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Bertrand Vergely a enseigné la philosophie en classes préparatoires aux grandes écoles, à l’Institut d’études politiques de Paris mais aussi à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, c’est dire l’ouverture qui est la sienne, ouverture qui anime ce livre.

« Il faut parler de l’âme. On ne sait plus qu’elle existe ni ce qu’elle est. C’est bien plus grave qu’on ne le pense. »

Par ces quelques mots, puissants, Bertrand Vergely introduit son propos, justifie son ouvrage et nous avertit.

« Principe vivant, intelligent, ultrahumain, rappelle-t-il, l’âme joue un rôle crucial. Pour aller dans la vie absolue qu’est la vie de l’esprit, elle est la clé royale. On vit avec l’âme ? On comprend ce que vivre veut dire. Il devient possible d’accéder à la Vie avec un grand V. On vit sans âme parce que l’on a perdu son âme ou qu’elle a été perdue ? Accéder à la Vie devient impossible. D’où l’importance de ne pas perdre son âme et, pour cela, de comprendre ce qu’elle est ainsi que sa fonction. »

Lui qui, non plus comme enseignant de philosophie, mais bien en philosophe, se rend dans les établissements scolaires pour faire penser n’hésite pas à prononcer ce mot, « âme », presque tabou en milieu scolaire français. Or, dit-il, c’est « la clé des émotions », « ces émotions qui tuent », « ces émotions qui sauvent ».

L’âme, présence plutôt que faculté, est intimement associée à l’émotion qu’elle engendre. Pour nous faire saisir cette présence, Bertrand Vergely clarifie des concepts nés de l’expérience : le sensible, les sens, la sensibilité, l’intime, le cœur, avant d’éclairer le processus de l’âme à la pensée à travers les rapports de l’âme avec le corps, le monde, la mort…

Il explore comment « perdre son âme », (le diable, l’envoûtement, la séduction, l’intimidation, le mimétisme), comment la retrouver (l’ange, le désenvoûtement, guérir, transformer, libérer) pour vivre avec son âme, c’est-à-dire, « être » (fort, grand, fin, profond, ardent). Nous remarquerons le passage pour retrouver son âme de la nominalisation (l’ange, le désenvoûtement) à la dynamique des verbes (guérir, transformer, libérer). Il faut pour se guérir, se réconcilier, avec soi-même et le monde, réconcilier les opposés, chercher les équilibres entre les contraires, pour se transformer et se libérer.

« Il y a plusieurs manières de vivre, suggère Bertrand Vergely. On peut vivre avec raison. On peut vivre avec âme. On vit avec raison quand on s’efforce de contrôler l’existence à l’aide de son intelligence calculatrice et ordonnatrice. L’âme étant la présence personnelle et sensible permettant d’aller du corps à l’Esprit ou réalité absolue, on vit avec âme quand on vit cette présence de façon absolue. Cela donne un certain style de vie qui se caractérise par la force d’âme, la grandeur d’âme, la finesse, la profondeur et l’ardeur. »

C’est un très beau livre, profond et rigoureux, rationnel et poétique, « beau » car il éveille l’âme à la beauté de la vie là où elle est la plus contrainte. Au sein même de nos existences, normées, programmées, contrôlées, il ouvre une fenêtre sur l’infini, la merveille, l’amour.

Source: La lettre du crocodile 

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