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Geneviève Dubois continue de mettre à notre disposition les travaux de Henri Coton-Alvart et de son disciple La Croix-Haute. C'est un privilège pour le lecteur et l'étudiant de l'alchimie que d'accéder à un enseignement de première valeur dans un domaine o les écrits inutiles sont légions.

Henri Coton-Alvart et Henri La Croix-Haute procèdent à une double clarification: clarification des concepts, du vocabulaire spécifique à l'alchimie, et clarification des principes, une clarification externe pour une clarification interne et inversement. Ils jalonnent le chemin de deux lumières, trois principes (mercure, soufre et sel, quatre éléments, et quelques distinctions essentielles, matière et énergie, cellule et ferment, astres et zodiaque. Plus encore, ils tissent le lien indispensable entre hermétisme et métaphysique en dévoilant celui entre ergon et parergon.
L'ouvrage rassemble donc les commentaires de Henri La Croix-Haute sur Les Deux Lumières qui furent éditer en 1996 chez Dervy et sur lequel nous avions attirer votre attention quelques textes hermétiques et ses Contes philosophiques qui renouent avec la grande tradition du Conte. Henri La Croix-Haute nous rappelle le fondement des Deux Lumières :
"Henri Coton avait constaté que la science qui cherche à conna”tre, n'a enregistré aucune avancée sur l'origine de la vie et des choses, que le nombre de théories reconnues fausses par la suite est déconcertant, que l'argument du progrès matériel n'a aucune valeur en ce qui touche à la Connaissance. "En résumé, quand la science scrute la lumière, son mystère appara”t sous deux formes, mouvement ou substance." En fait il faut se rendre à l'évidence qu'il existe pour l'homme deux sortes de lumière : la Lumière créée par Dieu ou lumière d'origine et la lumière sortant d'une matière ou lumière libérée.
La Lumière ou le Feu, attribut de Dieu, -Ahura-Mazda selon l'Avesta-, est la première émanation de l'Esprit divin. Tout esprit offre toujours des potentialités diverses, voire opposées : création ou destruction, activité ou réaction, droiture ou déviation, énergie ou inertie. Notre monde n'existe que par la lutte permanente entre l'énergie sous ses formes multiples et l'inertie qui l'annihile ou la fait dévier. Ce ferment d'opposition a été appelé Ahriman, puis Satan et Lucifer; il refuse de laisser pénétrer la Lumière divine en certains lieux fortifiés par l'esprit de négation : c'est "la matière qui est de la non-Lumière; la matière est faite de ténèbres entourées de Lumière". Au début de son évangile, Jean déclare : "La Lumière a lui dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont point reçue." La matière est à la fois vide (de Lumière)... et inertie (opposition à l'énergie). La Lumière emplit l'espace excepté en quelques lieux, elle est l'énergie, la substance tandis que la matière est le koïlon, le déchet, le vide, le néant."

Henri Coton s'est efforcé de toujours ramener l'alchimie à son essence, ainsi dans sa définition du Grand-Oeuvre : "La pierre philosophale n'est pas une création ni une fabrication de l'alchimiste. Il lui est accordé de la prendre o elle est, la rassembler, la séparer de sa gangue, la purifier, l'administrer à ce qui en bénéficiera ou la renvoyer dans sa pureté de Lumière au monde céleste d'o elle est venue [...] La conception alchimique pour être valable, doit être en continuel chevauchement sur une vision mystique du monde et sur l'observation naturelle."
C'est cette posture particulière qui implique une bicéphalité, une tête d'homme totalement naturel, une tête de dieu, qui est la marque du héros. La bicéphalité ne s'acquiert d'ailleurs qu'après la prise de conscience de son acéphalité. L'homme du torrent est un acéphale persuadé d'avoir une tête, ce qui le rend inapte à la quête.
Il y a un grand intérêt à étudier ce livre qui devrait rejoindre les quelques livres à l'étude des loges maçonniques réellement hermétistes.