La photographie - art de l'invisible - objets en suspens…

Petits théâtres d'objets ou théâtres de petits objets, ces petites choses abandonnées, trouvées, retrouvent un sol autre, un site, elles se déploient alors ou irradient bien au-delà d'elles-mêmes. « Pour qu'une brindille ressemble à un arbre il faut qu'elle soit bien disposée, installée au bon endroit sous une bonne lumière » nous dit Jean-Louis Vincendeau.

Pour visionner ce film ajoutez le au panier ou
abonnez-vous pour un accès à tout le catalogue !
26:51
À partir de 12 € / mois
VOD / 15€

Au détour d'une association d'idées, selon les affrontements de hasard et du hasard, un petit éclat d’abîme arraché au néant se découvre à la première personne du singulier et embarque le récit vers de nouvelles aventures. 

Julie Anselminin et Jean-Louis VincendeauJean-Louis Vincendeau

De petites scénographies nées de rencontres d'objets et d'images, curiosités naturelles et ressorts cachés, plus ou moins domestiqués, de la nature dans ses affleurements hermétiques. 

Un objectif est cependant poursuivi, à savoir faire se déplacer un objet dans le lieu décor préparé spécialement pour l'animer et l'enchanter. Sur un site donné il existe parfois un endroit que l'on ne voit pas et pourtant apparaît pour certain un lieu secret, invisible. Lieu qui à son tour interagit et interfère. Il s'agit à chaque fois d'organiser « l'ichnographie » (représentation d'un édifice par projection horizontale et géométrale sur un plan, ndlr), l'architecture des justes places, s'il est bien placé l'objet vient combler la distance entre le site et le sol.

La brindille ramassée au sol se régénère en arbre debout, campée sur « son » nouveau sol par la magie de « l'anaktisis » (de « ana », en remontant et « ktisis », création). Des objets abandonnés, invisibles pour tout un chacun, sont recueillis, rassurés, éclairés, adoptés dans un nouveau monde, ce monde où ils redeviennent visibles et retrouvent leur dignité.

Ce seul objet devenu « digne de présence » peut faire advenir un lieu, l'objet placé constitue alors un point d'articulation entre le site et le sol. Interaction, hybridation et discrètes affordances, l'espace que l'on désire explorer et d'où peut surgir l'inattendu doit se mériter. Fenêtres ouvertes sur « l'impensé », de nouveaux objets viennent se glisser encore et encore dans un territoire qui s'invente au fur et à mesure, voilà l'idée traversière de cette aventure.

Texte : Jean-Louis Vincendeau

--------------------------------------

Exposé issu du colloque : Raconter et montrer l'Invisible à la croisée de la littérature, des arts de la scène et du cinéma (1850-1930), août 2024. Direction scientifique : Julie Anselmini, Yann Calvet et José Moure. Réalisé avec le soutien de :

• UFR "Humanités et Sciences Sociales" (HSS)  | Université de Caen Normandie 
• Laboratoire "Lettres, Arts du Spectacle, Langues Romanes" (LASLAR - UR 4256)  | Université de Caen Normandie 
• Institut "Arts Créations Théories Esthétique" (ACTE - UR 7539) | Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne 
• Caen la mer Normandie

Extrait de la vidéo

Alors, je suis très heureuse de vous présenter et de vous représenter. Je vais essayer de vous présenter de façon plus officielle que ça m'a été fait jusqu'à présent. Jean-Louis Vincendo, qui est une longue, riche et heureuse carrière dans l'enseignement supérieur en tant qu'enseignant en histoire de l'art et notamment en histoire de l'art des jardins. Dans différents établissements, dont l'Ecole Normale Supérieure de Paris.

Tu as toujours été artiste, ce à quoi tu te consacres désormais plus pleinement. Jean-Louis Vincendo a réalisé l'occasion déjà de montrer et de présenter son travail lors de différentes expositions, par exemple à la Galerie Polaris de Paris. Il a synthétisé aussi sa pensée dans différents ouvrages, par exemple un petit traité du Jardin de Ville en 1993, un ouvrage intitulé Parchemins, paru en 2004, ou encore un livre intitulé Louis-Henri Pénol, La salle des équines, paru en 2007.

J'ai rencontré Jean-Louis Vincendo il y a quelques années, nous sommes devenus amis. Son travail m'a beaucoup inspirée, je trouvais ce qu'il faisait extrêmement beau et stimulant. Lorsque le projet du colloque sur l'invisible a émergé, je m'en ai parlé, j'en ai parlé assez rapidement. Tu dis que ce thème, cette notion de l'orestricité a finalement aussi fécondé à certains égards ton travail, du moins celui que tu as réalisé ces dernières années.

Oui, on va y arriver. Alors toujours est-il qu'il s'agisse d'oeuvres qui ont été réalisées avant que l'aventure de l'invisible ne prenne forme, ou qu'il s'agisse d'oeuvres qui ont été réalisées après que cette idée a émergé, vous en avez là un certain nombre autour de vous, qui sont accrochées depuis le début du colloque, mais que nous n'avons pas forcément encore regardé de près. Jean-Louis Vincenzo se propose de présenter son travail, la démarche qui est la sienne, de façon à ce que nous regardions avec plus de lucidité et en toute conscience les oeuvres que nous avons sous les yeux, et d'autres aussi qui sont sur ce maudit powerpoint.

