L’odinisme est-il un shintoïsme occidental ?

Dieu aux multiples facettes, Odin (en vieux nordique Odhinn, Woden en anglo-saxon ou Wotan en germanique ancien) est une figure énigmatique. Roi des dieux, dieu de la guerre, dieu chamane, dieu des runes, Odin est également considéré comme le dieu de la sagesse, de la poésie et de la magie. La racine Woth veut dire « fureur sacrée » et exprime l'idée d'extase, de dépassement de soi.

Pour Arnaud d'Apremont, l'odinisme est le symbole de la persistance d'une tradition, la tradition nordique qui aujourd'hui renait de ses cendres à l’instar du shintoïsme qui a lui aussi perduré à travers les multiples bouleversements de l’histoire.

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Littéralement la "voie des dieux"

Le shintoïsme est comme la voie nordique une philosophie de vie qui se traduit par le respect de la nature dans sa force, sa beauté, sa magie, par la vénération des ancêtres et aussi par l'oubli du moi au profit de la communauté.

Ces religions de la terre considèrent que tous les êtres vivants, y compris les ancêtres-esprits, les plantes, les animaux et les minéraux, font partie d'une grande famille cosmique.

Tous incarnent une manifestation de l’esprit universel. Cette même prise de conscience, qui expliquerait en partie l'engouement actuel pour l'écologie, a provoqué un regain d'intérêt pour les cultes de la nature : depuis 1973, l'Asatru est considéré par le gouvernement islandais comme une religion officielle et en 2011 le royaume uni va officiellement reconnaitre le druidisme comme religion. Le shintô, lui-aussi, s'est très bien adapté aux changements de mœurs des japonais.

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Pour Arnaud d'Apremont il ne s'agit pas seulement d'établir une analogie entre ces deux traditions mais également d’illustrer leur atemporalité… « la Tradition n’appartient ni aux hommes d’hier ni d’aujourd’hui…. » en démontant, au passage, les stéréotypes qui leur sont souvent associés.

Ces clichés oscillant au rythme du métronome appelé « ignorance » et passant alternativement du folklore touristique bonne-enfant aux récupérations extrême-droitières.

Extrait de la vidéo

Oublié ou méconnu pendant des décennies, on voit au cours de ce dernier siècle réapparaître la religion ancestrale de l'Europe du Nord. On va dire que ce n'est pas spécifiquement les vikings auxquels on pourrait penser d'emblée parce que plus on parle du Nord, plus on veut aller loin et on va penser à l'Islande, cette imagerie avec les grands vikings venant du Nord. Par Europe du Nord, c'est tout un ensemble de traditions anciennes que l'on va pouvoir déterminer les uns après les autres et qui sont les traditions, d'une part, de la Germanie continentale, d'autre part, de ce qu'on appelle la Germanie insulaire, c'est-à-dire effectivement la Scandinavie.

Et puis, l'un des aspects les plus intéressants est peut-être celui qui a le plus imprégné l'histoire, la psyché française et qui est l'Angleterre anglo-saxonne avec, effectivement, son carrefour qu'elle représente des anciennes traditions celtiques, des traditions nordiques proprement dites, où avoir émergé des personnages comme Robin des Bois, comme tous ces êtres de ce qu'on va appeler le petit peuple et que notamment Tolkien a bien évoqué, a bien retranscrit à travers, par exemple, le Seigneur des Anneaux.

Cette tradition nordique qu'anciennement on n'avait pas besoin de nommer puisque c'est la confrontation à d'autres cultes qui a nécessité que l'on puisse avoir à donner un nom à cette tradition, aujourd'hui, dans ce mouvement réémergeant, on peut lui donner plein de noms. Pour cette intervention, j'utilise le mot Odinisme, qui est un mot que je trouve assez adapté et on va voir pourquoi. Mais certains peuvent appeler Odinisme, ça fait référence à un dieu spécifique qui serait le dieu Odin, certains peuvent l'appeler Vanisme en référence à la famille des Dieuvannes ou la Trou pour faire référence à la foi en prenant un nom ancien ou l'Azatrou pour dire foi des As en référence à une famille de dieux, les noms sont relativement infinis.

Odinisme est intéressant quand même, même si ce n'est pas forcément utile de donner cinquante noms, si on se réfère notamment à la racine du mot, donc la racine du mot Odin, c'est un mot qui va venir de Wut, qui est la fureur sacrée, le fourrurer des anciens latins, et qui exprime cette idée d'extase, de transcendance, de dépassement de soi, qui a un côté chamanico-initiatique qui se prête assez bien à cette tradition.

C'est pour ça que le terme Odinisme n'est pas forcément le plus mal à propos, tout en sachant que tous seront relativement imparfaits ou incomplets, mais Odinisme dans cette exception est assez intéressant. Mais quelque part, le terme le plus approprié serait encore l'idée de voix des dieux. Alors voix des dieux, ça va nous renvoyer justement tout de suite à cette idée de shintoïsme qui fait l'objet de cette intervention.

