La métaphysique des contes de fées

Il existe dans le monde plus de trente mille contes… et comme nous l’indique Jean Borella « on ne sait pas d’où ils proviennent, mais une chose est sûre, ils peuvent nous emmener très très loin… ! ». Le conte est une œuvre littéraire erratique (qui vient de nulle part) et cette spécificité lui confère inaltérabilité et universalité : il nous enseigne donc à l’instar des mythes, de la gnose ou de toute forme de Connaissance Traditionnelle: « ce qui est de nos jours oublié ».

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De ce passé immémoriel, le lecteur-auditeur en acquiert peut-être l’intuition, le pressentiment ou l’intime conviction (selon son degrés d’ouverture aux « choses de l’esprit » pourrait-on dire en terme actuel, ou bien « au monde suprahumain » en terme plus initiatique) que le conte lui apprend quelque chose sur lui-même.
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L’homme a une soif de connaissance et d’interprétation insatiable. Ainsi, au gré des modes et des cultures coexistent-ils différents niveaux d’interprétations des contes, passant du plus utilitariste (moral & sociologique) à l’émotionnel (littéraire), au purement humain (trop humain : l’analyse psychanalytique) ou encore au plus global (l’analyse métaphysique).
C’est à cette dernière analyse que vont se livrer Jean Borella, Bruno Bérard, Catherine Conrad et Bruno Guillemin dans cet exposé, à l’occasion de la sortie du livre "Métaphysique des contes de fées" (Ed Harmattan, 2011).
Souhaitez-vous comprendre les articulations et la hiérarchie entre ces différents niveaux d’interprétation ?
Comment admettre que le conte « la jeune fille sans main » représente une dénonciation implicite de « l’hérésie cathare » et sa recherche extrême de pureté ?
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Les contes nous aident-ils à dénouer les liens qui unissent Métaphysique et Spiritualité ? Simone Weil, Bernanos, Descartes, Platon, Aristote et tant d’autres ont en effet participé à délier ce fil d’Ariane… qui s’appellerait peut-être cosmogonie ?
Réponses de nos quatre intervenants dans cette table ronde tournée chez Jean Borella à Nancy.  Nos remerciements vont aussi à Gabrielle Borella pour son accueil chaleureux.

Extrait de la vidéo

Bonjour, nous sommes aujourd'hui réunis pour évoquer un livre, Métaphysique des contes de fées, publié très récemment chez l'Armatan. Nous sommes en présence de M. Bruno Berard, qui a donc contribué à ce livre, ainsi que de M. Jean Borrella, professeur agrégé de l'Université de Nancy, docteur S.

Lettre, de Mme Catherine Conrad, professeure de philosophie, et voilà, donc moi-même, Bruno Guillemin, professeur de philosophie. Alors, nous pouvons poser une question à M. Berard, une question toute simple, que vous posez d'ailleurs vous-même, après avoir fait un petit peu un historique du conte de fées. Finalement, qu'est-ce que c'est qu'un conte de fées ?

Oui, c'est la question la plus difficile par laquelle vous commencez. Les contes de fées remontent du fond des âges. On les trouve dans toutes les époques, dans toutes les régions du monde, donc pour répondre à la question de ce qu'ils sont, il y a un premier volet qui est d'où ils viennent, et puis après, un deuxième volet qui est à quoi peuvent-ils servir, on peut dire. Donc, d'où ils viennent, on ne sait pas.

Les indices qu'on peut avoir, c'est qu'ils donnent des enseignements qui sont extrêmement larges, extrêmement vastes, à la fois dans l'horizontalité ou dans la verticalité. Donc, ça laisse penser, et c'est illustré par toutes les interprétations dans tous les genres qui ont pu avoir lieu, donc ça laisse penser qu'on peut aller, avec les contes de fées, bien que ne sachant pas d'où ils viennent, ça laisse penser qu'ils peuvent nous emmener très très loin.

Et ça répond du même coup à la deuxième question, c'est à quoi ils peuvent servir, c'est de nous emmener très loin aussi. Alors, finalement, au fond de tout conte de fées, il y a une vérité, mais il y a ce que vous appelez une vérité indirecte. En quel sens ? On pourrait parler d'une vérité indirecte, ou symbolique finalement.

Symbolique certainement, et c'est ça qui va donner la verticalité d'une interprétation possible métaphysique du conte de fées. Je n'aurais pas tant dit indirect peut-être que parler de l'intention du conte. Souvent, qu'est-ce que ce conte cherche à nous enseigner ? C'est quelque chose qui est souvent oublié, et c'est dommage.

