux nous disent ainsi comment l'homme refuse la mort à travers la momification, pratique que nous associons inconsciemment à l'Egypte. Les auteurs nous apprennent que si cette pratique demeure très liée aux croyances religieuses, " c'est probablement un phénomène naturel, la réapparition de corps spontanément conservés par le sable du désert, qui en a donné l'idée aux Egyptiens. ". Cette pratique n'est toutefois pas spécialement égyptienne puisqu'on a retrouvé des momies chrétiennes, guanches ou amérindiennes.
La plus grande partie de l'ouvrage, à la fois très didactique et passionnant, est consacrée aux momies égyptiennes, au pourquoi et au comment d'une pratique qui nous apprend beaucoup sur le modèle du monde de ceux qui la pratiquaient :
" Cette existence après la mort a dû constituer malgré tout l'attente et l'espoir de nombreux groupes humains. Le désir de préserver le corps en est l'expression la plus claire, mais les rites entourant l'inhumation, observés de façon quasiment universelle, témoignent déjà de cette attente. Cela ne veut pas dire pour autant que l'autre vie était vue de façon totalement positive. La vision égyptienne elle-même, plutôt optimiste, laisse la place à des représentations terrifiantes, le mort étant l'objet, dans l'au-delà, de toutes sortes de menaces susceptibles d'entraîner sa disparition définitive. A la même époque, en Mésopotamie, plus tard en Israël, l'autre monde est vu comme un séjour de ténèbres où les morts mènent une existence larvaire. En milieu chrétien, l'image du paradis a une contre-partie, celle de l'enfer et de ses tourments.
Quel que soit, en définitive, l'imaginaire de l'au-delà, si négatif qu'il puisse être, il refuse et comble le vide que représente la mort, point final absolu, terme inimaginable de l'existence. "
Notre rapport à la mort est aussi rapport à la vie et d'abord à la vie quotidienne. Derrière la banalité, il y a parfois la profondeur.