Le shinto, c'est la religion du Japon, et shinto littéralement veut dire voix des dieux. Alors déjà, on peut se demander pourquoi avoir besoin de comparer une tradition occidentale à une autre tradition. Déjà, il y a toujours ce besoin de classification propre à l'esprit moderne, et pour évoquer une tradition qui est assez mal connue, c'est toujours intéressant de pouvoir la rattacher à quelque chose.

Et il est vrai qu'au-delà de cette simple homonymie, voix des dieux, shinto, il y a un certain nombre de parallèles qui ne manquent pas d'à propos et qui sont assez intéressants. On se rend compte que dans la pratique du shinto, on a souvent critiqué cette religion, on a même voulu lui dénier la qualité de religion en disant que c'était juste un conglomérat de superstitions, de traditions, le shintoïsme étant la religion des kamis, donc de ces espèces de génies, simplement des lieux, on lui aurait dénié l'idée d'être une religion avec un véritable corpus.

Le fait est qu'au cours des siècles, elle a réussi à triompher de toutes les introductions d'autres traditions, que ce soit le confucianisme, le bouddhisme stricto sensu, que ce soit le christianisme, que ce soit tous les autres cultes. Il est un fait que le shintoïsme a toujours perduré. Il a toujours perduré comme, d'une certaine manière, l'odinisme ou cette tradition nordique a réussi à perdurer. Certains auteurs, notamment des auteurs anglo-saxons, ont souvent appelé notamment la période des premiers temps moyenâgeux, la période de la foi double, de la foi duale, où aurait, ce serait maintenu parallèlement au christianisme, cette foi des anciens, que d'ailleurs la geste de Robin Desbois exprime assez bien, entre cette protection des traditions anciennes stigmatisées, comme les traditions de la forêt, dans la forêt de Sherwood, avec ses compagnons de Robin Desbois, qui sont les détenteurs de cette ancienne tradition païenne, et on voit que cette tradition nordique a pu perdurer longtemps, à travers les fêtes, à travers les dates de fêtes, à travers les lieux de culte, beaucoup de lieux de culte anciens ont été conservés, on le sait bien, des noms de saints, enfin des noms de dieux sont devenus des noms de saints, et elle est toujours très présente, notamment avec les contes de fées, puisque les contes de fées sont fondés sur d'anciens textes sacrés de l'Europe du Nord, les frères Grimm l'ont bien montré, quand ils étudiaient les traditions anciennes germaniques sur un plan purement doctoral, je dirais, avec des ouvrages qui ont été des sommes pendant longtemps sur leur mythologie germanique et autres, finalement ce ne sont pas ces grands traités rudis qui les ont fait vraiment connaître, ou qui en tout cas ont assuré leur pérennité, mais bien les contes de fées qui les ont transmis et qui ont nourri des générations et des générations d'individus de par le monde et en particulier en Europe.

Donc cette tradition s'est maintenue, envers et contre tout, contre vent et marée, un peu à l'instar du shintoïsme. Le shintoïsme a pu être décrit comme cette transmission d'un certain nombre de valeurs, de dépassements, de pureté, de sincérité, du sens de la lignée, l'âme de l'individu, par exemple dans le shintoïsme, est décrite comme une épée, une épée à la fois souple et solide, qui peut se plier, qui peut résister, il y a une idée effectivement qu'on a souvent retranscrit, ce qui pouvait être pris dans un sens très premier degré jadis, comme une voie guerrière, parce qu'on était dans un temps peut-être de combat, alors qu'en réalité, le vrai message profond, en termes spirituels, est certainement plus le combat à mener intérieurement et qui est plus une idée à maintenir aujourd'hui.

Et cette idée de shintoïsme a continué de perdurer à tous les niveaux. On voit aujourd'hui qu'il y a des parallèles assez étonnants entre le shintoïsme et l'audinisme ou la voie nordique. Je venais d'évoquer cette idée d'âme à la fois épée, mais il y a, même pour prendre des petits détails, l'idée de la corruptibilité du bois pour les temps, pour assurer un éternel retour lié à la nature, donc où on estimait que les temples devaient être faits en bois, ce qui est le cas encore aujourd'hui dans le shintoïsme, ce qui était le cas dans la tradition nordique européenne.

On connaît encore les superbes églises en bois de Norvège, du Nord, mais pas des églises anciennes étaient comme ça. Et on estime, notamment au Japon, qu'au bout d'un certain temps, qui est en général fondé sur un multiple de 9, 9 chiffres sacrés, chiffres sacrés dans la tradition nordique, mais chiffres sacrés dans la tradition shinto également, tout le sanctuaire doit être renouvelé. Or, on a beaucoup de textes de sagas où on avait exactement le même principe, où on sait qu'effectivement, progressivement, un temple devait être remplacé petit à petit bois par bois, lattes par lattes, jusqu'à ce qu'il soit intégralement renouvelé.

On a des sagas qui relatent ça, entre même la Norvège et l'Islande où arrivaient des colons où il fallait, morceau par morceau, selon un cycle très fastidieux, reconstruire

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