J'espère bien qu'il va marcher. Alors, bonjour et merci. Je vais parler des objets que vous voyez sur les murs et aussi d'autres qui vont défiler. J'ai un sous-titre, Secrets objets, comme on dit jardin secret.

Où mes objets, comme nous avons parlé, Gaston Bachelard, des réessonges. Petit théâtre d'objets ou théâtre de petits objets, chaque jour commence un voyage vers l'inconnu. Et ces petits objets abandonnés, trouvés, retrouvent un sol autre, un site. Ils se déploient alors ou irradient bien au-delà d'eux-mêmes.

Pour qu'une brindille ressemble à un arbre, il faut qu'elle soit installée au bon endroit, sous les bonnes lumières. Lorsque nous regardons un objet, d'habitude, nous ne le voyons pas. Parce que ce que nous voyons, ce sont des conventions interposées entre l'objet et nous. Ce que nous voyons, ce sont des signes conventionnels qui nous permettent de reconnaître l'objet et de le distinguer pratiquement d'un autre, pour la commodité de la vie.

Au détour d'une association d'idées, selon les affrontements de hasard et du hasard, un petit éclat d'abîme, arraché au néant, se découvre la première personne du singulier et embarque le récit vers de nouvelles aventures. Entre ténèbres et lumières, se fraye un passage qui ne saute pas aux yeux, longez cette mince cloison qui tente à tout prix de rester invisible. De petites scénographies, nées de rencontres d'objets et d'images, curiosités naturelles et ressorts cachés de la nature, plus ou moins domestiquées, dans ces affleurements hermétiques.

On parlait beaucoup de l'aspect hermétique. Un objectif est cependant poursuivi, à savoir faire déplacer un objet dans un lieu, décor préparé pour l'animer et l'enchanter. Sur un site donné, il existe parfois un endroit que l'on ne voit pas, que l'on devine à peine et pourtant apparaît, pour certains, un lieu secret, un cagibi mental, lieu qui à son tour interagit et interfère. Chaque objet posé dans ce lieu devient un acteur statique, l'ensemble des acteurs statiques forment un tableau de scène.

Enrôlé sous ces objets qui me font signe, autorisé, encouragé même, par un monde qui dit oui, vas-y, à la hauteur du splendide oui, gracieusement lancé par Walt Whitman. Il s'agit à chaque fois d'organiser l'architecture des justes places. S'il est bien placé, l'objet vient combler la distance entre le site et le sol. La brindille, toujours la même, ramassée par terre, se régénère en arbre debout, campé sur son sol comme par magie.

Des objets abandonnés, invisibles pour tout un chacun, sont recueillis, rassurés, éclairés, adoptés dans un nouveau monde, ce monde où ils redeviennent... Bon, je ne m'occupe pas des images. Ils redeviennent visibles et retrouvent leur dignité. Ce seul objet devenu digne de présence peut faire advenir un lieu.

L'objet placé constitue alors un point d'articulation entre le site et le sol. Il y a des endroits où on voit le sol et d'autres c'est plus visible. Interaction, hybridation et discrète affordance, l'espace que l'on désire explorer, d'où peut surgir l'inattendu, fenêtre ouverte sur l'impensé. De nouveaux objets viennent se glisser dans un territoire qui invente au fur et à mesure.

Voilà l'idée traversière de cette aventure. Parfois advient un tournis de vérité à l'extrême du possible lorsque, avec les objets, le temps tourne sur lui-même. Visible et mobile, mon corps est au nombre des choses, il est l'une d'elles, il est placé dans le tissu du monde et sa cohésion est celle d'une chose. Maurice Merleau-Ponty, L'Oeil et l'Esprit, qui m'a été indiqué par Julie Anselmi.

Il s'agit d'accepter, de devenir pour un moment objet parmi les objets, la substance d'objet, un objet par ses caractéristiques nous aide à trouver le bon angle, la bonne place, ou le déposer, comme par une intuition génératrice, un instinct de savoir, une continuité dans l'édifice, une singularité qui ne se laisse pas emporter par des motifs explicatifs ou implicatifs mais de juste connexion finalisante.

Le lieu se constitue dans les définitions des choses qui peuvent être définies, car le lieu n'est rien autre que l'ambiance par laquelle chaque chose se conclut ou s'inclut à l'intérieur de ses propres limites, d'après Scott Ehrigen. La théorie des correspondances analogiques qui s'expriment dans l'imaginaire assure que tout élément du monde visible a pour modèle un élément du monde invisible dont il est le reflet et la copie.

On en a parlé pas mal de fois. Placement de l'objet dans l'espace, pour quelles données, quels perçus ? Tension, intensité, résolution, selon la résonance interne, le mode d'apparaître de l'objet ou de l'être dans l'espace, quelque chose teinte depuis le passé et vient jusqu'à nous. Un titre de l'ethnique, théâtre de la nature et de l'art, pourrait convenir à la base de cette démarche après quelques réglages.

Abonnez-vous à la newsletter de BAGLIS TV

Haut