On ne pactise pas avec la mort de Jacqueline Kelen

Dans un texte radical, Jacqueline Kelen s’oppose avec force au projet de loi sur le droit à l’aide à mourir. Au moment où ce livre est publié, nous ignorons encore ce que sera le texte, mais une loi «  à la française », pour reprendre l’expression d’un politique impliqué dans le projet, annonce souvent une loi confuse et limitée. Jacqueline Kelen n’attend pas d’avoir le texte définitif pour poser cette question : « Vers l’euthanasie pour tous ? ».
Nous savons, notamment avec l’expérience belge mise en place il y a plus de vingt ans, qu’il n’en est rien, moins de 3% des demandes déposées allant au bout d’un processus très contrôlé. Mais, ce qu’interroge Jacqueline Kelen à travers cette question très actuelle, c’est d’abord notre rapport à la mort et nos nombreuses défaillances dans la prise en compte du vieillissement, de la maladie et de la mort elle-même.
« Une société positiviste et pragmatique qui refuse toute transcendance, qui évacue le monde invisible et dénie le désir d’éternité logeant dans le cœur de chacun, aborde la mort comme un simple phénomène biologique signant le terme définitif d’une existence. »
Face à cette vision réductrice, Jacqueline Kelen veut « démaquer l’hypocrisie, le mensonge et le cynisme de cette loi » et en appelle à plus de transcendance. Elle puise dans la littérature et dans les mythes une « matière » qui redonne sens à la vie et réveille l’esprit de queste d’immortalité, à hauteur d’être.
« Chercher l’impossible, acquérir la gloire post-mortem, accéder à l’immortalité, par cet idéal un homme se dépasse et s’accomplit. Mais il lui est tout autant loisible de se conduire, tout au long de son existence, en homme vertueux, de vivre dignement. »
Elle oppose au droit à mourir dans la dignité un devoir de dignité et d’éthique de vie.
Elle développe un argumentaire serré, interrogeant les mots, mettant en garde contre une approche économique des corps non rentables. Elle avertit sur « le lien indissociable entre le refus de la peine de mort et le refus de l’euthanasie ». Elle invite à penser en éclairant les contradictions aussi bien personnelles que sociétales que ce sujet révèle. Une société incapable de « soutenir le personnes vulnérables et leur offrir une vie décente » est-elle finalement légitime pour offrir un droit à l’aide active à mourir ?
Jacqueline Kelen remonte l’histoire pour retrouver les premiers questionnements sur l’euthanasie et rappelle les positions hostiles au suicide des religions du Livre. S’étonnant du nombre de chrétiens favorables à la loi, elle prend le contre-pied : « celui qui est fidèle à Dieu, celui qui adhère à l’une des trois religions du Livre se trouve dans l’impossibilité absolue de souscrire au projet de loi sur l’euthanasie et le suicide assisté ».
 En certaines périodes de la Grèce ancienne, des philosophes importants établirent d’autres rapports au suicide selon les contextes. Les traditions orientales 
sont en général plus sereines et nuancées, elles laissent souvent à chacun la liberté de mettre fin à ses jours, en établissant des différences selon l’intention et le degré d’éveil. En raison de l’actualité franco-française du sujet, Jacqueline Kelen restreint son propos à la culture occidentale et notamment chrétienne.
Il appartient à chacun, le plus consciemment possible, de penser cette question fondamentale, sans nécessairement conclure. C’est d’abord un processus d’approfondissement. Le message le plus important du livre de Jacqueline Kelen est sans aucun doute le message d’amour :
« Aimer un être, c’est l’aimer jusqu’au dernier souffle, même s’il est malade, affaibli, abîmé, peu conscient.
Aimer un être, c’est le défendre contre toutes les forces de désespoir et de destruction.
Aimer un être, ce peut être aussi vouloir offrir sa propre vie afin de sauver la sienne. »

Source : La Lettre du Crocodile

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