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L'approche est originale. Il existe peu de travaux dignes d'intérêt sur le labyrinthe. Myriam Philibert fait appel tant à l'archéologie qu'à la symbolique alchimique pour dévoiler les multiples aspects d'un labyrinthe présent dès la fin du Néolithique.
Tantôt jeu, tantôt arcane, le labyrinthe exprime les différentes possibilités qui s'offrent à l'être humain. Myriam Philibert décèle uns structure à trois niveaux : la proie - le bâtisseur - l'initiateur.
"Au degré le plus bas se situe la victime (le mercure simple), que ce soit le Minotaure promis à un destin cruel, que ce soit Thésée, dont le sort n'est plus enviable, que ce soit Pasiphaé, vouée à une mort lente dans le sépulcre édifié sur l'ordre de son royal époux. Comme les rets d'un filet, l'étau se resserre sur les protagonistes du drame, conçu par Minos et mis en oeuvre par Dédale. Malheureuses victimes, ils n'ont, sauf Thésée qui connaissait les risques de son engagement, pas désiré leur mort. [...] Mais leur salut se situait dans la sortie, pour ne pas dire dans la fuite. [...]
Le bâtisseur serait-il l'âme du labyrinthe ? Il correspond au mercure animé des sages. Quant au labyrinthe, est-il un jeu profane ?
Si la proie erre dans des sentiers retors, le bâtisseur érige des murs qui cloisonnent les victimes. Cette dualité entre dans le jeu cosmique. Doit-on considérer le labyrinthe comme un jeu entièrement profane ou comme un élément d'architecture sacrée ? Avec cette question, une alternative se présente au réalisateur. Il peut aller sur la plage du Prado à Marseille, ou dans un champ de maïs en Touraine et matérialiser, selon un processus aléatoire, une forme préconçue. La probabilité que son implantation corresponde aux normes sacrées est alors infinitésimale. En revanche, s'il s'inscrit en référence au "temple" ou au "sacrifice", tout va se révéler subtilement différent.[...]
L'initiateur. Tel un démiurge, le concepteur a tout pouvoir sur son oeuvre, sur le bâtisseur qui la réalise, sur l'utilisateur qui la parcourt. Il est le ma”tre du monde, pour le temps d'une cérémonie, pour un jour, pour l'éternité. Il sait donner vie à une forme, une structure et il en définit le nord, jusqu'à la fin des temps. [...]
Jeu des dieux. Nous nous interrogions, plus haut, sur le moment o un édifice, construit selon les règles de l'art, devenait sacré. La projection du plan, conçu dans la pensée du concepteur, au sol crée l'acte. Mais celui qui copie le plan, sans posséder l'étincelle de génie "qui fait l'or", n'arrivera jamais à rien de conséquent. Il produira une imitation, animée d'un potentiel restreint. Cette limitation est proportionnelle au degré d'évolution personnelle. Ce ne sont pas les savants dosages de minerais dans l'athanor qui produisent l'or, mais l'alchimiste."

Cette perception très juste pose aussi les limites des organisations dites initiatiques en même temps que leurs fonctions réelles. Ne détenant rien, les organisations initiatiques ne transmettent pas, mais aident à la préparation.
Myriam Philibert démontre que le labyrinthe est celui qui le contemple, et que pénétrer le labyrinthe, c'est pénétrer au centre de soi-même quitte à se perdre, perdre le Soi de peur ou perdre la personne pour se trouver Soi-même.