1 1 1 1 1 1 1 1 1 1

La personnalité protéiforme de Jodorowsky, Jodo comme disent certains, n'a pas fini de surprendre et de susciter autant l'intérêt, voir la fascination, que l'irritation. Il faut dire que sa réussite dans les multiples domaines qu'il a investi, de la thérapie au théâtre, est étonnante.

Fondateur avec Arrabal et Topor du concept de "théâtre panique", Jodorowsky a marqué sa génération, mais ce sera plus par ce qu'il est que par ce qu'il a fait et il y aurait danger à figer ses actions-performances en protocoles.
Ce livre d'entretiens avec Gilles Farcet est une opportunité, en raison du foisonnement qu'il propose, d'aller au-delà de la surface des actes pour dégager cette authenticité brute mais non brutale, originelle, qui habite les éveilleurs qui invariablement s'avèrent être aussi des empêcheurs de tourner en rond, le Centre étant leur unique demeure.
Comme tous ceux qui ont un jour basculé dans le Grand Réel, par accident, ou par vouloir, Jodorowsky n'a de cesse de révéler les crevasses de ce monde qui sont autant de portes vers l'Etre.
Au fil de ses expériences personnelles, des anecdotes, des regards, des interrogations et des réponses, Jodorowsky propose un dialogue avec l'inconscient, un voyage psychomagique et révélateur de soi :
"Le seul fait de me souvenir d'un rêve, c'est déjà l'organiser. Je ne revois pas le rêve tel que mais ce que j'en ai sélectionné. De même, revoyant les dernières vingt-quatre heures, je n'ai pas accès à la multiplicité du jour mais à ce que j'en ai retenu. Cette sélection constitue déjà une interprétation sur laquelle, en plus, je plaque mes jugements, mes appréciations. Pour devenir plus conscient, nous pouvons commencer à distinguer notre perception subjective de la journée de sa réalité objective. Lorqu'on ne les confond plus, on est capable d'assister en spectateur au déroulement du jour écoulé, sans se laisser emporter par les jugements et les appréciations. A partir de cette position de témoin, il devient possible d'interpréter sa vie comme on interpréterait un rêve."
Alexandro Jodorowsky réaffirme la fonction créatrice, thérapeutique ou initiatique de l'imaginaire, à la fois lieu de la rencontre et alphabet de la rencontre.