Et alors c'est un piège fréquent dans lequel on tombe tous quand on analyse quelque chose, on va l'analyser sous différents aspects, on va le décrire, mais on risque toujours d'oublier ce que la chose qu'on étudie doit nous enseigner. Et de grands auteurs sont parfois tombés dans cette erreur. Alors on risque d'oublier l'intention profonde de ce conte, et donc je voudrais vous poser la question de savoir pourquoi finalement l'interprétation métaphysique du conte vous paraît la forme la plus accomplie de toutes les formes d'interprétation qu'on peut rencontrer, vous en nommez quelques-unes, psychanalytiques, ésotériques, initiatiques.

Alors je ne dirais pas forcément la plus accomplie, mais dans la mesure où la métaphysique est la science qui englobe ou qui prend comme objet tout ce qui existe, donc y compris les autres sciences, c'est la science la plus large, mais pas nécessairement la plus aboutie. Les travaux de Bettelheim sur les usages des contes de fées, parce qu'il faut savoir que la traduction française a été la psychanalyse des contes de fées, mais le titre original anglais dit « Quel est l'usage qu'on peut faire des contes de fées ?

» Ça fait un tabac parce qu'on a dit psychanalyse des contes de fées, c'est plus accrocheur cette petite problématique marketing. Et donc la métaphysique, de ce point de vue-là, va permettre certainement cette fois-ci d'aller le plus loin qu'il soit donné à l'homme d'aller dans l'interprétation, et donc peut-être de ce point de vue-là on peut parler d'aboutissement, si la fin de l'homme c'est d'aller au-delà des interprétations, au-delà des concepts, et d'entrer dans les symboles et de vivre les symboles.

Il y a un paradoxe puisque les contes de fées en principe ça s'adresse aux enfants, donc l'interprétation psychanalytique on pourrait comprendre qu'elle aille de soi, mais au fond l'idée qu'il y a un sens métaphysique qui porterait l'enfant, mais qu'il ne percevrait pas, il y a quand même là quelque chose de tout à fait étonnant. Alors pas complètement, dans la mesure où les contes de fées n'ont pas été pour les enfants de tout temps, c'est un phénomène même assez récent, ça ne veut pas dire que les enfants étaient exclus, mais le fait que la destination se limite aux enfants est un phénomène assez récent, qui est lié au recueil de contes qui ont commencé à apparaître au XVIIe, XVIIIe siècle, alors on appelle recueil, il y avait des éditions de contes avant, mais le fait qu'il y ait un recueil, qu'il y en ait au moins deux, ça a été en tout cas en France quelque chose d'assez récent, et puis après le XIXe siècle a vu l'expansion phénoménale à la fois de la littérature, au début par la littérature de colportage, et après les lois Guizot sur l'enseignement, les enfants se sont mis à aller à l'école, donc ça a été, il y a eu cette conjonction des enfants et de l'accession des livres pour tous qui a eu lieu au XIXe siècle, d'où les contes de fées pour enfants qui datent, on peut dire, du XIXe siècle dans cette spécialisation.

Je voudrais d'ailleurs souligner que dans ce livre, Métaphysique des contes de fées, Bruno Bérard a présenté dans les deux premières parties du livre un historique des contes de fées et aussi de leur interprétation qui est quelque chose de considérable, de remarquable, de très clair, et d'une certaine manière que je n'ai pas lu ailleurs. C'est vraiment un travail d'information encyclopédique qui est absolument nécessaire et qui ne déflore pas le mystère des contes de fées, bien sûr.

Ce qu'il faut absolument ajouter à cela, c'est que j'ai utilisé les travaux d'un très grand nombre de chercheurs et d'universitaires sur les contes de fées, qui les ont abordés par différentes approches ou qui ont étudié différents auteurs ou différentes périodes historiques et donc je n'ai fait qu'une modeste synthèse de leurs travaux de recherche qui restent les leurs. Mais cette synthèse a son intérêt.

Oui, parce qu'il est vrai que de ce point de vue, c'est un domaine immense, vraiment immense. Ah oui, même si tous les contes de fées ne correspondent pas à de véritables traditions, beaucoup sont, à partir surtout du XVIIIe siècle, beaucoup sont des œuvres littéraires. J'avais à l'université une collègue, Mme Robert, qui a fait sa thèse sur les contes de Mme Donoy, et c'est considérable, la quantité de volumes qu'elle a étudiés.

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