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En 1936, Georges Bataille, en compagnie de Pierre Klossowski et André Masson lance la revue ACEPHALE, et appelle à une conjuration sacrée.
Acéphale est à la fois mouvement, queste, "société secrète", c.a.d. qui se ferme au monde extérieur
et public pour s'ouvrir à l'expérience intérieure. Acéphale n'est pas très éloigné du Grand Jeu, on retrouve le thème de l'identité des contraires, mais Bataille va plus loin, il a l'intuition géniale de "l'homme sans tête", qui fait de sa religion de la mort, un saut immédiat dans le vide.
"Ce que nous avons entrepris ne doit être confondu avec rien d'autre, ne peut pas être limité à l'expression d'une pensée et encore moins à ce qui est justement considéré comme art.
Il est nécessaire de produire et de manger : beaucoup de choses sont nécessaires qui ne sont encore rien et il en est également ainsi de l'agitation politique.
Qui songe avant d'avoir lutté jusqu'au bout à laisser la place à des hommes qu'il est impossible de regarder sans éprouver le besoin de les détruire ? Mais si rien ne pouvait être trouvé au-delà de l'activité politique, l'avidité humaine ne rencontrerait que le vide.
NOUS SOMMES FAROUCHEMENT RELIGIEUX et, dans la mesure où notre existence est la condamnation de tout ce qui est reconnu aujourd'hui, une exigence intérieure veut que nous soyons également impérieux.
Ce que nous entreprenons est une guerre."
Le ton est donné. Guerre sainte contre les dogmes. Vouloir absolu d'une absolue volonté. Georges Bataille invite, incite à ne pas se laisser embarquer par le visible.
L'acéphalité est un mythe que seule l'expérience peut permettre d'approcher. Dans la forêt de Saint-Nom-la-Bretèche, les initiés se réunissent pour... une plongée dans "l'extase du non-savoir inséparable du non-savoir de l'extase". A ce jour nous ignorons tout du déroulement de ces rencontres si ce ne sont les fantasmes et rumeurs qu'elles ont suscités.
Bataille encore : "Il est temps d'abandonner le monde des civilisés et sa lumière. Il est trop tard pour tenir à être raisonnable et instruit - ce qui a mené à une vie sans attrait. Secrètement ou non, il est nécessaire de devenir tout autres ou de cesser d'être.
Le monde auquel nous avons appartenu ne propose rien à aimer en dehors de chaque insuffisance individuelle : son existence se borne à sa commodité. Un monde qui ne peut pas être aimé à en mourir - de la même façon qu'un homme aime une femme - représente seulement l'intérêt et l'obligation du travail. S'il est comparé avec les mondes disparus, il est hideux et apparaît comme le plus manqué de tous.
Dans les mondes disparus, il a été possible de se perdre dans l'extase, ce qui est impossible dans le monde de la vulgarité instruite."
Propos étrangement actuels n'est-ce-pas ?
Les cinq numéros de la revue Acéphale sont réédités en un volume aux Éditions Jean-Michel Place, 12 rue Pierre et Marie Curie, 75005 Paris.

Si George Bataille fait le trajet avant-garde - voie d'éveil, Malcom de Chazal aura fait, lui, magnifiquement, le trajet inverse, avant de multiplier les allers-retours jusqu'à s'arrêter au centre des centres, dans la suprême immobilité.

texte: Le Crocodile, http://lettreducrocodile.over-blog.net/